Maudit Journal – Day Three (1/2)

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18h – The FP, de Brandon et Jason Trost (2011)

The FPC’est avec une légère appréhension que nous rallions Le Club pour ce troisième jour de compétition. Après l’enchaînement The Act of Killing / Outrage d’hier soir, il y a de quoi se méfier, non ? Et ce n’est pas ce pauvre François Cau (voir photo) qui nous rassure : il a l’air bien nerveux, à faire les cent pas dans le hall en se rongeant les ongles. Karel, tout sourire, nous accueille d’un tonitruant « Yo ! ». Pour avoir une pêche pareille, elle prend des substances illicites, c’est obligé. Dans les couloirs, je croise Loïc, vieil ami et confrère projectionniste, qui me lance hilare un énigmatique : « tu vas voir Guigui 1, on a installé un tapis de danse dans la 4, ça va être top ! ». Intrigué, je m’installe dans la salle avec mes catcheurs pile au moment où notre fringuant programmateur vient présenter le film du jour, The FP, avec son enthousiasme et sa célérité habituels. Il y serait question de canards, de premier degré, d’hommage aux films sportifs des d’années 80, d’une esthétique moche empruntée aux années 90, de « Yo ! », et il conclu par « si vous accrochez aux 10 premières minutes, vous allez grave vous faire plaisir ». Nous nous calons confortablement dans les fauteuils – histoire de faciliter la digestion du banquet ibérique de ce midi –, les lumières s’éteignent et… nous voilà propulsés dans le FP (pour Frazier Park) du titre. Une soi-disant zone rurale dévastée qui fait furieusement penser à une banlieue paisible de petite ville étasunienne. Une voix off nous explique que deux bandes rivales s’affrontent pour asseoir leur domination territoriale, les gentils 248 (prononcez : « two-four-eight ») du nord et les méchants 245. Et ce soir, BTRO va affronter L dubba E pour déterminer quel gang va régner sur le FP. Course sauvage de voitures ? Combat à mort dans une arène ? Non mec, dans le FP, on est de la vieille école et les conflits se règlent à coup deDance Dance Revolution. Non non, vous ne rêvez pas, il s’agit bien du mythique jeu sorti sur Playstation, celui avec le tapis à la con. Mes plus plates excuses aux inconditionnels de ce machin, mais pour moi, une console de salon est faite pour découvrir plein d’activités physiques, certes, mais le cul vissé dans son canapé. Si je veux danser, je le fais en vrai, quand je me fais traîner à un bal folk par ma meilleure amie. Mais je m’égare, alors pour en revenir à nos canards, ce soir-là BTRO meurs sur le tapis de jeu. Yo, ça s’ra à son frerot JTRO de reprendre la flambeau mec, parce que depuis cette putain de soirée, c’est grave la merde dans le FP. Non non, inutile d’appeler les secours, je ne suis pas en train de faire un AVC. C’était un échantillon de la novlangue fleurie inventée par les frère Trost pour ancrer leur film dans le genre « rétro-futuriste », c’est à dire un soi-disant futur proche designé avec l’esthétique moisie des années 80-90. Dès les premières minutes, une question se pose : « bordel, mais ils sont sérieux, là ? ». Parce-que bon, ça a beau être les États-Unis, ça coûte tout de même de l’argent pour faire un film ! Concrètement, il faut attendre le gunfight où un plan large révèle que les protagonistes sont seulement éloignés de quelques dizaines de centimètres pour être rassuré. C’est d’ailleurs ce sérieux dans le traitement du sujet, des personnages et le respect des codes du « Karate Kid like » (qui fit les beaux jours du box-office mondial sous Reagan) qui donnent sa saveur si particulière à The FP. On a droit à tous les gimmicks du genre, depuis la perte du frère à l’apprentissage avec un mentor, en passant par le retrait du monde via le bûcheronnage et le sidekick à grande bouche. Bref, une véritable machine à voyager dans le temps bourrée de clins d’œils appuyés au cinéma burné de cette époque bénie – Commando, Rambo, etc. Tout ça, et des canards. Un excellent divertissement pour petits et euh, non, plutôt pour les grands en fait, qui s’arrogea le prix du public et une mention spéciale du jury pour « le meilleur baiser final de l’histoire du cinéma ». Yo, dog !

 

François Cau

François Cau

 

Grave essoufflé, le Vidéophage arrive juste à temps pour la rétrospective à la salle Juliet Berto, pile au moment où Sylvain, le vaillant projectionniste des lieux, s’apprête à descendre dans les mystérieuses caves de la Cinémathèque.

― Ah Guillaume, ça va ? Dis-moi, t’as couru pour être sûr qu’on ne te pique pas ta place préférée ?
― Attends… que je… reprenne… mon souffle… Voilà, c’est mieux. Salut Sylvain. J’ai eu maille à partir avec une bande de punks à chiens sur le trajet. On revenait de la compét’, avec mes bro’ mexicains Rico et Benobo quand on a croisé des bitches dans la Gran’rue. Tu savais p’t’être pas, mais c’est grave la merde dans la Gran’rue.
― Euh, si tu le dis…
― Du coup, avec les bro’, on a décidé de les chambrer un coup et de les défier à Samba de Amigo.
― Euh, à quoi ?
― Ben moi j’étais plutôt Dreamcast que PS2 à l’époque. Et avec mes problèmes de dos, les jeux de danceSamba de Amigo, c’est un simulateur de maracas (voir photo).
― Oui oui oui. Eh, euh… Sinon au niveau de la picole, t’en es où ? Parce que là franchement, je comprends rien à ce que tu racontes !
― En tout cas, ils ont pas trop bien réagi les keupons en face. Ils ont commencé à nous chercher grave la merde. Pour la plus grande joie de mes catcheurs mexicains, qui doivent encore être en train de les calmer à coup de suplex et de manchettes dans la tronche !
― Et c’est à ce moment-là que t’es parti en courant, c’est ça… ?
― Ben, ils m’ont lâché leurs chiens au cul, les fumiers. Attention, hein ? Pas du chien-chien à sa mémère ! Des molosses comac avec des chicots grands comme ma main ! Heureusement, je les ai semé dans les rues piétonnes. C’est mon turf, mec. J’connais chaque raccourcis et chaque cour intérieure. Et toi, tu fais quoi avec ces cuissardes et cette gaffe ? Tu plaques tout pour devenir gardien de phare en Bretagne ?
― Des jours comme aujourd’hui, c’est pas l’envie qui m’en manque ! Nan, je vais chercher la copie pour se soir. C’est dans la zone inondée. J’espère juste que j’aurai pas besoin du zodiac. Au fait, les ‘molosses’ qui te coursaient, ça s’rait pas un Yorkshire à trois pattes et un caniche édenté ? Non, je dis ça parce qu’ils viennent de tourner au coin de la rue et qu’ils foncent droit sur nous. Moi j’y vais, du coup. Bonne chance vieux !
― Ah putain ! Ils m’ont retrouvé ces monstres de l’enfer ! »

Samba de Amigo

Le kit de jeu Samba de Amigo

 

Le Vidéophage se précipite dans le hall de la salle Juliet Berto et butte littéralement sur la jolie Morgane, l’ouvreuse attitrée du Festival cette année, et Jonathan son superviseur (voir photo).

― Ah ben, tu tombes bien toi ! T’as vu dans quel état t’as mis mon porte-jarretelles l’autre soir ? C’est du matos perso ça, et on a pas tout à fait la même masse corporelle pour rester polie !
― Désolé mademoiselle Morgane, je vous rembourserai, mais là je suis poursuivi et… »

Les deux anomalies canines avaient réduit l’écart et, s’ils avaient été encore capable de sauter, c’en était fait de notre vaillant héro. C’est marche après marche, les babines retroussées et l’œil haineux, qu’ils se rapprochaient inexorablement de leur proie. Résigné, les muscles tétanisés par la peur, il attendait en tremblant son funeste destin lorsque retentit soudain un « YO ! » qui scotcha littéralement les deux chiens sur place. Ils s’assirent servilement sur la dernière marche, à moins d’un mètre de la fesse gauche du Vidéophage. Karel (voir photo) venait d’apparaître dans l’encadrement de la porte.

Karel « maîtresse » Quistrebert

Karel « maîtresse » Quistrebert


 
― « Guillaume ! Tu m’expliques ?
― Euh, c’est compliqué madame Karel.
― C’est compliqué ? Programmer le Festival des Maudits Films, c’est compliqué. Ça, c’est juste n’importe quoi. Donne moi le sandwich aux rillettes que tu caches dans ta veste.
― Euh… De quoi ?
― Pas la peine de jouer la comédie, je sais que tu rentres de la bouffe en douce pour te caler une dent pendant les séances. DONNE ! »

Le Vidéophage sorti l’objet du délit de sa poche et le tendi à Karel. Lorsqu’elle leur jeta au loin, les chiens se précipitèrent dessus et l’engloutirent en quelques secondes. Avant de repartir dans la rue en trottinant.

― Guillaume !
― … Oui maîtresse ?
― Dans la salle !
― Bien maîtresse…
― Yo, Jonathan !
― Oui boss ?
― Après-demain, vous échangez avec Morgane.
― Mais…
― Pas de ‘mais’ ! Tu feras l’ouvreuse et elle supervisera. Et si t’es pas content, je te jette en pâture à mon gang de filles, bitch !

(TO BE CONTINUED)

Morgane et son superviseur

Morgane et son superviseur

 

1 Il est un des derniers à avoir le droit de m’appeler comme ça, parce que nous nous sommes connus dans une autre vie. Conseil d’ami, n’essayez pas !

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Maudit Journal 2014 – Day Two

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10h – salle polyvalente de Fontaine, juste à côté de Grenoble.

― « Qui veut prendre la parole ? Allons, ne soyez pas timides !
― Aheum…
― Oui,
monsieur ? Approchez-vous, n‘ayez pas peur. Nous sommes entre amisVoilà, c’est bien.
― Aheum… Bonjour, je m’appelle le Vidéophage…
Bonjour le Vidéophage !
Je vois que vous êtes nouveau. Vous n’allez sans doutes pas me croire, mais vous avez fait le plus dur en venant jusqu’à ce pupitre. Maintenant, faut ouvrir les vannes. Vous partagez ce que vous voulez, personne ne vous jugera. On est tous là pour vous écouter. Alors, qu’est-ce qui vous amène ? Alcool, drogue, jeu, sexe ?
Euh, non madame. Rien de tout ça. Même si depuis que j’héberge des catcheurs mexicains, mon foie en a pris un sacré coupNon, en fait je vis une expérience professionnelle assez intense depuis quelques jours et je n’arrive pas à gérer
Oui, c’est bien, continuez
C’est terriblement dur madame. J’essaye d’être à la hauteur de la tâche, mais j’ai peur d’y laisser mon âme en cours de route. Je suis à bout. Tenez, hier soir par exemple, j’ai remplacer l’ouvreuse au débotté.
Remplacer l‘ouvreuse ?
Oui, je travaille pour un festival de cinéma.
Ah, je vois. Le festival des comiques de l’Alpe-d’Huez !
() Ah d‘accord. Bon, ben c’était super. Je vais y aller, moi
Non, non, ne partez-pas ! Je suis désolée, je ne voulais pas vous vexer ou quoi que ce soit.
Oui, ben c’est un petit peu réducteur quand même, madame ! Y a pas que la comédie dans la vie, y a aussi les Maudits Films !
() Les maudits films ? Comme dans le Festival des Maudits Films, c’est ça ? Ah, mais d’accord ! Vous travaillez avec Karel ! Et, juste pour me faire une idée, il y en a d’autres d’autre qui font partie de l’équipe du festival aujourd’hui ? »
Timidement, u
ne douzaine de mains se lèvent, soit environ les trois quart de l’assemblée qui commence à s’animer.
― « 
Moi j’en ai trop marre de courir après les clefs. J’ai l’impression que j’y passe ma vie !
Te plains pas Jenny, tu t’en sors bien. Je fais des cauchemars, avec des crocodiles haribo géants qui attaquent la salle Juliet Berto…
Wahou, Christophe ! Ça me fait trop plaisir que t’en parles parce que moi, j’ai été obligée de tripler ma dose quotidienne de sucre pour tenir le choc. Pas vrai Claire (voir photo) ?
NE ME PARLE PAS DE SUCRE !!! Désolée Sophie, c’est à cause de cette saleté de machine à barba-papa qui veut pas marcher correctement. J’suis à bout. Cette nuit, j’ai rêvé que j’étais dans la salle 2 du Club, a essayer d’en faire monter une devant les spectateurs et les membres du jury. Ça marchait pas, je commençais à paniquer, et je les voyais remplir leurs petits bulletins de vote, là ! Rien que d’y repenser…
Au fait, elle est passée où la thérapeute ? Elle est partie ?
― O
n dirait bien. Attendez, elle a laissé un mot : Chers anonymes, je serai absente de maintenant jusqu’au dimanche 26 janvier inclus. Pas la peine d’essayer de me joindre par téléphone, je vais de ce pas le jeter dans le première poubelle venue. En cas d’urgence, merci de m’oublier »

 

Claire, caution démocratique de la compétition

Claire, caution démocratique de la compétition

 


14h30 – Frankenweenie, de Tim Burton (2012)

aff FrankenweenieS’il y a bien un film dont je me méfiais cette année, c’est celui-ci. Et sans l’intervention programmée du professeur Benjamin Cocquenet (voir photo), j’avoue que j’en aurai profité pour grappiller quelques heures de sommeil réparateur. Comme je l’évoquais avec mes catcheurs mexicains à l’issue de la séance, J’ai un sérieux problème avec Tim Burton. Si vous me demandez mes 5 films préférés, Batman le défi sera en bonne position. D’ailleurs, la simple évocation de ce chef d’œuvre déclenche en moi des frissons extatiques incontrôlables. Brrrr ! Dans les années 90, Burton accomplissait tout ce que Spielberg n’avait fait qu’effleurer au cours de la décennie précédente : un pont entre deux mondes, celui de l’épouvante et de l’enfance, ouvrant au passage une fenêtre sur le cinéma bis qu’il adorait. C’est dire si le virage amorcé à l’orée des années 2000 a été dur a accepter. Oui, Frankenweenie est sans doutes ce qu’il a fait de mieux depuis Sleepy Hollow (1999), avec de vraies fulgurances formelles – le soin apporté aux raccords dans la première partie du film – et contextuelles – la citation, à deux reprises, du film qui a traumatisé le plus d’enfants au monde : Bambi. Seulement voilà : tout ce qu’il nous propose ici, il l’a déjà abordé, et en mieux. Les clins d’œil adressés au cinéma de son enfance – que le docte Benjamin a magistralement exposé aux jeunes spectateurs de la séance – imprègnent l’ensemble de sa filmographie (Ed Wood, Edward). Les références à son cadre de vie banlieusard aussi (Edward…, encore et toujours). Sans oublier les auto-citations qui fatiguent ici à force d’être assénées à coups de marteau, alors qu’elles étaient si discrètes dans Sleepy Hollow. On touche au cœur du « problème Burton ». Pour les endormi-e-s du premier rang, Frankenweenie est le remake king size d’un court métrage qu’il avait réalisé chez Disney en 1984. Mais il n’avait pas eu les honneurs d’une diffusion quelconque à l’époque, pas plus que le très beau Vincent auquel cette version emprunte beaucoup graphiquement parlant. Le réalisateur avait fini par se faire éjecter de la maison de Mickey pour anarchisme cinéphilique et outrage aux bonnes mœurs héritées de l’oncle Walt. Depuis, de l’eau a coulé sous les ponts et les deux partis se sont rabibochés pour notre plus grande tristesse. De trublion potache placardisé, Tim s’est transformé en réalisateur aux ordres, replié sur son glorieux passé et en panne d’inspiration. Par exemple, le traitement réservé aux camarades de classe de Victor, héros de cette version 2012 et faux-jumeau édulcoré du personnage principal de Vincent, est révélateur de la déchéance du réalisateur. Lui qui jadis se mettait systématiquement du côté des monstres en fustigeant la bien-pensance normée de la société en fait ici… les « méchants » de l’histoire. En vieillissant, Burton a fini par se couler dans le moule hollywoodien en surfant honteusement sur l’air du temps, celui des samples, des boucles et des remakes. Et oui, cela me fait enrager parce qu’à une époque, il était celui qui farfouillait dans les recoins les plus sombres du septième art pour en ramener de vrais morceaux de terreur qu’il insufflait dans le cinéma commercial.

 

Benjamin

Le professeur Cocquenet en pleine intervention

 

18h – The Act of Killing, de Joshua Oppenheimer (2012)

aff the actL’ami François Cau (voir photo) nous a tout de suite mis dans l’ambiance en présentant la première grosse claque de la compétition : « Vous allez voir le meilleur film d’horreur de 2013 ». Seulement voilà, The Act of Killing est un documentaire. Produit par Werner Herzog – et on comprend que le réalisateur de Grizzly Man se soit intéressé au projet d’Oppenheimer –, le résultat est tout simplement glaçant. Si certains d’entre vous voient encore le documentaire comme une captation objective du réel, j’ai le regret de vous annoncer qu’il n’en est rien. Déjà, la simple présence d’une caméra modifie le comportement de la personne filmée, qu’elle le veuille ou non. Et puis, derrière les prises de vues, il y a le travail du montage qui peut faire dire à peu près tout et n’importe quoi à une image. L’intelligence – et du même coup les limites – de The Act repose sur un savant jeu de dupes, avec tout ce qu’il faut de mises en abîmes et de manipulations acrobatiques. Jugez plutôt : un réalisateur anglais débarque en Indonésie pour proposer aux survivants des massacres de 1965 la mise en scène d’une fiction qui raconterait leur version de l’histoire. Les survivants en question étant les responsables de la mort d’entre 500 000 et 1 million de communistes au sens large – c’est à dire d’opposant au régime en place. L’idée proposée aux deux principaux protagonistes, des truands respectés affiliés au groupe paramilitaire d’extrême droite Pemuda Pancasila, est de rejouer les principaux événements – enlèvements, tortures, assassinats, viols – en utilisant les codes de leur genre de prédilection : le film de gangster, bien entendu. De ce projet-là, il n’y aura que peu de séquences dans The Act of Killing puisque le véritable projet d’Oppenheimer est de montrer les rouages du mal qui ronge ces vieillards arrogants. La quasi totalité du métrage est ainsi constituée des repérages, des mises en places et des répétitions qui vont peu à peu permettre aux spectateurs de saisir toute l’horreur de la situation indonésienne. Le rôle principal de cette tragédie revient à Anwar Congo, petite frappe bas du front qui trouva dans les massacres de 65 l’opportunité de gravir les échelons sociaux à moindre frais. Grand-père un peu canaille aux costumes zazou, il nous fait son numéro tout au long du film, pensant manipuler un réalisateur qui n’en espérait sans doutes pas tant. A travers lui se dessinent les horreurs du carnage, entre des considérations purement techniques – il explique non sans fierté avoir inventé le moyen le plus économique pour assassiner les communistes à la chaîne sans se salir ni se fatiguer – et des remords proprement indécents dont on ne peut que remettre en cause la crédibilité ; mais surtout, on découvre en filigrane le portrait d’un pays sinistré par trente années de dictature et d’exactions, empêtré aujourd’hui dans une soi-disant démocratie qui n’est rien d’autre que la continuité du régime précédent. On se demande comment la population, écrasée par le pouvoir officiel et les groupes maffieux ou paramilitaires à sa solde, pourra un jour retrouver un semblant d’espoir et d’autonomie politique. La misère, accentuée par les rackets permanents, pousse les votant à choisir le candidat fantoche qui leur fera des petits cadeaux. Pire, on ne voit plus la moindre lueur d’espoir dans le regard des enfants. Le seul qui profite largement de la situation, c’est ce bon vieux capitalisme dans son expression la plus abjecte : des boutiques de luxe où les anciens tortionnaires viennent faire leurs emplettes en famille. Alors oui, le réalisateur manipule la chronologie du tournage afin d’appuyer son propos, et la séquence à la fin du film où Congo semble accuser physiquement le coup face à l’horreur de ses actes est clairement mise en scène pour accentuer le malaise du public. Mais comme je l’expliquais en début de chronique, cela fait partie de l’ambiguïté inhérente au genre documentaire. Tu avais raison mon cher François, c’est le meilleur film d’horreur de l’année. On en ressort abasourdi, avec une bien piètre opinion de l’espèce humaine.

 

François Cau

François Cau

 

20h – Outrage, de Ida Lupino (1950)

Aff OutrageAprès une course effrénée dans les rues de Grenoble, nous arrivons pile-poil pour le début d’Outrage, ratant tout de même la présentation du film assurée par l’équipe du CCC. J’ignorai donc à quel genre rattacher ce long-métrage dont je n’avais jamais entendu parler auparavant. Sortant de The Act of Killing, grand moment de déconnade et de second degré, je me suis dit dès les premiers plans : « chouette, un film bien désespéré pour clôturer la journée ! Merci Karel ! ». En fait, non. Il s’agit d’un mélodrame et seule la première moitié du film relève du film noir. Mais quelle première moitié ! En plein code Hays, la réalisatrice se permet d’aborder frontalement la question du viol et de ses répercutions sur le quotidien de la victime. Ann Walton, employée modèle, fille à papa dévouée et future jeune-mariée – l’accomplissement par excellence pour une femme dans les années 50 – se fait agresser en rentrant de son travail. La séquence de la poursuite est magistrale, on se croirait dans un film de Tourneur tant la montée de la tension est parfaitement traduite par le montage, l’utilisation des décors et la mise en scène. La censure de l’époque étant implacable, Ida Lupino doit tout suggérer, ce qui relève du tour de force puisque, par exemple, l’utilisation des mots « viols » et « agression » lui étaient strictement interdit. Qu’à cela ne tienne, la construction de la séquence elle-même agira comme une métaphore de ce qui ne peut être cité : va et viens du perpétrateur et de sa victime au sein d’un décors fixe, écarts qui se resserrent, montage de plus en plus rapide jusqu’à la chute d’Anne qui se retrouve au sol à la merci de son bourreau qui la domine. La plus belle séquence du film arrive un peu plus tard, lorsque la jeune femme encore convalescente décide de retourner travailler. Métaphore de l’impossibilité à retrouver une vie normale, ce simple trajet à pied devient un véritable calvaire où les hommes qu’elle croise, tous interchangeables, la terrorisent et où les femmes la regardent de travers avant de médire dans son dos. La suite du film est plus classique, plus attendue, avec sa campagne rassurante, son histoire d’amour chaste et son happy-end obligatoire. Et bien vous savez quoi ? Après une journée comme celle-ci, ça fait du bien !

 

Remerciements : Benjamin & Richard, Claire & Sophie, Karel & François, Belle & Sébastien, Tom & Jerry, Laurel & Hardy etc. Christophe « Les crocos sont arrivés au bureau, je répète : les crocos sont arrivés au bureau » Berthelot, Loïc Chemin, l’équipe du CCC, mes plus plates excuses à Sylvie que j’ai à peine eu le temps de saluer, et surtout… surtout un immense cri du cœur aux petites mains du Festival qui œuvrent dans l’ombre pour que tout se passe bien. Et vous savez quoi ? Ça se passe trop bien !

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Maudit Journal – Day One

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Mais que s’est-il passé lundi ? Vous le saurez plus tard. Dans la vie, faut faire des choix et connaître ses limites. Et avec mes squatteurs mexicains, j’ai revoir mon quota de sommeil à la baisseAh oui, du coup j’héberge deux catcheurs mexicains pour la durée du festival. Et bonne nouvelle, j’ai enfin réussi à me débarrasser de Kévin le collégien. Allez, j’ai assez teasé comme ça, vous en saurez plus après la fin du festival. Passons directement à la première journée « officielle » des Maudits Films !

18h00 – Chop, de Trent Haaga (2011)

AFF CHOPAh, Le Club ! Son hall jaune, son projectionniste chafouin et ses salles à peu près grandes comme mon salon. Pour la compétition officielle, c’est ici que ça se passe et c’est un François Cau tout juste sorti de prison (voir photo) qui chapeaute tout ça. Pas beaucoup de monde malheureusement pour le coup d’envoi des réjouissances. On a bien essayé de récupérer une partie du public venus pour le Festival Télérama mais rien n’y a fait. Son coriaces, les vieux Au menu, une production étasunienne qui fleure bon le politiquement incorrect, dont le manque de moyens était compensé par une sincérité à toute épreuve et des acteurs en grande forme. Normal, le réalisateur sort de l’écurie Trauma et en a profité pour débaucher l’inoubliable interprète de Tromeo et Juliette au passage. Et ils accouchent d’une véritable bête de concours pour festivals. L’histoire ? Lance est un ancien junky qui s’efforce d’oublier son passé sulfureux. Manque de bol, un type complètement taré s’acharne méticuleusement à lui pourrir la vie, en souvenir du « bon vieux temps »Alors oui, le film court parfois laborieusement après sa chute et avec son twist final inutile, on aura sans doutes du mal à le revoir une seconde fois. Côté casting, c’est assez inégal et ça cabotine grave, d’accord. Mais ce qui rend Chop attachant, c’est qu’il réussi régulièrement à relancer sa machine scénaristique avec une belle énergie là où d’autres films du même tonneau choisissent souvent la facilité. Soyons honnêtes, ça n’est pas le film de l’année – il n’en a d’ailleurs jamais la prétention, et c’est tant mieux –, mais on passe un excellent moment et finalement c’est tout ce qu’on lui demande.

François Cau

François Cau

 

19h45, coulisses de la salle Juliet Berto

« Non, non et non Sophie, il est hors de question que je fasse ça. J’ai ma fierté, merde !
Dis-donc, tu veux que j’appelle Karel pour voir ?!
Ben oui, pourquoi pas, parce que je veux bien coller des affiches au petit matin ou héberger des catcheurs mexicains en goguette, mais il y a des limites respecter !
Tu vas pas faire ta pleureuse pour une paire de bas résilles et un panier en osier, quand même ? Je t’ai dit qu’on était pris de court aujourd’hui !
C’est pas ma faute si la charmante ouvreuse vous a lâché ! Et pis avec la bande de filles qui bénévolisent au festival, vous avez pas trouvé plus sexy que moi ?
Eh mec, c’est soirée girly, alors les jolies bénévoles elles font relâche et elles profitent des films pendant que les mâles dans ton genre turbinent. À moins que t’ai bien caché ton jeu. T‘es pas une fille, des fois ?
Ben non !
Alors tu m’enfile cette perruque et tu files en salle. Je te rappelle que c’est avec les produits dérivés qu’on fait notre marge.
PffffHeureusement que mamie est partie pour la semaine. Mais Christophe a pas intérêt à prendre des photos ! Au fait, pas mal ta nouvelle coupe.
Merci, ça réveille mon côté lionne. Attends, y a ton rouge qui déborde. Allez, en piste ! »

 

SOIRÉE GIRLY À LA SALLE JULIET BERTO

20h00 – Belgian Psycho, de Katia Olivier

Belgian Psycho« Chère Katia (voir photo),

J’aime beaucoup ce que vous faites, et à l’image de la chef des Maudits Films vous dégagez une certaine forme d’autoritarisme qui est loin de me laisser indifférent. Sans parler de vos chaussures. Aheum. Pour en revenir à des considération plus cinématographiques, j‘aime aussi votre énergie, votre colère, votre actrice principale on ne se refait pas –, l‘agencement des séquences et la mise en abîme finale de Belgian Psycho. Non mais honnêtement, que celles et ceux qui n’ont jamais eu envie d’étrangler les cuistres qui vous pourrissent les génériques de fin avec leurs commentaires existentiello-cinéphiliques à la con me jettent la première pierre ! Par contre j’aime bien les frères Dardenne – en tout cas ceux de Rosettaet j’espère sincèrement que cela ne va pas nuire à notre relation. D’un autre côté, je comprends parfaitement qu‘en tant que réalisatrice belge ça vous gonfle de voir votre identité cinématographique nationale réduite à leurs films.
Vous
aimez taper là ou ça fait mal, et cette détermination compense largement quelques imperfections imputables à un budget étriqué et à un montage manquant parfois de précision. Maintenant, passons aux choses sérieuses si vous le voulez bien : sans vous commander, je voudrai à présent une vraie proposition de cinéma, si possible sous la forme d’un long-métrage, si possible avec de belles actrices comme mademoiselle Naila Ma que j‘aime bien – je ne sais plus si je vous l’avais dit. Voilà.
Je me tiens à votre entière disposition pour
Euh, je me tiens à votre entière disposition, donc.

Bien cordialement, le Vidéophage »

Katia

Katia Olivier

 

20h15 – Cryin’ de Amy Heckerling (1993)

Alors d’abord, je trouve proprement hallucinant qu’il existe des vidéo-clips sur support 35mm ! Cette parenthèse professionnelle close, Cryin’ est un morceau des vétérans d’Aerosmith, le groupe au chanteur qui ressemble à Mick Jagger et au guitariste qui ressemble à Slash (à l’intention des non-métallisants, c’est une blague puisqu’en vrai, c’est l’inverse : l’ex-guitariste des Guns a calqué son look sur Joe Perry (voir photo) qu’il vénère). Cette parenthèse parfaitement inutile close, disons pour être poli que musicalement, ça n’est pas la période la plus intéressante du groupe – qui racolait les midinettes à coups de slows dans ce genre. Que voulez-vous ma bonne dame, arrivé à un certain âge il faut penser à mettre des sous à gauche pour la retraite. Toutefois, le clip est assez hallucinant. Au niveau du casting déjà, entre les futur-ex-has-been Alicia « Batgirl m’a tuer » Silverstone et Stephen « Sofia Coppola m’a sauver » Dorff etet… Joss Holoway ! Comme j’suis trop fier de l’avoir repéré alors que je déteste Lost ! Aheum. En tout cas, le scénario est bien sympathique, on comprend sans peine qu’il ait tapée dans l’œil de Karel. À moins quelle ne l’ait choisi pour les lèvres hypertrophiées du papa de Liv, le piercing d’Alicia ou les riffs endiablés de la plus belle touffe de cheveux du Hard-FM eighties. Allez savoir…

Joe Perry

Joe Perry… ou Slash, allez savoir

 

20h30 – Perdita Durango, d’Alex de la Iglesia (1997)

Perdita afficheAy ay caramba ! Quelle belle découverte que ce long-métrage tournée entre le Mexique et les States par le réalisateur de Balada Triste ! La bomba Rosie Perez y incarne un de ces personnages féminin que j’adore : fière, indépendante, cruelle, sensible, et en guerre ouverte contre la société machiste qui domine le monde. L‘exact opposé de ce qu’Hollywood nous inflige à longueur de comédies romantiques sirupeuses. Pas étonnant de la voir s’accoquiner à Romeo, un bad boy sexy adepte de la Santeria caribéenne incarné par un Javier Bardem très convainquant malgré sa coupe de cheveux improbable – sa marque de fabrique ? Grain de sable dans le périple d’amour et de mort du couple infernal, l’agent Willie Dumas – James Gandolfini, le regretté Tony Soprano de la série éponyme – ne les lâche pas d’une semelle et ronge son frein en attendant son heure. Et nous voilà partis dans un road movie foutraque et passionnant où les moments de bravoure s’enchaînent avec maestria. Et en prime une belle critique de lamerican way of life, le destin des deux anti-héros s’emmêlant avec celui d’un jeune couple de gringos enlevés en début de film. Par une succession de coups de pot assez hallucinants – d’ailleurs, les enjeux narratifs du film sont continuellement bousculés par ce coquin de sort –, ils vont finir contre toute attente par changer leur vision du monde au contact rugueux du duo infernal. D’ados puceaux insipides et formatés, ils deviennent en fin de parcours des adultes sexués. C’est peut-être ça, la belle leçon de ce film construit volontairement le cul entre deux cultures, si vous mee pardonnez l’expression : on gagne toujours à se frotter aux autres. Respectant les codes du genre, l’aventure va se terminer tragiquement pour le ténébreux Romeo. Perdita, elle, quitte le film comme une cow-girl, dans le soleil couchant artificiel de Las Vegas. Magnifique !

 

23h00 – Les Furious Soundtracks mettent le feu à la bobine !

Mais qui se cache derrière les énigmatiques masques de catcheurs mexicains de Furious Soudtracks (voir photo) ? Moi je sais, moi je sais ! Et non, je ne cafterai pas. J’ai promis. Tout au long d’un set endiablé dont votre serviteur a malheureusement manqué une grande partie, Ben et Rico – Ah merde, j‘ai cafté du coup – ont enflammé le dancefloor de la bobine, lieu bien connu des grenoblois amateurs de gros son et de mecs bourrés. Mixant dans un amateurisme totalement assumé et absolument non-péjoratif musique groovy issue des meilleures B.O. d’exploitation et extraits de films empruntés au glorieux patrimoine horrifico-érotico-psychédélico-bisseux mondial, les deux canailles masquées en ont collé plein les mirettes et les esgourdes aux étudiant(e)s en goguette. Seuls accrocs de cet after furibard : j’ai réussi à rater les courbes inimitable de mon Edwige Fenech adorée sur l’écran de projection, et les mexicains normands ont un peu de mal avec le bourbon. Damned !

 

Richard (qui porte un masque de catcheur) et Benjamin (qui est torse-nu. Et deux amis.

Richard (qui porte un masque de catcheur) et Benjamin (qui est torse nu). Et deux amis.

Spéciale dédicace à : Christophe « The Beast » Berthelot, François « Danny Boon m’a tuer » Cau, Jenny la gardienne des clefs, Karel « Steven Tyler rocks ! » Quistrebert, aux pétillantes Claire et Sophie (Barba-papa et Mini-mars pour les intimes), et à toutes l’équipe des Maudits. A la petite bande du quatrième rang (Raymonde, Sylvie, Ludi, Gilles et sa moitié), à mes girls du dernier rang (Zabulette, Karinette et surtout Célinette qui m’a soutenu à La bobinette), aux courageux du premier rang, the place to be cette année, à Ben & Rico, mes catcheurs mexicains préférés, aux meilleurs projectionnistes du monde libre Sylvain « j’suis à la bourre » Crobut et Loïc « Die, Télérama, die! » Chemin. A demain pour de nouvelles aventures cinéphiles !

 

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Maudit Journal 2014 – Day Zero

Bandeau-journal
Jeudi 16 janvier 2014, 6h30 – Dans la cuisine, le Vidéophage fait les cent pas en grommelant. Sur la table, un cahier, un crayon et un mug de café froid depuis longtemps. Un bruit dans le couloir le fait sursauter et sa grand mère apparaît dans l’embrasure de la porte.

― « C’est toi qui fait tout ce raffut ? Qu’est-ce que tu fiches debout si tôt ?
‘Tain mamie, comme tu m’as trop fait peur !
Oui, ben que ça ne t’empêche pas de mettre un euro dans le bocal à gros-mots !
Pardon mamie… J’arrive plus à dormir, j’ai trop peur d’oublier quelque chose pour ce soir.
Mais c’est pas mardi prochain que ça commence le festival ?
Ben non, c’est ce soir en fait. Pré-ouverture qu’ils appellent ça. Ça se passe à Voreppe et C’est moi qui gère la soirée.
― C’est vrai ?
― Voui. J’ai postulé pour filer un coup de main cette année et Karel
(voir photo) m’a proposé un stage.
― Mais c’est génial, ça !
― T’emballe pas non plus, rien n’est joué. J’ai insisté pour
ne rien manquer de la rétrospective et du coup ça ne lui a pas trop plu. Elle m’a dit que pour ce genre de poste, il y avait de la concurrence et que je devais faire mes preuves.
― Ah mais d’accord ! C’est après ça que tu traficote depuis plusieurs mois. Les coups de fils à voix basse, le défilé des visiteurs mystérieux, les sorties impromptues en plein milieu de la nuit.
Mais pourquoi tant de discrétion ?
― Ben, à cause de Kévin, mon concurrent pour le poste. C’est un sournois de la pire espèce c
elui-là, et depuis que je l’ai surpris à farfouillé dans mes mails aux bureaux du CCC je suis obligé de faire hyper attention.
― Mon dieu, mais c’est qui ce Kévin ? Un de ces futurs maîtres du monde aux dents acérées élevé dans une école de commerce ?
― Euh, non. Karel m’a dit qu’il était en troisième à Stendhal…
(…)
Oui, ben tu sais pas comment ils sont les collégiens de nos jours…
Ah non, c’est sûr, présenté comme ça, je comprends mieux tes insomnies.
Pfff… c’est pas gentil de se moquer. Tu te rends pas compte, je vais devoir tout gérer du début jusqu’à la fin, l’accueil du public, la caisse, l’intervenant, la projection… Heureusement que tu seras là pour me soutenir !
(…) Pardon ? T’as pas dans l’idée de me faire déplacer jusqu’à l’autre bout de l’agglo ce soir ? A mon âge ?
Pfff, n’importe quoi ! Déjà, c’est pas si loin, et ton sois-disant grand âge, ça t’as jamais empêchée d’aller faire ton poker du jeudi à St Martin d’Hères…
Pute borgne, mais comment tu sais ça, toi ?
Tu sais bien que Paulette m’adore ! Et excuse-moi, mais le coup du club de tricot c’était moyen comme couverture. Tu seras pas dépaysée, tes copines de débauche viennent avec nous.
Ah d’accord, c’est une conspiration, quoi ! Si je n’ai pas le choix
Merci mamie, t’es la meilleure ! Mais que ça ne t’empêche pas de mettre un euro dans le bocal à gros-mots… »

Karel "Maîtresse" Quistrebert

Karel « Maîtresse » Quistrebert

 

Panic sur Florida Beach, de Joe Dante (1993)

PanicQuelle belle manière d’ouvrir cette 6ème édition des Maudits Films avec… un film maudit. Sorti en 1993 dans l’indifférence générale, cette petite merveille signée Joe Dante ne méritait pas un tel échec commercial. Même si depuis il a été réhabilité grâce, entre autre, à une superbe édition vidéo signée Carlotta, cela n’excuse pas le manque de curiosité des spectateurs de l’époque. Hommage vibrant aux films de monstres des années 50 qui bercèrent les jeunes années du réalisateur de Gremlins, témoignage de la fin d’une époque (1962) car, comme le précisait notre fringuant « analyste filmique » Laurent Huyart (voir photo), les Étasuniens allaient perdre leur innocence un an plus tard à Dallas, triple mise en abîme parfaitement maîtrisée (Nous regardons des spectateurs dans une salle de cinéma qui eux-même regardent un film qui luimême les regarde), Panic sur Florida Beach est un cocktail imparable d’intelligence, d’émotions et de références. Une œuvre autobiographique d’une grande humilité. John Goodman, croisement improbable entre Alfred Hitchcock et William Castle, emmène derrière lui un casting parfait, depuis les interprètes des adolescents jusqu’aux habitués du réalisateur : Robert Picardo, Dick Miller, John Sayles 1 et le regretté Kevin McCarthy bien sûr. Le long-métrage foisonne de détails, au point que chaque visionnement apporte son lot de découvertes. Par exemple, le film fictif que les spectateurs de Key West découvrent, Mant, respecte scrupuleusement les codes du film de monstre des années 50. Bourré d’humour, il n’est jamais parodique et les acteurs semblent tout droit échappés de cette époque. Au delà des clins-d’œil visuels comme les affiches de films et les revues que collectionne le jeune héros, Panic… rend hommage à toute la filière du 7ème Art, depuis les producteurs de série B jusqu’aux petites mains qui officient dans l’ombre des salles obscures. Le discours passionné que Lawrence Woolsey tient au personnel du cinéma donnera des frissons aux caissiers et projectionnistes d’aujourd’hui, seuls épargnés par la conjoncture économique désastreuse qui menace notre gagne-pain. Apportant un étrange écho aux mutations actuelles (téléchargement, baisse de fréquentation), Panic… nous rappelle que l’exploitation cinématographique connaissait au début des années 60 une crise sans précédent avec la concurrence de plus en plus agressive de la télévision. Voir le personnage interprété par John Goodman multiplier les procédés techniques plus improbables les uns que les autres (Atomo-vision, Rumble-rama) peut faire sourire, mais ce serait oublier que les formats panoramiques comme le Cinémascope ou les balbutiement de la 3D ont été mis en place à cette époque pour contrecarrer l’arrivée massive de la petite lucarne dans les foyers étasuniens.
Sans jamais être déprimant, le film ne cache rien des inquiétudes et des menaces qui pesaient su
r la société américaine, trop engoncée dans sa peur des rouges pour se rendre compte que les années fastes d’après guerre touchaient à leur fin. Le film se termine sur les deux jeunes protagonistes du film observant avec soulagement les hélicoptères de l’armée qui regagne leur base, la crise des missiles de Cuba ayant trouvée une solution politique. Mais Dante de rajouter un gros plan sur un de ces aéronefs, étonnamment granuleux par rapport au reste du métrage. L’inconscient collectif étant passé par là, on ne peut s’empêcher de penser aux images d’actualités de la guerre du Vietnam filmées en 16mm qui allaient déferlées sur le monde et lancer une vague de contestation populaire sans précédent.

1 John Sayles a rencontré Joe Dante au sein de l’écurie Corman, et les deux hommes sont rapidement devenus très proches. Réalisateur un peu sous-estimé chez nous, on lui doit entre autre le magnifique Lone Star que je vous recommande chaudement (A ce sujet, c‘est Chris Cooper qu’on cherchait mon cher Laurent ! Matthew McConaughey n’y jouait que son père dans les flash-back).

Laurent Hyart, notre anafilm lystique préféré

Laurent Huyart, notre « anafilm lystique » préféré

 

Voreppe, aux environs de minuit – Épuisé, le Vidéophage se contorsionne entre les sièges du deuxième rang pour ramasser les restes de Mikado et de fraises tagada qui traînent sur la moquette. Il faut toujours qu’il y ait des pénibles pour faire du grabuge : entre les crissements des emballages et les ricanements continu, il a été obligé d’intervenir plusieurs fois pour calmer les ardeurs des indélicats. Ah, ces jeunes ! Fort heureusement, rien de comparable avec les spectateurs américains du film qui jetaient du pop-corn à pleine poignée sur l’écran et sur le pauvre directeur de salle. Ayant enfin réussi à déloger un chewing-gum coincé sous un siège, son regard tombe sur une paire de bottes en cuir noir qui ne pouvaient appartenir qu’à une seule personne. Il déglutit en se redressant, et se retrouve devant la déléguée générale du Festival. Le verdict allait tomber, et même s’il n’avait rien à se reprocher, son estomac faisait des nœuds. Une bonne partie de l’équipe du CCC avait fait le déplacement, et son pote Christophe (voir photo) ne l’avait pas lâché d’une semelle, caméra en main, à enregistrer ses moindres gestes sur ordre de la chef des Maudits Films.


― « 
Bon, à part les zigotos du second rang, ça s’est bien passé. Je t’annonce officiellement que tu es embauché comme stagiaire pour cette 6ème édition du Festival des Maudits films de Grenoble.
Oh merci, merci, merci ! Quand je vais dire ça à mamie !
Oui, remercie-les bien, elle et ses copines. Si elles ne m’avaient pas proposé de participer à leur club de tricot
Alors on fait comment ? On se dit ‘tu’ et on s’appelle par nos prénoms ?
Et pis quoi encore ?!
Euh, pardon.
Pardon qui ?!
Pardon, maîtresse.
J’aime mieux ça.
Bon ben, on se retrouve à quelle heure mardi ?
Comment ça, ‘mardi’ ? Je veux te voir lundi à 8h aux bureaux du CCC !
(…)
Ta grand-mère m’a dit que tu as posé une semaine de vacances à partir de lundi, c’est ça ?
Euh, oui mais…
Pas de ‘mais’ ! Rendez-vous lundi matin. Et mets des vêtements chauds, ça serait dommage que tu attrapes la mort en collant des affiches. Tu te rappelles de Kévin, le collégien ? Ça sera ton binôme.
(…)
Quelque chose ne va pas ?
Non maîtresse, c’est juste que, enfin, je pensais que…
Ah ben voilà ! C‘est ça le problème. Faut arrêter de penser, et faire ce que je dis, tout simplement. Si t‘imaginais te la couler douce en regardant des films, tu tes mis le doigt dans l’œil jusqu’au coude, mon bon ami. Pas de glandouille aux Maudits, tout le monde est là pour bosser, surtout le stagiaire qui me sert d’escl…, euh, d’assistant personnel ».

Et Karel de le planter là, au milieu des rangées de fauteuils. Il lui fallu quelques minutes pour encaisser la nouvelle. Elle l’avait appelé son « assistant personnel »…
(A SUIVRE…)

Christophe "Animal" Berthelot

Christophe « Animal » Berthelot

 

Remerciement chaleureux : Laurent « Eddy Mitchell forever » Huyart, aux interventions toujours impeccables. Maîtresse Karel, Christophe et toute l’équipe du CCC venue en force. La bande de sales gosses qui gravitent autour de la meilleure librairie grenobloise de la terre : Fred, Sylvie, Del’, Pedro, François (Ça m’a trop fait plaisir de vous voir). Les spectateurs grenoblois qui ont fait le déplacement (et c’est pas grâce au Petit Bulletin, Grrrr…), les spectateurs voreppins que je n’avais pas du tout menacé de représailles sanglantes si je ne les voyais pas (coucou Johan) et, bien entendu, le génial Joe Dante qui est en train de tourner (enfin!) son nouveau film. D’ailleurs, jetez-vous sur l’excellente revue Torso qui lui a consacré son numéro 8. Et bons Maudits Films à toutes et à tous !

 

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Comité de visionnage – Février 2013


Je me rappelle qu’à l’école, le temps s’écoulait au ralenti entre chaque vacances. Aujourd’hui j’ai l’impression de les enchaîner… Faut dire que pour un projectionniste, le mot « vacances » est synonyme de surcharge de travail, de spectateurs qui arrivent à la dernière minute et d’un choix de films, comment dire… j’hésite entre « gerbatoire » et « insipide ». Deux termes qui collent parfaitement aux chefs-d’œuvre dont je vous parle plus bas. A part ça, euh… Je me suis principalement nourri de comédies romantiques ce mois-ci. Faut comprendre : entre la Saint Valentin, les 9h de boulot quotidiennes et mon vieux dos fatigué, j’avais besoin de tendresse. Et pis ma grand-mère ne jurant que par Hugh Grant, il fallait faire quelque chose ! Maintenant, elle n’a d’yeux que pour Ryan Gosling… Bon, vous avez gagné, je vais vous parler de la série Arrow débarquée cette saison sur CW. Vous ne savez pas ce que vous perdez, j’avais plein de choses à dire sur le sympathique Crazy Stupid Love

 
 

DIE HARD – BELLE JOURNEE POUR VOMIR
E
uh, pour mourir, pardon. De John Moore, avec Bruce Willis.

A peine rabiboché avec sa fille dans l’inutile Die Hard 4 : retour en enfer, voilà-t-y pas que Bruce doit voler au secours de son fiston, accusé de meurtre en Russie. Ce qu’il ignore, c’est qu’il travaille en fait pour la CIA et qu’il a fait exprès de se faire coffrer. Nous par contre, on s’en doutait un peu. Bref, le fiston doit faire évader un gentil millionnaire Russe qui possède un dossier contre l’actuel premier ministre qui n’est pas très gentil, lui. Bon, en fait, le millionnaire non plus, il est pas gentil. La preuve, c’est le méchant du film. A la fin, Bruce et son fiston s’en sortent en zigouillant tout le monde, sauf le premier ministre parce que dans la vraie vie Poutine pourrait mal le prendre. Ah, on me fait signe dans mon oreillette que j’ai un peu spoilé le scénario. Si ça peut vous éviter de filer 10 euros aux cuistres qui ont financé cette bouse, j’ai la conscience tranquille. Et si vous avez vraiment 10 euros à perdre, envoyez-les moi… Je n’aurai que deux mots devant l’étendue du désastre : AU SECOURS !!! Le seul mérite de cette purge c’est qu’elle ne dure qu’une heure trente. Croyez-moi, quand on est projectionniste, ça compte.
Si le peu glorieux quatrième opus conservait certains gimmicks de la franchise comme le partenaire par défaut, les forces de l’ordre dépassées et un méchant (presque) charismatique, on a ici la désagréable impression que le scénario a été écrit pour Jean-Claude Van Damme ou Steven Seagal. Déjà, situer l’action en Russie n’apporte rien à l’histoire, au contraire même vu le nombre de DTV médiocres tournés dans les pays de l’Est ces dernières années. L’idée du duo père-fils (il manquait plus que lui tiens, en attendant la femme de ménage de son ex pour le sixième !), interprété par le fade Jai Courtney, est très mauvaise. Alors que les précédents « partenaires » de McClane jouaient la carte du contraste (un flic qui passe sa vie derrière son bureau, un vendeur d’électroménager de Harlem ou un jeune hacker), le fiston n’est qu’une copie du personnage de Willis en plus jeune. L’art de foutre en l’air le principe même du buddy movie. Les bad guys sont tellement transparents que le twist central ne surprendra guère qu’un enfant de 8 ans, et encore ; l’intrigue éculée est truffée d’incohérences qui feraient rougir le scénariste d’Hélène et les garçons, et la seule idée vaguement intéressante du script – la fille du grand méchant est son bras droit – n’est jamais exploitée, parce que vous comprenez, le film doit faire la part belle à l’action, merde, quoi. Et même ça… Ami producteur, sache qu’il en va de la casse de voitures et des effets numériques comme du vin d’orange de ma mamie : au bout d’un moment, ça saoule…
En conclusion, ce Die Hard 5 achève une franchise déjà bien malmenée, et si comme moi vous aimez Bruce Willis, ne cautionnez pas ce genre d’ignominie. Revoyez l’intégrale de Clair de lune, ou l’injustement méconnu Meurtre à Hollywood du génial Blake Edwards. Avant de se contenter d’aligner les punch lines faisandées en échange d’un gros chèque, le gars Willis était un sacré bon acteur…

« Pffffff, les scénaristes… Non, mais allô, quoi !! »

 

GANGSTER SQUAD
Un film de Ruben Fleischer. Avec Josh, Ryan, Emma, Robert, Sean et plein d’autres…

Los Angeles, 1949. La ville appartient à Mickey Cohen, ancien boxeur professionnel devenu gangster. Ça, c’était pour la première moitié du titre. Le squad, c’est une équipe de flics qui va tout mettre en œuvre pour le faire tomber, « officieusement » bien sûr. Ce qui va lui prendre à peu près 1h50 de film. Voilà voilà…
Après le « gerbatoire », place à « l’insipide ». J’ai un peu honte d’avoir suivi la Nouvelle Star cet hiver. N’empêche, j’y ai appris plein de chose, comme la technique du mash-up qui consiste à combiner deux chansons pour en faire une seule. Le rapport avec Gangster Squad ? Eh bien figurez-vous qu’il s’agit d’un mash-up totalement raté de l’univers de James Ellroy et des Incorruptibles de Brian de Palma. Comme quoi, le réalisateur du sympathique mais surestimé Bienvenu à Zombieland n’a finalement pas grand chose à dire. Vous trouvez que j’exagère ? Alors disséquons ensemble ce remake déguisé : dans le rôle de Kevin Costner, je voudrai le Chris Cooper du pauvre, Josh Brolin. En un peu plus bourrin parce que bon, à défaut d’avoir une histoire originale, on va mettre le paquet sur l’action. Dans les charentaises de Sean Connery, j’appelle Robert Patrick, qui a bien changé depuis T2. Ah, on me dit que le bijou de Cameron va sur ses 22 ans. Ceci explique cela. Pour remplacer le beau gosse Andy Garcia, un tonnerre d’applaudissements pour Ryan Gosling, qui a compris que la sobriété était gage de talent. Un principe ayant totalement échappé à Sean Penn (Mickey Cohen) en roue libre qui réussit l’exploit de cabotiner d’avantage que Bob DeNiro. Diantre, son interprétation outrancière d’Al Capone avait pourtant placé la barre très haut… De l’univers d’Ellroy, on retrouve le cadre, la mignonne Emma Stone qui campe un avatar de Lynn Bracken un peu trop sage, mais pas l’ambiance glauque du quatuor (pour mémoire, Le dahlia noir, Le grand nulle part, L.A. confidential et White jazz, soit le must du polar américain). Le Los Angeles De Gangster Squad est passé à la moulinette du politiquement correct, au mépris de la réalité sociale de l’époque. Entre les flics noirs et mexicains qui s’intègrent sans peine à l’équipe WASP, un scénario totalement balisé où les séquences s’enchaînent sans la moindre inventivité – notons au passage que, comme chez De Palma, c’est le vieux et l’intello qui y passent –, et le principe de la famille comme modèle social idéalisé – tiens, la femme de Brolin est enceinte, comme dans… bon, j’arrête… – on ne retrouve jamais l’ambiance poisseuse et désespérée qui se cache derrière les paillettes. Les pièges de la cité des anges ne sont abordés que dans la scène d’ouverture, le reste du métrage pouvant se situer dans n’importe quelle autre ville étasunienne. On est donc face à une version light de, au hasard, l’adaptation plutôt réussie – mais déjà édulcorée – de L.A. Confidential par Curtis Hanson. Même l’action déçoit, avec son traitement modernes et son sur-découpage. Je ne suis pas fan de De Palma, mais bon dieu la scène de la gare des Incorruptibles reste une merveille de mise en scène. Quitte à copier, Fleischer aurait été inspiré de le faire jusqu’au bout…

« Franchement Ryan, tu trouves pas qu’on se faisait moins chier dans Crazy Stupid Love ? »

 

ARROW
Une série de Greg Berlanti, Marc Guggenheim et Andrew Kreisberg. Première saison en cours de diffusion sur CW (Cherchez pas sur votre décodeur TNT, c’est aux États-Unis). Avec Stephen Amell.

Alors voilà. Oliver a une petite amie. Elle est belle, et son prénom c’est Laurel. Mais lorsqu’il part en croisière sur le yacht de papa, il préfère emmener sa frangine pour lui tenir chaud sous la couette. Faut dire qu’à ce moment-là, Oliver Queen a tout de la parfaite tête à claques : un physique de play-boy, une famille riche à millions et un comportement de crétin arrogant. Pris dans une tempête, le bateau coule avec la frangine de Laurel et papa profite de l’intimité du canot de survie pour demander à son fils de réparer ses propres erreurs. Avant de se tirer une balle dans la tête. Au final, Oli se retrouve coincé sur une île particulièrement inhospitalière pendant cinq longues années. Jusqu’à ce qu’un bateau le récupère et le ramène chez lui où tout le monde le croyait mort. Et Il n’a qu’une idée en tête : respecter les dernières volontés de son papa et faire payer les salauds qui pourrissent sa ville. Avec une capuche sur la tête et un arc, parce que ça en jette… Toute ressemblance avec un certain Bruce Wayne n’est absolument pas fortuite, les deux personnages faisant partie de l’écurie DC comics.
A l’annonce du projet, on pouvait légitimement craindre le pire, une bluette sentimentalo-culcul à la
Smallville ou une réflexion post-moderne à la Heroes. Et puis le personnage n’est qu’une transposition de Robin des Bois au XXIème siècle, pas forcément le concept le plus enthousiasmant qui soit… Fort heureusement, la trilogie de Christopher Nolan est passé par là et c’est tout naturellement sur ce modèle que les créateurs de la série vont s’appuyer. Au niveau de la forme déjà, avec des plans aériens de la ville et des séquences d’actions réalistes et plutôt efficaces, mais aussi au niveau de l’ambiance. Starling City est la sœur jumelle de Gotham, une allégorie de la société étasunienne en déliquescence, l’enjeu du combat désespéré d’une poignée de justes contre les sombres desseins d’hommes d’affaire pourris jusqu’à la moelle. Enfin je dis ça, c’est ce qui se dessine en filigrane derrière les premiers épisodes. Quoi qu’il en soit, l’ensemble bénéficie également de l’effet HBO, car sans être truffée de sexe et de sang – ce n’est pas le public visé –, le vigilante d’Arrow n’hésite pas à tuer. Sa ligne de conduite – éliminer un à un les hommes incriminés par son père – comporte son lot d’ambiguïtés et de mystères, car ses cinq années d’exil ont transformé le play-boy égoïste et superficiel qu’il était en redoutable machine à tuer. La série est construite sur le modèle de Lost – ne partez-pas en courant, je ne parle que de mécanique –, entrecoupant le présent de flashbacks qui lèvent progressivement – et chronologiquement – le voile sur cet exil forcé. La série n’en étant qu’à son seizième épisode, tout peut arriver, le meilleur comme le pire ; on espère sincèrement que les scénaristes savent où ils vont, parce qu’à défaut d’être révolutionnaire, Arrow est plutôt sympathique à suivre. Si les séquences sur l’île sont très réussies, certains personnages secondaires ont du mal a trouver leur place, ce qui explique quelques ajustements au cours de cette première saison. Par exemple, il manquait un petit grain de folie et c’est avec jubilation que l’on voit le personnage doux-dingue de Felicity Smoak (Emily Bett Rickard, photo ci-dessous) prendre de l’ampleur. A suivre donc, en espérant que la sacro-sainte obligations de résultats qui mine la création télévisuelle outre-Atlantique depuis quelques années ne fasse pas une victime de plus…

« Mais non, je ne suis pas top model, je suis informaticienne. La preuve, je porte des lunettes… »

 

En guise de dessert, voici la bande-annonce d’une nouvelle adaptation de Beaucoup de bruit pour rien, le chef d’œuvre intemporel de l’ami Bill. Vous vous demandez ce que ça vient faire ici, hein ? Eh bien sachez que c’est Joss Whedon qui réalise, et qu’il a embauché pour l’occasion quelques vieilles – et nouvelles – connaissances. En attendant le retour du maître sur le petit écran avec l’attendue S.H.I.E.L.D




Be seeing you !

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Maudit Journal 2013 – Day Five

Samedi 26 janvier, 11h00 – C’est juste impossible de sortir du lit… Je hais le Festival. Je hais le péplum, et par dessus tout je hais Florent Fourcart qui n’a rien trouvé de plus intelligent que de dédicacer son bouquin à 15h aujourd’hui. 15 heures !!! Et pourquoi pas en matinée tant qu’on y est ? Du coup je l’écris quand, moi, le journal de guerre du Vidéophage… ? Ou alors, je dors plus ? Ah ben tiens ! On a qu’à faire ça, je vais simplement arrêter de dormir, comme ça j’aurai le temps de faire tous ces trucs que je repousse sans cesse : le ménage, les articles pour En revenant du cinéma, le numéro deux du fanzine, archiver les cinquante DVD qui s’empilent dans mon salon (voir photo)… C’est sans doutes ça, la solution… Je vais en toucher un mot à mon médecin, la chimie a sûrement une solution pour ça… Ah, quel doux rêve… ne plus dormir rrrrrrrrrretyrfguyrgbfirnvoftvneonvz…

Le salon du Vidéophage

 

14h20 – …efvvvvvhinozvbnzbheavbhv… Hein ?! De quoi… ? Merdum, je me suis endormi sur mon clavier. Oh putain ! Je vais être à la bourre, et je déteste ça…

14h59 – Essoufflé, dégoulinant de sueur malgré les quatre ou cinq degrés affichés au thermomètre – le plus sûr moyen pour attraper la mort –, Je débaroule dans l’espace-bar de Decitre. Sauf que depuis l’année dernière, le « bar » de Decitre s’est transformé en machine à café, et « l’espace » est envahi de linéaires et de bacs à soldes hideux. Quelques tables coincées sous l’escalier semblent avoir tout de même survécu au cataclysme. Sur un guéridon, une affichette du Festival et une pile du Péplum italien, grandeur et décadence d’une antiquité populaire de Florent Fourcart (voir photo). Tout va bien, et je ne suis même pas en retard.


Florent Fourcart

 

15h10 – Un sympathique vendeur commence à m’expliquer comment on peut s’organiser pour la rencontre. Quand je lui annonce que je ne suis qu’un simple spectateur, il en reste pantois. « Quand même, vous devez sacrément sacrément aimer ça pour venir déguisé en centurion en plein mois de janvier ». « Nan mais c’est pas ça. Le costume, c’est parce que j’ai perdu un pari hier. Et puis je suis déguisé en décurion, pas en centurion ». Quelle histoire, je ne vous raconte pas ! Bon allez, si, je vous raconte. Hier, j’ai passé la fin d’après midi au bar avec l’ami Benjamin (voir photo). On a parlé de tout et de rien, de nos parcours respectifs, de l’écriture, du cinéma, du Festival. On s’est même mis à philosopher sur le temps qui passe, pour arriver à la conclusion que depuis cinq jours, c’est comme si nous avions à nouveau 20 ans. Sauf qu’on en a à peu près le double, et que ça change la donne : on est totalement à la ramasse physiquement, mais par contre on en savoure chaque minute avec un plaisir indescriptible… Des discussions de vieux cons, quoi ! Mais au moment de la traditionnelle assiette-kebab-sauce-samouraï du soir, nous avons buté sur le Cléopâtre avec Liz Taylor et Richard Burton. J’étais persuadé que c’est Hawks qui l’avait réalisé, Benjamin me soutenait que c’était Mankiewicz… J’ai perdu ! Note pour plus tard : ne jamais défier le professeur Cocquenet sur ce genre de choses… Bref, je suis venu déguisé en décurion romain… Mais je vous l’affirme, chers lecteurs, il existe une justice divine ! Au moment de m’asseoir à une table bien à l’écart, histoire de pouvoir piquer du nez à la discrète si besoin, je suis tombé sur le livre de Claude Monnier sur John Mc Tiernan… a 70% de réduction ! Ah, karma, je ne crois pas en toi mais des fois, je me pose des questions !


Benjamin Cocquenet

 

 15h20 – Rencontre / dédicace autour du livre Le péplum italien, de Florent Fourcart

Florent et Benjamin daignent enfin nous honorer de leur présence. En voyant la tête de ce dernier, je me dis qu’aujourd’hui, c’est le quarantenaire qui a pris le dessus. Et je me dis que je ne dois pas être beau à voir non plus. J’agite mon John McTiernan en arborant mon plus beau sourire. Il me sourit en retour et lâche à l’auteur un « Tiens, on va se mettre là, juste à côté de Guillaume. Il est incollable sur le sujet et en plus, il pose toujours des questions intéressantes… ». Ah, karma, je ne crois pas en toi mais des fois, etc. Peu de monde, hélas, pour un échange pourtant passionnant mené de main de maître par le sieur Cocquenet. Florent Fourcart répond avec enthousiasme à ses questions, et c’est un vrai plaisir d’écouter quelqu’un de très érudit, certes, mais qui n’a pas oublié que le cinéma est avant tout une question de plaisir. Et rien que pour son regard pétillant à l’évocation d’Hercule contre les fils du soleil, je suis prêt à lui pardonner l’heure indécente de la rencontre. Jetez-vous sur le livre – mais pas trop fort non plus, hein, vous allez l’abîmer –, qui balaie le genre des origines à sa décadence en n’oubliant jamais le contexte économique et politique de l’époque. Et je dis pas ça juste pour faire style, j’en suis déjà la la page… euh… je l’ai déjà commencé.

19h45 – Le temps de faire le plein de caféine et de troquer mon cimier et ma jupette de lattes contre un poncho et une paire de santiags, me voilà devant la salle Juliet Berto pour cette ultime soirée placée sous le signe de Django. Certains crieront à l’opportunisme, mais, euh… Ben voui, d’accord, c’est vrai que le film de Tarantino venant de sortir, plein de gens découvrent l’existence de ce personnage mythique. Alors pourquoi ne pas profiter de la traditionnelle soirée Grindhouse pour proposer l’original ?

 

20h00 – Django… euh, Django le proscrit (?), de Sergio… euh, de Maury Dexter (???)

Il y a quelque chose de pourri au royaume des producteurs. Il suffit qu’un film comme Django de Sergio Corbucci fasse un carton en 1966 pour qu’ils nous collent du Django à toutes les sauces… Du bon – Tire encore si tu peux – et du beaucoup moins bon – Django 2, le grand retour. Et s’il y a encore plus margoulin qu’un producteur, c’est bien un distributeur ! C’est ainsi, par exemple, que le lénifiant El proscrito del Rio Colorado tourné en 1964 en Espagne devint… Django le proscrit en débarquant sur nos écrans cinq ans plus tard (!). Bon, ceci posé, que nous raconte ce film… ? Non, mais c’est une vraie question en fait ! Si par hasard quelqu’un a compris quoi que ce soit au scénario, merci de bien vouloir m’expliquer. Django O’Brien (rires) se retrouve plus ou moins coincé entre deux familles mexicaines dont les uns (pauvres) en veulent aux autres (riches) qui veulent épouser les premiers alors que la fille semble plutôt amoureuse de… Pfff… Au bout de vingt minute, j’ai complètement renoncé. Il faut dire que la VF d’époque n’aide pas… J’ai toujours préféré la version originale à la version française, mais nous avons en France des doubleurs de qualité. Dans ce Proscrit on reconnaît par exemple le talentueux Roger Rudel – la voix habituelle de Kirk Douglas et celle de Ross Martin dans Les mystères de l’Ouest. Mais là, le boulot d’adaptation tient du sabotage en règle ! Certaines phrases trop longues s’étalent sur deux dialogues espacés de plusieurs secondes, et bien entendu personne n’a pris le temps de relire la traduction du texte ! Les acteurs sont mal dirigés et la mise en scène tellement soporifique que même le monteur s’en endormi sur son banc – chaque plan dure facilement deux à trois secondes de trop. Ajoutons à cela la médiocrité de la copie projetée, avec des sautes de dialogues qui n’aidaient pas à la compréhension du film – encore une fois, chapeau à maître Sylvain qui s’en est sorti comme un chef – et nous obtenons un pur désastre cinématographique. Et donc un pur bonheur de festivalier, grâce à l’ambiance de la salle avec le public qui passait en un éclair de l’étonnement poli au rire irrépressible. Bien vu, les Maudits Films.

 

22h00 – Sukiyaki Western Django, de Takashi Miike (2007)

Après une pause bien méritée – nécessaire ? – où tout le monde a essayé d’expliquer à son voisin ce qu’il avait compris du film précédent, nous voici de retour pour cette seconde projection, la dernière d’une semaine riche en émotions. Une question nous taraudait : comment succéder à ce (faux) Django ? Tout simplement en invitant ce doux-dingue de Takashi Miike à la fête ! Les réalisations du japonais oscillent entre le très bon – Audition – et le très grand n’importe quoi – Zebraman –, en passant par le très sympathique – les deux Crows Zero. Lorsqu’il s’attaque au western à l’italienne, on est en droit d’avoir peur… Et bien, ce Sukiyaki Western Django qui n’eut, hélas, pas les honneurs d’une sortie en salle fut une très bonne surprise. En ouverture, Quentin Tarantino himself incarne un desperado à poncho – on comprend aisément qu’il ait accepté la panouille – devant un décors en carton-pâte. Il dessoude à la régulière trois pistoleros malpolis en contant au public l’histoire de deux clans rivaux, les rouges et les blancs, qui s’entre-tuent pour la possession d’un trésor. Le projet est simple : rendre hommage aux classiques du genre mais à la sauce japonaise. Si on retrouve les tics habituels du réalisateur dans ses cadrages halluciné et des effets visuels et narratifs surréalistes, force est de constater qu’il traite les éléments empruntés au western italien avec énormément de respect. Ce n’est pas seulement Django qui est invoqué ici, l’ombre de l’Homme sans nom de Leone plane sur le film, avec en prime un juste retour des choses – rappelons aux profanes que Pour une poignée de dollars, qui lança le genre en Italie, est une ré-interprétation du Yojimbo de Kurosawa. Si les excès de Miike agacent un peu à la longue, il marque des points sur la partie dramatique du film, et avec quelques gags tout simplement hilarants – le shérif du village en est une source inépuisable. Pari risqué donc, mais réussi pour ce film bien barré qui prouve qu’on peut encore tirer quelque chose d’original avec les genres cinématographiques ultra-codifiés. Il suffit d’avoir du talent et de l’audace. Nous verrons si Quentin Tarantino, le roi du sample, est capable de faire aussi bien… Eh non, je ne l’ai pas encore vu, parce que 10 euros pour 2h45 de films… J’attendrai tranquillement de le passer là où je travaille…

Et voilà. Le mot « Fin » apparaît à l’écran. En cabine, le projectionniste ferme le volet et coupe le son. Il éteint le xénon en attendant que l’amorce de la dernière bobine soit entièrement passée dans les débiteurs, et il arrête le moteur. Clap de fin sur cette cinquième édition du Festival des Maudits Films, qui nous aura fait voyager à travers l’histoire du cinéma « de B à Z ». A l’année prochaine…

Coucou du soir à : Alexandre « sueurs froides » Thevenot, Benjamin « Rollerball forever » Cocquenet, Florent « I am Hercule ! » Fourcart, Florence, Bat, Silvan et Liane (et non, je n’avais pas pris de drogue, je le jure !), Sylvie P., Gille G. et Pedro M., Sylvain « the master » Crobu, Jenny, Cécile, Morgane et July, The C.C.C. Team, L’indispensable Christophe Berthelot et Karel « The Godess » Quistrebert. See you next year…

 

EPILOGUE
– « Ben Christophe, qu’est-ce que tu fiches ? T’as pas encore fermé la salle ?
– Euh… on a un petit soucis Karel…
– Alors là, non. Juste : non ! Il est 1h du mat’, je suis vannée, je n’ai qu’une envie, c’est de m’écrouler dans un canapé devant un petit verre de rhum, alors qu’est-ce qui se passe encore ?!
– Ben, c’est Guillaume.
– Ah non, mais c’est pas possible… Il a vraiment décidé de me pourrir la semaine celui-là ! Sérieusement, l’année prochaine on l’interdit de Festival, et puis c’est bon ! Mais qu’est-ce qu’il a encore été trouvé pour m’emmerder ce Biiiiiiip !!! (devant la violence de l’expression employée, nous avons été contraint de censurer les propos de Karel. On ne sait jamais, il y a peut-être des enfants qui nous lisent…)
– Ben… il s’est enchaîné en cabine…
– … Il s’est…quoi ?
– Il s’est enchaîné au projecteur avec ses cadenas de vélo… En protestation, parce qu’il veut pas que ça s’arrête. Y a Sylvain et Benjamin qui essayent de le raisonner, mais il ne veut rien savoir…
– … Mais alors là, il m’aura tout fait ce Biiiiiiiip !!!
– Du coup, je fais comment… ?
– … C’est quand, la prochaine séance à la salle Juliet Berto… ?
– Euh… mardi je crois, la Cinémathèque passe Les guerriers du Bronx
– Alors tu dis à Benjamin et à Sylvain de le laisser là-haut. Trois jours sans manger, ça devrait le calmer le Vidéophage. Et après… je m’occuperai personnellement de son cas… »

 

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Maudit Journal 2013 – Interlude (bis)

Samedi 26 janvier, 6h45 – Appartement de la grand-mère du Vidéophage. Alors que ce dernier martèle fébrilement les touches de son clavier, on frappe à la porte. Il le remarque à peine, et de toute façon, sa grand-mère est réveillée depuis longtemps alors elle va y aller… Pourtant, les coups redoublent.

 – « Police ! Je vous entends tapoter à travers la porte. Faut ouvrir, s’il vous plaît !!! »

Interloqué, le Vidéophage suspend son geste et tend l’oreille… A l’exception des vociférations du pandore, l’appartement semble étrangement silencieux. Il enfile prestement un kimono par dessus son caleçon et son tee-shirt « Scorpion » maculé de miettes de hot-dogs. A l’entrée, les coups se font insistants.

 – « Je vous préviens, suis assermenté! Si vous ne venez pas immédiatement ouvrir, j’enfonce la p… euh… j’appelle un serrurier !
– Voilà, voilà, y a pas le feu ! » Le Vidéophage se fige à mi-parcours. « Non mais euh… sérieusement, y’a pas le feu, hein ?! »

Un doute l’étreint. Il rebrousse chemin, attrape son ordinateur portable et se précipite dans la chambre de sa grand-mère. Il se rappelle alors qu’on est samedi, et le samedi, mamie va faire son marché de bonne heure.

 – « Au nom de la loi, ouvrez ! »

L’injonction du policier le ramène à la réalité. Il pose l’ordinateur sur le guéridon avant de déverrouiller la porte d’entrée. Derrière, il trouve un quinquagénaire engoncé tant bien que mal dans son uniforme de condé trop petit, son képi sous le bras. Et cette vieille fouine de madame Robert, en robe de chambre et bonnet de nuit, les narines frémissantes et le regard mauvais. Madame Robert, c’est la voisine du dessus. Une sacrée peau de vache, toujours collée à sa fenêtre à rouspéter, « une emmerdeuse modèle géant » comme dirait sa mamie. D’ailleurs, elle démarre au quart de tour :

 – « Tenez, c’est lui ! J’en était sûre ! De la graine de voyou, comme sa grand-mère ! Depuis qu’il est venu habiter ici, y a pas un jour sans malveillance. Un coup c’est le courrier de monsieur Dariot qui disparaît, une autre fois c’est le paillasson de l’entrée qu’on retrouve tout tourneboulé, et puis pas plus tard qu’hier, j’ai retrouvé un sceau plein d’huile de vidange dans la poubelle verte ! Arrêtez-le, monsieur l’agent, il ne mérite que…

D’un geste, le gardien de la paix met fin à la diatribe de la voisine et tente de la faire reculer.

 – « Merci madame Robert, merci pour toutes ces précisions, vous pouvez rentrer chez vous à présent. Je m’occupe de ce dangereux contrevenant. »

La veille se tait, mais ne bouge pas d’un millimètre. Le pandore se retourne alors vers le Vidéophage qu’il dévisage de la tête aux pieds. Il esquisse un sourire.

 – « Jolie, la robe…
– C’est un kimono japonais. C’est unisexe. Un peu comme la gaine que vous portez sous votre chemise… »

En un éclair, Le sourire du policier s’est effacé. Le Vidéophage dégluti.

 – « Monsieur, nous avons reçu une plainte pour des nuisances sonores. Des… (Il sort un calepin d’une poche) …’des bruits de tapement continuels et des haussements de voix incluant de nombreux jurons’, lit-il consciencieusement. Qu’avez-vous à répondre à ceci, jeune-homme… ? »

Le vidéophage reste sans voix. Madame Robert en profite :

– « Je suis sûr qu’il se disputait avec sa grand-mère pour une histoire de sous. Même que si ça se trouve, il lui a fait la peau pour toucher l’héritage. Dîtes, vous sentez cette odeur monsieur l’agent ? C’est l’odeur de la mort!
– C’est vrai qu’il y a une drôle d’odeur, monsieur, reprend le policier. Ça ne vous dérange pas si je jette un coup d’œil… ? »

Sans attendre la réponse, le gardien de la paix s’engouffre dans l’appartement, talonné par madame Robert. Humant l’air ambiant, il se rapproche de la chambre du Vidéophage et pousse la porte entrouverte. Perplexe, il marque un temps d’arrêt avant de hocher tristement la tête de gauche à droite.

– « … Faudrait aérer un peu… Et vous débarrasser des restes de repas, sinon vous allez attirer toute la faune du quartier. Et puis… (il se tourne vers le Vidéophage et faisant la grimace) … une bonne douche ne vous ferait pas de mal, mon garçon »
– C’est que, monsieur l’agent, en ce moment c’est le Festival des Maudits Films, et je dois tenir un journal sur mon blog. Les tapements, ça doit être quand j’écris sur l’ordinateur. Les insultes, c’est que quand j’écris mal, des fois, je m’enguirlande moi-même. Ma grand-mère, comme elle dort avec des boules quiès alors ça la dérange pas ; mais dès dimanche, je vais ranger ma chambre. De toute façon, il ne me reste plus qu’un article à faire demain et… Promis madame Robert, je ferai moins de bruit… »

Le policier observe alors attentivement le jeune-homme. C’est vrai qu’il ne ressemble plus à grand-chose, le pauvre : le manque de sommeil se lit sur son visage, et l’abus de caféine provoque des tremblements incontrôlés dans ses membres. Le représentant de l’ordre soupire.

– « Bon, ça ira pour cette fois. Mais que cela ne se reproduise pas, hein ?! Et pis là, faut aller dormir un peu mon vieux, sans quoi vous allez finir à l’hôpital. Allez, pas la peine de me raccompagner, je connais le chemin ! »

Faisant volte face, l’agent de police bute sur madame Robert, les mains fermement calées sur les hanches, au bord de l’explosion.

– « Vous laissez courir ? Même pas une petite amende ?! Il empêche les brave gens de dormir avec son tapage, et il s’en tire avec une simple remontrance ?! Ah mais ça ne va pas se passer comme ça, je veux voir votre supérieur ! Si vous refusez de faire respecter la loi, je vais…
– En parlant de ça, monsieur l’agent, violation de propriété privée, ça va chercher dans les combien ? »

La grand mère du Vidéophage se tient dans le couloir, son filet à provision dans une main, le courrier dans l’autre, et la mine pas commode.

– « Je ne me rappelle pas avoir invité cette morue chez moi… »

Outrée, madame Robert se retourne vers l’agent de police qui semble avoir atteint son seuil de tolérance. Il quitte l’appartement sur un « bonne journée, m’sieur dame », madame Robert sur les talons. L’appartement retrouve alors sa douce quiétude et le Vidéophage se précipite pour aider sa mamie à déballer les commissions.

– « Désolé mamie, je ferai gaffe maintenant. Tiens, le facteur est déjà passé… ?
– T’inquiètes pas, va. Nan, ça c’est le courrier qui dépassait de la boite de cette vieille bique. Ça lui apprendra les bonnes manières…
– T’es la meilleure, mamie ! »

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Maudit Journal 2013 – Day four (2/2)

 

22h – Electra Glide in blue, de James William Guercio (1973)

Chaque cinéphile a son panthéon personnel. Je ne parle pas des inévitables « classiques » qu’il faut obligatoirement aimer sous peine de n’avoir rien compris au Septième Art (rires), mais du seul cinéma qui compte vraiment : celui qui vous procure de la jouissance. On y trouve un peu de tout, depuis les films fondateurs jusqu’à ceux « qui vous regardent grandir », comme les appelait Serge Daney. Sans oublier les indéfendables, ces plaisirs coupables dont on aime avoir honte. Et puis, il y a les films magiques. On ne sait pas pourquoi, on ne sait pas comment, mais ils vous prennent par surprise au détour d’une salle obscure pour ne plus vous lâcher.
Volontairement ou non, le cinéma est le reflet de son époque. Invoquant avec maestria les genres mythiques, de la comédie au drame en passant par le polar et, forcément, le western, Electra Glide in blue annonce rien moins que la fin des temps. Notre guide, c’est un officier de police surnommé ironiquement « Big » John par ses proches – il mesure 1m52, « la même taille qu’Alan Ladd au centimètre près » comme il se plaît à le rappeler pour draguer les filles. Alors forcément, lorsqu’il prend la pose dans son uniforme rutilant à côté de sa moto de service – l’Electra Glide du titre –, le spectateur ne peut s’empêcher de sourire. Jusqu’au moment où il se rend compte que cette différence de taille, au lieu d’être un handicap, lui permet de regarder le monde sous un autre angle. Big John écume les autoroutes du Sud, dernier bastion des traditions, même si le mythe – on y revient – est bien malmené depuis quelques temps. Ça n’empêche pas le policier de s’accrocher à « son » rêve américain : devenir « detective », quitter l’uniforme et le carnet de contraventions pour le costume civil et l’indispensable Stetson du shérif moderne, celui qui s’efforce de faire respecter la loi. La découverte d’un meurtre déguisé en suicide va lui servir de tremplin ; pour son plus grand malheur. Le ton du film commence alors à changer, épousant les désillusions du personnage. L’enquête devient métaphore, on prend conscience que « l’american way of life » est morte au Vietnam, que la contre-culture n’a pas vraiment trouvé de solutions à ça. Et rien, ni personne ne sera épargné par le cataclysme. Un film sur le désenchantement, au tempo parfait. Un film de musicien, d’une mélancolie absolue, et d’une justesse terrifiante. Un film magique qui n’a pas fini de hanter ma cinéphilie.

 

Minuit – Elmer, le remue-méninges, de Frank Henenlotter (1988)

Au mois de janvier, l’obligation de sortir de la salle entre chaque séance peut relever de la torture pure et simple. Pourtant, il arrive que ce soit une excellente chose, même si le stock de vin chaud a été piraté entre temps par les spectateurs du théâtre voisin. Parce que si on ne quitte pas les Etats-unis avec le film suivant, disons que le ton est, comment dire… différent ? Ah, les années 80 ! Quelle époque bénie pour le cinéma décomplexé et le mauvais goût. Franchement, vous imaginez aujourd’hui un réalisateur débarquer devant un parterre de producteurs avec le pitch d’Elmer ?  « Bonjour mesdames, bonjour messieurs, alors voilà : je souhaiterai réaliser un film sur une espèce de parasite qui parle – et qui chante même –, et qui se nourrit de cerveaux. Pour cela, Il choisit un hôte, lui injecte une sorte de drogue hallucinogène qui le fait grave tripper et le rend totalement dépendant. En échange de sa dose quotidienne, le pauvre type doit lui procurer des victimes. Ah, et puis le parasite, il s’appellerait Elmer et il ressemblerait à un étron… ». Bienvenu dans le monde merveilleux de Frank Henenlotter, déjà responsable de l’excellent Frère de sang en 1982. De la comédie horrifique à petit budget bien crade, où de belles idées de mise en scène côtoient une direction d’acteur qui rappelle les pire séries allemandes. Une tranche de n’importe quoi hilarante, mais pas seulement. Il y a la séquence de la crise de manque, le baiser mortel dans le métro, et au final, le regard porté sur les années 80 se révèle plutôt pertinent. Une gourmandise délectable donc, qui clôt en fanfare ce qui restera pour moi la plus belle soirée du festival.

D’un point de vue plus personnel, j’ai franchi un cap psychologique important ce soir-là. Je me suis assis au premier rang. Ça n’a l’air de rien, mais il y a un monde entre le premier rang et le deuxième. Parce qu’on ne peut pas aller plus loin – à moins de se jeter sur l’écran, mais ça pourrait être mal interprété. Et bien figurez-vous que c’était trop bien ! Entre la possibilité d’étendre ses jambes et l’impossibilité technique de se faire pourrir la séance par une équipe de basket qui n’a rien trouvé de plus intelligent que de se foutre devant vous, au premier rang, parce que… on peut étendre ses jambe, que du bonheur ! Par contre, c’est totalement inefficace contre les libraires râleurs (voir photo) qui passent la séance à tripoter leurs smartphones pour partager avec une bande de rév’ailleurs les dialogues les plus cultes de la soirée. Ah, ces jeunes…

 


Fred Fromenty
Libraire râleur

 

Ce soir, je m’incline respectueusement devant : Sylvain « fuck Woody » Crobu, Fred « la chasse aux trésors, c’est bonard » Fromenty, Christophe « animal » Berthelot, Cécile, Jenny et July, Maîtresse Karel, Benjamin « ce soir, j’ai pas dormi pendant le film » Cocquenet, Sylvie « moi non plus » Piboule, Pedro « Supercopter forever » Matias, et comme d’habitude toutes celles et ceux qui s’évertuent à faire vivre ce Maudit Festival.

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Maudit Journal 2013 – Day four (1/2)

(Devant la richesse de la soirée et le manque de sommeil, je me vois contraint de scinder le compte-rendu de cette longue soirée en deux. La suite très vite…)

– Psssss…
– …
– Guillaume…
– Keskecé… ?
– Guillaume, c’est mamie…
– Murf… Keskispasse… ?
– Ben, c’est 18h…
– … Et… ?
– Mais… euh… tu vas pas au Festival ce soir… ?
– Nan, j’y vais pas. J’suis crevé, et c’est nul, j’ai déjà vu deux films sur les trois…
– Mais… c’est pas le première fois qu’ils passent des films que tu connais…
– Oui, ben là, j’ai trop pas envie d’y aller, c’est tout !
– Oh, hé, doucement les basses, jeune-homme !
– … Pardon mamie, mais c’est que… ça se passe pas trop comme je voulais…
– Y’a quelqu’un qui te fais des misères, c’est ça… ? C’est Christophe qui t’embête… ?
– Alors, déjà, t’es gentille mais je suis plus en maternelle, et puis Christophe, c’est mon pote… Non, mais euh… Pffff… C’est Karel.
– … Elle te fait des misères… ?
– Ben non, au contraire… Elle fait comme si j’étais pas là. Elle parle à plein de gens, elle rigole avec tout le monde, mais moi c’est comme si j’étais transparent… Alors ce soir, j’ai trop pas envie d’y aller.
– Bon, ben je te laisse bouder alors.
– Non mais c’est bon, quoi ! Pas la peine de me parler comme à un môme ! Et pis laisse moi dormir…

 


Karel Quistrebert
Chef des Maudits Films

 

– « GUILLAUME !!!!
– De quoi… ?
– QU’EST-CE QUE C’EST QUE CETTE HISTOIRE ?!
– … Karel… ? Qu’est-ce que tu fais ici… ?
– Figure-toi que ta grand-mère est venue jusqu’à la salle Juliet Berto.
– … Mamie… ? Mais…
– Alors comme ça, tu ne veux pas venir parce que tu connais déjà les films, c’est ça… ?
– Euh…
– Tu vas me faire le plaisir de sauter dans ton jean, d’enfiler ton tee-shirt ‘Scorpion’ et de te rendre fissa à la salle avant que je m’énerve…
– Mais…… ?
– Comment ça, ‘mais’ ? Depuis quand tu réponds… ?
– …Pardon….
– PARDON QUI ?
– Pardon Maîtresse !
– J’aime mieux ça… »

 

20h00 – Elle s’appelait Scorpion, de Shunya Ito (1972)

Je ne sais pas lire un programme. Allez savoir pourquoi, j’étais persuadé que Karel avait programmé ce soir La femme scorpion, le premier volet de la série et le seul que je connaisse déjà. Perdu, c’était le second ! Nous retrouvons le personnage de Matsu, interprété par la sublime Meiko Kaji, qui a eu la mauvaise idée de s’en prendre au directeur de la prison dans le film précédent. Et pour se venger, il lui en fait baver, à celle que ses codétenues ont surnommé Sasori (Scorpion en japonais). Elle parviendra toutefois à s’évader avec six autres prisonnières. Si le film précédent m’avait envoûte par sa photographie baroque et la pureté de sa mise en scène, c’est au niveau du propos que celui-ci emporte le morceau. Il y a deux manières d’aborder un film d’exploitation dans les années 70. En respectant tranquillement le cahier des charges imposé par le genre, ou en le détournant pour poser un point de vue subversif sur le monde. Le réalisateur d’Elle s’appelait Scorpion va encore plus loin en faisant de ce « women in prison » un réquisitoire contre le machisme. A travers la cavale de ses sept héroïnes, Shunya Ito dresse un portrait au vitriol de la société japonaise et aborde frontalement, dans un sous-genre créé pour titiller la libido du spectateur masculin, la question de l’émancipation de la femme.
Dans le film, Matsu occupe une place totalement décalée, comme si elle était étrangère au récit. La plupart du temps, elle reste en retrait de l’action alors que tout gravite autour de son personnage, un sentiment renforcé par son mutisme – même si les chansons interprétées par l’actrice elle-même ponctuent le film. Elle semble attendre son heure. Elle attend que ses compagnons d’infortune arrivent au bout de leur cavale, qu’elles comprennent que leur émancipation ne dépend que d’elles, et ne doit pas se transformer en une simple inversion des rôles. C’est la voie que choisira pourtant Oba, un magnifique personnage d’infanticide habitée par la haine de siècles de domination patriarcale. Après le viol et le meurtre sordide de l’une d’entre elles, les évadées détournent le bus où voyageaient les coupables, fermement décidées à leur faire payer leur crime. Mais Oba, aveuglée par la rage et la frustration, finit par s’en prends aux autres passagers, ce que Matsu ne peut accepter. C’est de la société elle même – incarnée par le directeur de la prison et les matons – qu’il faut se venger, pas des gens qui la composent et qui sont victimes de leurs préjugés. Le message est limpide : remplacer une injustice par une autre n’est jamais la solution, même si cette pulsion primitive peut sembler légitime. Tout simplement magistral.

(A SUIVRE…)

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Maudit Journal 2013 – Day trois


– « ‘Tain mamie, t’as pas vu mes sandales ?
– Les affreux trucs en plastiques que tu mets pour aller à la piscine… ?
– Mais non, mes sandales en cuir !
– … Elle sont rangées en haut du placard, avec les affaires d’été. A ce propos, t’as pas l’impression qu’on est un peu en plein mois de janvier, là… ?
– Mais c’est pour la soirée péplum ! Je suis sûr que si je viens déguisé, ils ne me feront pas payer ma place.
– Tu veux dire qu’ils ne te feront pas payer la place que tu ne payeras pas de toute façon parce que tu as acheté le pass au début du Festival… ?
– … Ah zut, j’avais pas pensé à ça…
– Bougre d’âne, va ! Tiens, elles sont là tes sandales. Du coup tu n’en as plus besoin.
– Non, mais euh… passe-les moi quand même, on sait jamais. Et tu saurais où j’ai pu ranger ma jupette de lattes, aussi… ?

 

18h00 – Ahhhh, cruelle nature ! Je ne sais si c’est toi que je dois blâmer, ou bien une puissance surnaturelle et omnipotente, mais un jour ou l’autre il va falloir que quelqu’un m’explique pourquoi je suis… comme je suis. Et je ne parle pas de mon vieux dos, de ma calvitie avancée ou de ma mauvaise vue. Non, je parle de cette faiblesse de caractère qui me pousse irrémédiablement dans les bras rigolards du capitalisme. Ça fait deux jours que ça me taraude, que j’hésite douloureusement en pesant le pour (il me le faut !!!!) et le contre (j’ai pas les sous !!!!).Trois nuit que j’anesthésie ma culpabilité à coup de valium. Mais aujourd’hui, jeudi 25 janvier 2013, je n’en peux plus. Je suis passé au distributeur et me voilà rue des Bons Enfants, devant la permanence du Festival, à me dandiner d’un pied sur l’autre dans la froidure du jour qui meurt. A travers la vitrine, j’ose à peine regarder la charmante bénévole (voir photo) qui semble s’ennuyer ferme derrière le comptoir en feuilletant distraitement Les Chroniques d’un Vidéophage.

 


Morgane, courageuse bénévole

 

18h30 – Frigorifié, je me décide enfin à franchir la porte. J’essaye de dire « bonjour », mais au lieu de ça c’est une espèce de gargouillis informe qui sort du fond de ma gorge. Devant le visage perplexe de la jeune-fille, j’avale une grande goulée d’air et je me lance :

– « Bonjour mademoiselle Morgane, je m’excuse de vous déranger mais je souhaiterai faire l’acquisition d’un tee-shirt ‘Snake Plissken’ mais July n’avait plus de ‘L’ à la salle alors Christophe m’a dit de passer vous voir parce qu’il devait sûrement vous en rester à vous, des ‘L’. S’il vous plaît. Mademoiselle Morgane.
– Euh, oui…alors je regarde… En quelle taille ?
–  En ‘L’ ou en ‘XL’. Ça dépend s’ils taillent grand. S’il vous plaît.
– Alors alors… Ben non, je crois pas qu’il m’en reste dans ces tailles-là. Par contre, j’en ai encore de ‘Scorpion’.
–  Ah… Euh… des ‘Scorpion’, vous dîtes…?
– Ils sont jolis, non ?
– Faites voir un peu… ? Pfff, c’est vrai qu’ils sont pas mal… Ben je vais prendre celui-là du coup.
– En quelle taille ?
– Ben… Pfff… mettez un de chaque, pour être sûr.
– Très bien. Ça fera (BiiiiiP!) euros… Ah, il me reste aussi des ‘Snake Plissken’ ! Ils étaient cachés sous le comptoir !
– Ah… Ça m’arrange pas trop du coup, au niveau de mon compte en banque. Juste pour savoir, en quelle taille… ?
– Je regarde… en ‘L’ et en ‘XL’. Je vous en mets un de chaque ?
– … »

Au final, je suis sorti de la permanence avec six tee-shirts, 5 badges, trois affiches et 2 figurines. Et  à  peine quelques minutes pour rallier la soirée Péplum à la salle Juliet Berto, en partenariat avec la Cinémathèque de Grenoble. Salaud de capitalisme, un jour je me débarrasserai de ton influence machiavélique !

 

20h00 – Hercule à la conquête de l’Atlantide, de Vittorio Cottafavi (1961)

Je pense que l’on peut grossièrement diviser le péplum italien en deux branches. Un courant historique assez proche de ce que les américains venaient produire à Rome à la même époque, et un autre plutôt mythologique, avec ses héros musclés, ses effets spéciaux bricolés, ses couleurs baroques et pas mal d’autodérision. Cet Hercule, incarné par le sympathique Reg Park, appartient clairement à la seconde catégorie. La première séquence du film illustre parfaitement ce que les italien apportèrent au genre : dans une auberge remplie de jeunes hommes costauds et rigolards, on suit une charmante jeune-fille qui virevolte de table en table pour abreuver la clientèle. Le désir est palpable, et bientôt la serveuse se met à danser tout en continuant son service. Comme les regards masculins, la caméra ne la quitte pas des yeux. La température ambiante augmente encore un peu, et sans que l’on puisse dire exactement à quel moment, toute cette tension sexuelle accumulée s’extériorise sous la forme d’un coup de poing, et presque naturellement la danse de la fille fait place à une bagarre chorégraphiée. L’un des protagoniste harangue un personnage que la caméra n’avait pas encore accroché jusque-là. Ce n’est pas à cause de sa barbe (qui renvoie immédiatement à celle de Steve Reeves), de son charisme évident ou de sa carrure massive que l’on reconnaît le héros du film, c’est à son attitude : tout le monde se met allègrement sur la tronche dans une débauche de mouvements et d’énergie alors que lui finit tranquillement son repas, presque au ralenti. En moins de dix minutes, nous avons eu droit au culte du corps, qu’ils soit érotique (la danse de la fille) ou sportif (les hommes se battent comme des gymnastes), à la violence, et à la caractérisation du héros par sa différence et son détachement des affaires du commun des mortels. Pendant toute la première partie du film, c’est comme si Hercule ne se sentait pas vraiment concerné par le scénario. Il passe son temps à… dormir, manger et picoler. C’est quand le surnaturel fait son apparition qu’il entrera enfin en mouvement, mais sans jamais que l’on doute de sa réussite. Hercule est le fils de Zeus, il ne peut donc pas échouer. Bon, d’accord, l’histoire tournant autour de l’Atlantide on se doute un peu que les méchants vont finir sous un cataclysme, mais tout de même ! Un film très attachant donc, que l’on peut classer sans hésitation dans les meilleurs du genre.

 

22h00 – Les légions de Cléopâtre, de Vittorio Cottafavi (1959)

Allez, j’avoue tout et on n’en parle plus. J’ai du mal avec les péplums qui se prennent au sérieux. Ils renferment un tas de choses que j’apprécie, mais ils traînent un je-ne-sais-quoi d’un peu prétentieux qui m’a toujours fait tiquer. Autant je raffole des histoires de pirates ou de cape et d’épée « à l’italienne », autant les péripéties des grands noms de l’antiquité me laissent froid. Et plus le film se prend au sérieux, plus je sens monter l’ennui. C’est exactement ce que j’ai ressenti avec ces Légions de Cléopâtre. Comme si je me retrouvais devant une version allégée du célèbre film de Mankiewicz avec Liz Taylor, mais avec un budget trop léger en regard des ambitions affichées. La grande bataille finale fait peine à voir, avec une dizaine de fantassins mal dirigés et des cavaliers romains qui chargent comme des indiens de western. Il y a tout de même des choses à sauver, en particulier un jeu de dupes assez original entre une Cléopâtre qui se fait passer pour une danseuse exotique afin d’échapper de temps à autres au poids de son rang, et un général romain en mission secrète, qui lui se fait passer pour un gladiateur grec sans le sous. Ils vont vivre une étrange histoire d’amour aussi sincère qu’illusoire, car vécue par les personnalités qu’ils se sont inventés. Une belle idée qui, malheureusement, ne pèsera pas bien lourd face à la seconde moitié du film, sans la moindre originalité à se mettre sous la dent. Il aurait peut-être été judicieux d’inverser l’ordre de diffusion, et de garder ce cabotin d’Hercule pour la deuxième partie de soirée.

 

Le saviez-vous ?
Cher lecteur, les films de ce soir avaient trois points communs : Leur réalisateur, Vittorio Cottafavi, l’acteur de petite taille Salvatore Furnari, particulièrement attachant même si son personnage des Légions était muet, et un net penchant des protagonistes à sombrer dans les bras de Morphée. Sauf que d’un film à l’autre, nos dormeurs invétérés ont traversé l’écran ! Mention spéciale au professeur Benjamin Cocquenet (notre photo), échappé de la compétition parce que, je le cite : « Merde, un péplum sur grand écran, je pouvais pas rater ça ». Vingt minutes après le lancement du film, il ronflait comme un bienheureux, empêchant au passage votre serviteur de piquer du nez lui aussi. Rien que pour cela, cher confrère, c’est toi qui paye les cafés demain ! Ouhla, c’est pas tout ça mais demain soir, on se mange trois films alors faut recharger les batteries… Zou, au plume, comme dirait ma grand-mère.

 


Benjamin Cocquenet
Péplumophile convaincu

 

Ami(e)s du jour, ce post vous est dédié : Loïc « Shining m’a tuer » Chemin, Morgane la fée de la rue des Bons Enfants, les membres valeureux du C.C.C. qui assurent comme des chefs, Sylvain « si j’attrape le sagouin qui a piqué mon câble je le biiiiiiiiiiiip ! » Crobu, Karel « Snake for président » Quistrebert, Cécile, July, Christophe « demain je vais tous me les faire… deux fois ! » Berthelot, les étranges filmeurs du festival qui espionnent aussi bien les directeurs de Cinémathèque… que les blocs de sécurité de la salle, Benjamin « ZZZZZZ… » Cocquenet, Sylvie « zzzzzz… » Piboule, et toutes et tous les maudits spectateurs.

Be seeing you

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