Robert Darvel à la question (Seconde partie)

BOUTONBONUS

Le Carnoplaste et l’art étrange du cinématographe…

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Quels sont tes goûts cinématographiques ?
Oh, ben moi, tout ce que j’appelle très élégamment des daubes. Des choses qui portent encore le côté merveilleux du cinéma, c’est à dire une histoire d’1h10, avec pas de gras, qui coule toute seule, au premier degré. Tout ça, j’adore.

Donc, plutôt séries B ?
Ouais, mais je suis pas « Nanarland » du tout, tu vois ? Moi, le cinéma populaire m’ennuie profondément quand il est mauvais. Mais quand par surprise, il devient bon… Par exemple, le western Rio Conchos (Gordon Douglas, 1964 – NdV), ou Les Quatre plumes blanches (Terence Young, 1955 – NdV). Il faut que ce soit une belle histoire, qu’elle soit bien racontée, et qu’il y ait du sens derrière. Faut pas que ça soit un truc creux.

Oui, je vois. Je suis pareil, ce que j’aime, c’est l’honnêteté.
Voilà, c’est le mot : l’honnêteté. Il y a des choses qui sont palpitantes, alors qu’il n’y a pas de moyens, alors que la même chose faite par quelqu’un d’autre, on s’endort avant la fin, c’est nul, il n’y a rien, pas de matière, de substance. Tarantino, j’ai bien aimé jusqu’à Boulevard de la mort. Et après, Inglorious Bastards, j’ai trouvé… C’est pas ça, quoi ! Et puis son western, je ne me suis pas endormi, mais un mois avant, j’avais vu « l’original », qui n’a strictement rien à voir. Eh bien, il y a autre chose qui se passe chez Tarantino. Alors, il sais faire, mais il sait faire quoi…? Je ne sais pas.

Oui, Tarantino, ça serait bien qu’il fasse un film personnel un jour. Après, si on oublie le titre et le décorum, son western est ce qui s’en approche le plus.
Ouais, bon. Je l’ai regardé, mais je n’en ai rien ramené. Reservoir Dogs, par contre, je me rappelle l’avoir pris dans la tronche sans avoir rien vu venir. Et à la revoyure, Reservoir Dogs, ça reste correct.

Oui… Sauf quand on connaît l’original. C’est toujours le même problème avec Tarantino : un jour, on découvre le film qui lui a servi d’inspiration…
Réservoir Dogs aussi… ?

Eh oui, c’est « inspiré » d’un film hongkongais, City on Fire (Ringo Lam, 1987 – NdV). Et du coup, le dernier film que tu ais vu et qui t’ai vraiment emballé ?
Alors là… Ah si, dernièrement, j’ai regardé à nouveau Deadwood, la série commencée par Walter Hill, pour la montrer à mon épouse. C’est ce que j’ai vu de plus épatant depuis longtemps. La saison 3 de Deadwood, il y a une espèce de subtilité quand il y a la vieille troupe de théâtre qui arrive en ville, alors que Hearst essaye de tout racheter en tuant des gens. C’est extrêmement subtil, c’est super cruel, le héros, celui auquel on s’identifie, c’est une crevure finie, mais en fait c’est lui qui a raison par rapport aux saloperies qui viennent de Chicago et d’ailleurs , et qui sont bien pires. C’est vraiment la naissance des États-Unis. La matrice, c’est un film de Robert Altman qui se passe dans la neige, avec Julie Christie, John McCabe (1971, avec aussi Warren Beatty – NdV). C’est un joueur professionnel qui arrive en ville, il s’associe avec une prostituée, et à la fin il se fait massacrer par les gens bien-pensants, en fait plus salopards que lui. C’est la matrice de Deadwood. Tu imagines, ça (Robert montre autour de nous le champ boueux qui accueille les tentes du festival) qui devient une ville.

Deadwood

Je t’avoue que je ne suis pas allé après la première saison, par manque de temps, mais il faut que je m’y remette. Ça aborde la face cachée de la naissances des États-Unis, et j’ai beaucoup aimé le début.
Et puis c’est vraiment écrit très intelligemment. Bon, ça peut déconcerter, parce que tout le monde parle d’une manière très littéraire. Que ce soient les prostituées ou les autres, on leur met dans la bouche des termes et des manières de parler qui sont vachement complexes. Le décalage peut être assez marrant, l’histoire procède souvent par ellipses : on ne sait pas vraiment pourquoi les gens sont là, ou de quoi ils parlent, mais petit à petit, tout se met en place et c’est vraiment très très bon. Malheureusement, il y aurait dû avoir une saison quatre, mais ça s’est terminé parce qu’ils n’avaient plus de crédits. Du coup, on laisse les personnages en plan, et c’est à nous d’imaginer la suite. Après, sauf trois, quatre inventions, tous les personnages ont existé.
Si, dans les derniers trucs que j’ai revu et qui étaient bien, il y a Point limite zéro (Richard C. Sarafian, 1971 – NdV). Je l’ai vu au cinoche, quand c’est ressorti. C’est vachement bien joué et c’est super bien filmé. Sinon, mon cinéaste de prédilection, c’est Werner Herzog. J’ai pris Aguire dans la tronche en 73, j’ai dû le voir, je ne sais pas… 25 fois depuis ? Et je suis Herzog parce qu’il a un sens de l’humour qui me captive particulièrement. Il sait faire des trucs que les autres ne savent pas. Il pose ça caméra, il a un sens de l’image…

Et surtout de l’innovation ! C’est un réalisateur qui ne s’enterre jamais dans la routine !
Sans parler des aventures autour des tournages ! Je le suis depuis toujours, même ses derniers trucs. Je suis déçu, il va faire un film dans le désert, d’après une nenette qui est l’équivalent de Lawrence D’Arabie, je ne me souviens plus comment elle s’appelle (Gertrude Bell. Le film, Queen of the Desert, sera montré à Berlin début février – NdV). Le rôle devait être joué par Naomi Watts, mais pour des histoires de pognon et de retard, c’est Nicole Kidman qui va la remplacer. C’est un peu dommage…
L’intérêt de Herzog, c’est que c’est le même fil narratif d’un film à l’autre. Il y a un site qui s’appelle DVDClassik qui a étudié ça, c’est très très bien fait. Et même si le film en soi n’est pas très important, quand tu le replaces dans sa filmographie, il prend une autre ampleur.

Ce qui est de plus en plus rare. Il n’en reste plus tellement, des comme ça…
J’aimais bien David Lynch, mais il est un peu perdu, là. Et Robert Altman. Parce que c’était barré…

Je ne m’y mets que maintenant. Il fait partie de ces réalisateurs dont j’avais vu une ou deux choses qui m’avaient déplut, du coup je l’avais catalogué…
Il y a des choses un peu datées des années 70, 80 avec une thématique qui n’intéresse plus trop. Même M.A.S.H., des choses comme ça… Bon, ça reste méchant.

C’est justement par M.A.S.H. que je m’y suis remis. Je me faisais une série de films de guerre sur la Corée, les Samuel Fuller notamment, et même si je savais qu’il parlait en filigrane du Vietnam, j’ai enchaîné dessus. Et pour un acteur comme Elliot Gould, que j’aime bien. J’ai beaucoup aimé le ton totalement décalé. D’accord, il y a un petit côté suranné, ça a été fait et refait…
L’homme Robert Altman est vraiment très très bon.

Là, j’ai revu Le Privé il y a quelques jours…
Oh oui, avec le chat qui gueule parce que ce n’est pas la bonne marque de bouffe… Mais même son dernier film, je ne sais plus ce que c’est, c’est l’histoire d’une émission de radio qui dure depuis 40 ans et qui se termine… (The Last Show, 2006 – NdV). Dans le même genre, il a aussi John Huston, qui fait The Dead (Les Gens de Dublin, 1987 – NdV) alors qu’il savait qu’il allait claquer.

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J’ai beaucoup d’affection pour les derniers films des grands réalisateurs.
John Huston, c’est aussi un de ces cinéastes capable de tout, et à chaque fois il y a quelque chose de passionnant dans ce qu’ils font.

Oui, des fois ça va être un plan, une idée…
Ce après quoi court Clint Eastwood depuis des dizaines d’années… Chasseur Blanc, Cœur Noir.

Qui est un peu oublié, comme Bronco Billy d’ailleurs. Je n’ai jamais compris pourquoi ces films étaient totalement mis de côté, surtout par rapport à ses films plus récents. Bon, Gran Torino était vraiment bien.
Oui, Gran Torino, j’ai beaucoup aimé. The Changeling, j’ai aussi trouvé que c’était bien, parce qu’Angelina Jolie jouait quelque chose de nouveau. Je me souviens, quand j’ai eu 13 ans, on habitait à Paris et je me suis dit : tu peux aller voir un film interdit aux moins de 13 ans, et ça coïncidait avec la sortie de L’inspecteur Harry (Don Siegel, 1971 – NdV). C’est vrai que ça m’a choqué, quand même. Pas tellement la violence, mais le moment où le méchant va payer quelqu’un pour se faire tabasser et prouver que le flic est mauvais. Ça, à 13 ans, tu comprends pas. J’aimais bien John Boorman, aussi. Ou William Friedkin. Bug… (2006 – NdV)

Oh là là, et son dernier, Killer Joe !
Je ne l’ai pas encore vu.

J’aime beaucoup Friedkin. Ce qui est génial avec lui, c’est qu’il n’a plus rien à prouver.
Et surtout, il s’en fout ! Il parait qu’il est sur les rangs pour la seconde saison de de True Detective ? Mais bon, comme je n’ai pas vu la première… En tout cas, ça fait du bien à une petite maison d’édition qui s’appelle Malpertuis, et qui avait sorti Le Roi en jaune de Chambers. Cette édition existe parce que Christophe Thill n’était pas content de la précédente traduction, chez Marabout. Et donc, c’est Malpertuis, même si elle s’appelle comme ça en hommage à Jean Ray, qui a ressorti le bouquin. Et comme il y est fait référence dans True Detective, ça a fait énormément de bien à cette petite maison d’édition. En tout cas, comme cinéastes, c’est ce genre de calibres que j’apprécie. C’est pourquoi il y a un certain nombre de choses que je ne supporte pas dans le cinéma actuel. Je suis assez déçu. Avant, on habitait avec mon épouse en banlieue parisienne, et le samedi ou le dimanche, on se déplaçait à Paris en train et on allait voir trois films. Le premier, on savait à quoi s’attendre : on choisissait le film d’un mec qu’on aimait bien. Le second : le dernier Eastwood, ou Stallone, ou Schwarzenegger, bref, de la récréation. Et pour le troisième, on regardait le résumé des films dans Pariscope, et on en choisissait un où on ne savait absolument pas à quoi s’attendre. Un film mystère. Et on est tombé, par exemple, sur Eraserhead (David Lynch, 1977 – NdV). Et ça, tu vois, c’est des conditions parfaites : tu choisis le film, mais tu ne sais pas ce que tu vas voir. Voilà.

Eh bien, merci beaucoup !
Merci à toi, pour ces questions. Des fois tu es interviewé par des gens, tu ne sais pas quoi raconter. C’est bateau.

C’est parce qu’en fait, je ne sais pas vraiment comment faire une interviews (rires).

Cette interview a été réalisée le 12 juillet 2014. Un immense merci à Robert Darvel pour sa disponibilité et sa gentillesse. Et au Festival des Imaginautes pour l’avoir invité (et aussi pour le défilé des jolies filles en costume steampunk. Que voulez-vous ! On ne se refait pas…)

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