Universal Soldier, part two

Dans cette seconde partie, nous nous proposons d’étudier dans un premier temps le troisième volet Universal Soldier : Regeneration sorti en 2009, avant de nous pencher sur le quatrième et dernier en date appelé Universal Soldier : Day of Reckoning. Ah là là, que de souvenirs émus devant cette formule toutes faite ! Spéciale dédicace à mes années lycées, quand je bâclais mes dissertations sur un bout de comptoir entre midi et deux. Il y a même une fois où j’ai salopé la première page en posant mon demi dessus, ce qui avait bien fait marrer ma prof de français…

Mais revenons à nos soldats immortels. Dix ans après le second opus, c’est John, le fils de Peter Hyams – les sympatoches Outland (1981) et… tiens tiens, Timecop et Mort Subite avec ce cher JCVD – qui est chargé de ressusciter la franchise moribonde. Changement de décennie, donc changement radical dans la manière d’aborder les choses. Fini le petit film de luxe destinée à faire son beurre en salle et qui du coup hésitait en permanence entre le politiquement correct et le franchement vénère. Ce Regeneration est une pure série B d’action réalisée pour pas un rond, avec un côté brut de décoffrage qui ravira l’amateur. D’entrée, Johnny boy annonce la couleur avec une séquence sèche comme un coup de trique et sans concessions. Un commando enlève en plein jour les enfants du président russe au nez et la barbe de leurs chaperons, et l’un des terroriste encagoulé se mange une pluie de bastos sans sourciller. N’hésitant pas à se débarrasser de ses adversaires et de ses comparses, il sera le seul survivant de cette opération audacieuse commanditée par le fils d’un général dissident qui menace de faire sauter la centrale de Tchernobyl. Quant au mystérieux survivant, il s’agit bien entendu d’un Uni-Sol dernière génération dont les services sont loués à prix d’or par son géniteur devenu free-lance après l’abandon du projet. Et pendant ce temps-là, notre brave Luc Devereaux tente de s’intégrer dans la société avec l’aide d’une psy motivée. Et il y a du boulot parce que notre héros n’est pas foutu de se rappeler ce qu’il a mangé la veille. Force est de constater que pour une fois, Jean-Claude s’en sort bien dans ce rôle de vétéran déboussolé. Hyams a l’intelligence de ne pas ignorer l’âge de l’acteur et ne se prive pas d’évoquer son physique à la ramasse. Si on rajoute l’abandon des vannes à deux pesos, on se retrouve dans une ambiance crédible des plus poisseuse.


« Mais tu vas te rentrer ça dans le crâne, dis ?!!! »

Par contre, Dolph nous ressert exactement la même soupe qu’en 1992. Mais ça fait tellement plaisir de le revoir qu’on lui pardonne… Côté petits nouveaux, saluons l’arrivée en fanfare d’Andrei Arlovski, un véritable colosse tout droit échappé d’un ring octogonal où il a hérité du surnom de Pitt Bull. Mais ne comptez par sur moi pour me moquer en face, je tiens à mes cervicales. Remercions le réalisateur de lui avoir épargné les scènes de dialogues superflues, accentuant un peu plus l’inhumanité du personnage… Deux défauts à signaler tout de même : un scénario pas très original, et l’inévitable tournage dans les pays de l’est conditionné par le budget étriqué. Le côté usine désaffectée / photographie dessaturée est devenu lassant à force. A côté de ça, les scènes d’action sont traitées de manière particulièrement brutale, sans originalité mais avec une belle générosité. Voir par exemple la séquence où Devereaux entre en action et se farcit une trentaine de terroristes dans un immeuble en ruines. La caméra le suit au plus près, évitant soigneusement les effets faciles : le spectateur sait toujours où il en est, au point qu’on se croirait par moment dans un plan séquence de John Woo ! Elle se termine par un duel JCVD / Dolph assez poignant avant que le vieux baroudeur ne s’éclipse d’un scénario devenu trop prévisible. Une belle surprise donc, qui aurait sans doutes mérité un peu plus de sous et une meilleure exposition.

On n’est donc pas surpris de retrouver John Hyams aux commandes de Universal Soldier : Day of Reckoning, sorti en DTV chez nous il y a peu. Les qualités du films et la montée en puissance de ses thématiques sont indéniables, mais avec le recul j’avoue être resté sur ma faim. Clairement, cet opus se démarque des séries B qui alimentent les bacs à soldes de la grande distribution. Mais la narration manque parfois de cohérence et se permet des ellipses déstabilisantes qui desservent les ambitions du réalisateur. La séquence d’ouverture est d’une beauté foudroyante. Entièrement tournée en vue subjective, on retrouve un père de famille réveillé en pleine nuit par sa môme persuadée que des monstres ont investi la maison. Pour la rassurer, papa propose d’aller vérifier chaque pièce pendant qu’elle attendra au chaud sous la couette avec maman. Rien dans sa chambre, rien dans la salle de bain, ni dans le bureau, jusqu’à la cuisine. Il ouvre la porte et se fige : trois hommes cagoulés en battle-dress l’observent, parfaitement immobiles. Soudain, l’un d’eux le roue de coups avec une violence inouïe, modifiant au fur et à mesure sa vision et son audition – en même temps que celles du spectateur. Femme et enfant sont rapatriées manu-militari par ses complices, et leur chef leur loge froidement une balle en pleine tête après avoir retiré son masque. Le spectateur effaré découvre que l’assassin n’est autre que Luc Devereaux. Boum. Au delà de l’inventivité visuelle et de l’aspect traumatisant de la scène, Hyams s’amuse à bousculer les fondements même de la franchise en faisant du sympathique Jean-Claude un salopard de première bourre. Le message du réalisateur est clair, vous allez être surpris.


« Mais tu vas arrêter de cabotiner à la fin ?! »

Le père de famille, c’est John, interprété par Scott Adkins dont on devrait rapidement entendre parler parce qu’il sait se bastonner et jouer la comédie, deux qualités qui vont rarement ensemble. Tout au long du film, il va tenter de retrouver celui qui a massacré sa famille et d’échapper aux assauts d’un plombier fou – Andrei Arlovski is back, toujours muet mais avec une barbe du plus bel effet. En se demandant constamment qui il est vraiment. On accroche ou pas au concept de la recherche d’identité, j’avoue qu’il ne m’a pas emballé plus que ça à cause d’un traitement scénaristique maladroit. Mais l’ensemble reste solide et efficace, avec moult séquences d’anthologie comme celle du bordel, où l’on retrouve avec plaisir un Dolph toujours aussi cabot, ou ce mémorable combat dans un magasin de sport où le personnage d’Adkins va commencer à prendre conscience de ses capacités surhumaines. L’infiltration de la base à Jean-Claude est diablement efficace – renvoyant agréablement à celle de Regeneration évoquée plus haut –, son combat avec Dolph est dantesque, mais l’affrontement contre un Devereaux maquillé à la Brando dans Apocalypse Now est pour moi celui de trop, surtout qu’on n’apprendra finalement pas grand-chose sur la croisade du vétéran belge. Quoi qu’il en soit, j’attends avec impatience le prochain effort de John Hyams qui hisse clairement le genre au niveau supérieur. Qu’on lui donne des sous et la liberté nécessaire pour développer son univers visuel, que diable ! Qui a dit « tu peux toujours rêver… ? ». Mamie ?! On avait pas dit que tu devais frapper avant d’entrer dans ma chambre ? Ah, si c’est pour m’annoncer que le repas est prêt, alors ça va…

Prochains épisodes, vivez le Festival des Maudits Films (quasiment) en temps réel !

Be seeing you

 

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