J-3 !

Eh bien, nous y voilà. Avec deux ans de retard, le numéro 2 des Chroniques d’un Vidéophage est là ! Certain(e)s privilégié(e)s ont pu le découvrir en avant-première au Festival des Maudits Films de Grenoble la semaine dernière, quelques boutiques sont déjà approvisionnées (La librairie Omerveilles à Grenoble, le Metaluna Store – qui a déjà tout vendu ! Réassort dans une dizaine de jours – sur Paris, Le Chat qui Fume sur la Toile), et d’ici trois jours j’ouvrirai les vente via ce blog.

N°2 Couverture

Alors oui, il est nettement plus cher que le précédent (6 € contre 3,50 €). Deux raisons à cela : l’augmentation de la pagination (73 contre 48, excusez du peu !) et la naïveté du débutant. Il s’agit de ma première expérience de fanéditeur, je souhaitais au maximum tirer le prix de vente vers le bas, sans me douter que j’allais y être de ma poche. Comme dit le proverbe : « C’est en forgeant qu’on devient vachement fatigué ». Ah non, pas cette version, l’autre. Bref, 6 €. Rien que ça. Et sans couverture couleur, un comble ! Comme vous m’êtes sympathiques, si vous l’achetez via le blog, je consens à réduire ma marge de bénéfice indécente et je vous propose les frais de port à 2 € au lieu de 3. Pour info, la Poste, cette sympathique banque privée qui, accessoirement, dispose du monopole de l’envoi de courrier dans notre beau pays, a augmenté ses tarifs au-delà du raisonnable : vous envoyer le n°1 en France métropolitaine me coûtait 1,81 € en 2012 ; aujourd’hui, c’est 2,50 €. Si on rajoute l’enveloppe, le scotch, l’encre et la main d’œuvre…

Bref, Les Chroniques d’un Vidéophage seront en vente à partir de lundi, il vous en coûtera 8 € (frais de port compris, donc) que vous pourrez régler par Paypal ou par Chèque.

Be seeing you !

Le Vidéophage

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Maudit Journal – Day Five (2/2)

Bandeau-journal

Locaux du C.C.C., 18h35

« Karel, excuse-moi de te déranger, mais
Mais quoi, Christophe (voir photo) ? Y a un soucis avec les crocos ?
Non, non. Ça roule de ce côté-là, on a tout préparé avec Claire, ils sont emballés et prêts à être jetés sur le public pendant le film.
N’empêche, je me demande si on n’est pas en train de faire une grosse connerie avec ça. Déjà qu’avec les barba-papas d’hier, c’était limite. On ne devrait pas contourner le règlement de la salle comme ça
Écoute, tu sais très bien qu’on ne pouvait pas faire autrement. Et pour satisfaire le public, il faut parfois se salir les mains. Ça fait partie du job.
T’as raison Christophe. Comme toujours. Ah, si je ne vous avais pas, François et toi, je me demande comment on s’en sortirai !
Euh C’est à ce sujet que je voulais te parler. Il n’y a pas 36 manière de te l’annoncer, On ne peut plus compter sur François. Il est passé à l’ennemi.
Il EST QUOI ?!
Tu sais très bien qu’avant de rejoindre l’équipe, il bossait pour L’Alpe d’Huez. Il n’en est pas fier, mais ils étaient là pour lui au bon moment et
Je sais tout ça ! C’est leur technique pour recruter de nouveaux agents. Repérer les faiblesses de leurs proies et se faire passer pour des gentils.
Oui, ben il leur devait une faveur, ils l’ont appelé cette nuit, et quoi qu’il en soit il nous a planté.
On peut dire qu’il a choisi son moment, celui-là. Et du coup, comment ça se passe au Club ?
Ben, c’est le problème. Il n’y a plus personne pour ramener le Jury à la salle Juliet Berto.
Comment ça plus personne ? Et Claire ?
Elle a assuré la présentation du film, mais elle était attendue ici dans la foulée. Elle n’est plus sur site.
Sophie ? Ah merde, elle est toujours en soins intensifs ?
Ouais. Je m‘en veux à mort sur ce coup-là. C’est moi qui lui ai demandé de m‘aider à préparer les sachets d’hari-crocos, je me suis absenté quoi, deux minutes ? Quand je suis revenu, c’était un vrai carnage.
Je ne te félicite pas sur ce coup-là. Laisser une junkie accro au sucre seule avec un carton de confiseries.
Oui, ben je suis crevé, moi ! Avec le dernier enregistrement de Debout les Maudits cette nuit, j’ai pas eu mes trois heures de sommeil !
Excuse-moi, Christophe. Je suis à bout, moi aussi. On peut pas envoyer quelqu’un sur place ?
C’est trop tard, Karel. On n’a plus le temps.
Alors c’est foutu, c’est ça ?
Ben Il y a peut-être une solution, mais je te préviens, ça ne va pas te plaire.
Au point où on en est, dis-toujours !
Ben le Vidéophage doit être à la séance, mais
Mais quoi ?
Il a un sens de l’orientation déplorable. Une fois, il a réussi à se perdre dans son propre cinéma.
Pfff, de toute façon, on risque quoi ? Au pire ils arrivent à la bourre !
Au pire, ils arrivent pas du tout, ouais ! Avec lui à la manœuvre, on risque de les retrouver dans deux jours à l’autre bout du département !
— C’est un risque à prendre. De toute façon, c’est pas comme si on avait le choix. Appelle-le

 

Christophe 'Animal' Berthelot

Christophe ‘Animal’ Berthelot

 

Hall de la salle Juliet Berto, 19h58

« Alors Jenny, on en est où ?
Ben c’est complet pour les deux séances, Karel (voir photo). On a battu des records, cette année. T’as des nouvelle du Jury ?
()
Ah ben bravo Jenny. C’est pas comme si on avait dit qu’on en parlait pas devant elle ! Elle est partie du coup.
Pardon Christophe, je suis à cran. Toi, t‘as des nouvelles ?
Silence radio depuis cinq minutes. Ils redescendaient de la Bastille par les bulles. Ça doit faire des interférences.
Et ils avaient retrouvé Gilles ?
Ouais, il s’était jeté dans l’Isère pour éviter les chiens d’attaque. Il en sera quitte pour quelques points de suture et un rappel antitétanique. Quand j’y repense, heureusement que Tadzul savait jongler, sinon ils ne sortaient pas vivants du Jardin des Plantes. Saleté de hippies !
On dira ce qu’on voudra, mais moi, je l’admire le Vidéophage
T’emballe pas poulette, s’il s’était pas trompé de sortie sur la Rocade, rien de tout cela serait arrivé. Quelle heure ?
20h00. Merde, va falloir y aller. C‘est foutu alors ?
Foutu, non. Karel va annoncer le palmarès à leur place. Mais n’empêche, ça la fout mal de paumer un jury juste avant la dernière séance.
Dis-donc Christophe, c’est pas ton portable qui vibre,  ?
Allô ? () Non de Zeus, j’y crois pas ! () Putain, il l’a fait ce con ! Attends, ne quitte pas… Jenny, tu vas pas me croire ! Ils viennent d’arriver ! Et tous les quatre, en plus ! Il semblerait que Katia ait perdu son jean et la moitié de ses cheveux dans l’aventure, mais ils vont pouvoir annoncer les résultats !
Je te l’avais dit ! Ce type, c’est un héros de première bourre !
Un héros ? Une andouille, ouais ! Je te rappelle que s’il n’avait pas demandé sa route à des maffieux syldaves en goguette à la sortie du Club, rien de tout ça ne serait arrivé !
T’es dur, là. Il pouvait pas savoir que « Juliet Berto », ça veut dire « petit zizi » en syldave

 

Maîtresse Karel

Maîtresse Karel

 

20h : Double programmation Grindhouse, en partenariat avec la Cinémathèque de Toulouse.

Ce qu’il y a de bien avec les Maudits films, c’est qu’il vous permettent de parfaire votre cinéphilie tout en vous amusant. La preuve avec la traditionnelle soirée Grindhouse co-organisée cette année par les programmateurs du Festival Extrême Cinéma de Toulouse, Frank Lubet et l’incontournable Frédéric « Prof »Thibaut (voir photo). Et ils n’étaient pas venus les mains vide, les sacripants ! Dans leurs bagages, deux pépites joyeusement régressives en 35 mm. Deux approches diamétralement opposées du cinéma bis tel qu’il est pratiqué outre-Atlantique.

Prof Thibaut donnant la leçon

Le Prof Thibaut à l’ouvrage

 

L’incroyable alligator, de Lewis Teague (1980)

alligatorÀ ma gauche, tout droit sorti de l’écurie Roger Corman – pour le plus grand bonheur du professeur Cocquenet –, dans la catégorie agression animale, un croco-film pur jus qui pille sans vergogne les recettes de tonton Spielberg, le seul, l’unique, l’Incroyable Alligator ! Une réalisation de Lewis Teague (Cujo, Navy Seals, Le diamant du Nil, rien que du bon) mettant en scène le sympathique Robert Forster (Vigilante de Bill Lustig, yeah !), la mimi Robin Riker et cette vieille baderne d’Henry Silva, de retour au pays après un séjour lucratif en Europe pour la plus grande joie des amateurs de polars musclés à l’italienne. Ah, l’école Corman ! Je ne vous ferais pas l’affront d’énumérer les cadors qui ont appris les ficelles du métier dans le giron de ce grand monsieur, spécialisé dans la copie cheap des gros succès du box-office (mais de manière moins malhonnête et plus jouissive que ces jean-foutres de The Asylum). Sur un scénario de John Sayles – qui réalisera 16 ans plus tard, et dans un registre totalement différent, le sublime Lone Star –, le film s’efforce d’appliquer la règle absolue du genre popularisé par Les dents de la mer : retarder au maximum l’apparition de l’animal, en jouant sur les détails et la suggestion. Bon, Teague va plus loin en pompant intégralement certaines séquences sur son modèle, et en illustrant les attaques de sa créature avec une musique, euh, comment dire frisant le procès pour plagiat. Le problème du film, c’est qu’à un moment, il faut montrer son jeu. Et sans budget, ça pique un peu les yeux. Entre la doublure vivante beaucoup plus petite qui se déplace dans des maquettes approximatives et celle en carton patte incapable de faire autre chose que d’ouvrir et fermer sa gueule démesurée, il y a de quoi faire sourire le spectateur le plus indulgent. N’empêche, il y a plein de bonnes choses à se mettre sous la dent, si vous me passez l’expression. Le duo d’acteurs fonctionnebien, en particulier au niveau de l’humour (voulu, hein?) et de la complicité. Et si la caractérisation de leurs personnages reste minimaliste, elle est efficace. En bon gauchiste, Sayles s’amuse à charger le capitalisme sauvage : à l’occasion d’une séquence particulièrement jouissive, pendant que les forces de l’ordre traquent l’alligator, des petits malins profitent de l’aubaine pour vendre des souvenirs, peluches, porte-clefs et même bébés crocos vivants aux badauds venus se rincer l’œil. Quant aux méchants de l’histoire (un vilain labo de recherche médicale qui expérimente illégalement leurs hormones de croissances sur de pauvres chiens errants avant de balancer leurs cadavres dans les égouts), ils payeront l’addition au cours d’une séquence d’anthologie bien que totalement what the fuck. Si ça fonctionne vaguement sur le papier, c’est beaucoup plus délicat à retranscrire à l’écran. Tant que la grosse bébête restait dans les égouts, les artifices de réalisation fonctionnaient plutôt bien. Par contre, au grand jour, on n’y croit plus du tout à ce croco géant qui boulotte coup sur coup une serveuse, un marié et un maire ripou avant de décaniller le grand patron du labo en écrasant sa limousine à grands coups de queue. En faisant fi de ces maladresses, le film se regarde avec beaucoup de plaisir et je préférerai toujours les alligators en carton-patte aux requins en images de synthèse qui les ont malheureusement remplacés aujourd’hui.

 

Toxic, de Michael Herz & Lloyd Kaufman (1984)

ToxicDans le coin droit, affichant quatre ans de plus au compteur, la production la plus emblématique de Troma Entertainment, la firme de l’inénarrable Lloyd Kaufman, dans la catégorie, euh, aberration radioactive (?) et mettant en scène une tripotée d’inconnu(e)s sur un scénario, euh, différent (?!). Faites du bruit pour le chouchou de ses dames, celui qui brille dans la nuit froide et cruelle de Troma-ville, le bien nommé Toxic Avenger ! Pour bien comprendre les approches différentes de ces deux productions, imaginez que le petit monde du cinéma bis soit une salle de classe où l’on étudierait les gros succès du box office. On retrouverait sans doute Roger Corman et les siens au premier rang, prenant quantité de notes afin de mieux ressortir tout ça au moment de l’interro. Loyd Kaufman et ses potes, eux, seraient au fond de la classe, près du radiateur, à taper le carton en buvant des bières, bien conscient qu’ils vont devoir grave broder au moment de l’examen. C’est ce qui donne leur saveur si particulières aux productions Troma, ce côté joyeusement punk, souvent foutage de gueule et totalement irrévérencieux, mais au final d’une incontestable originalité. Filmé avec les pieds, interprété par des acteurs en roue libre – cf la séquence du fast-food –, mais d’une générosité indiscutable, Toxic Avenger aborde lui-aussi les problèmes de son temps. Une jeunesse dépravée qui perd son temps entre une salle de sport douteuse, les blagues potaches et les hit and run nocturnes, des notables corrompus jusqu’à la moelle qui n’hésitent pas à faire de leur cité la poubelle de New-York contre des pots de vin, Troma-ville semble irrémédiablement gangrenée par le mal. Heureusement, un héro d’un nouveau genre, brûlé aux produits chimiques et arborant un magnifique tutu rose va faire son apparition et redonner un semblant d’espoir aux honnêtes citoyens. Kaufman n’oublie pas de mettre un peu de romantisme dans tout ça, puisque ce cher Melvin/Toxic va tomber amoureux d’une authentique bombe sexuelle made in 80’s qui, heureusement pour eux, est aveugle. On oscille constamment entre la farce grossière franchement lourdingue et des éclats burlesques plus fin qu’il n’y parait comme, par exemple, lorsque Melvin raccompagne Sara chez elle. Bon, après, l’exercice a ses limites et comme le grand huit, on est content quand ça s’arrête. N’empêche, j’ai pris beaucoup de plaisir à le revoir ce grand n’importe quoi assumé en salle avec un public particulièrement réceptif.

THAT’S ALL, FOLKS !

Remerciements : Christophe, François, Claire, Sophie et Jenny, toute l’équipe du CCC, Sylvain, Loïc, Benjamin, Richard, le jury (Katia O, Gilles E et Tadzul L) pour l’ensemble de son œuvre et surtout, surtout, la mention spéciale, Sylvie, Pedro, Raymonde, Gilles et Olga, Haribo, Four Roses, toutes celles et ceux qui soutiennent le Festival d’une manière ou d’une autre et, last but not least, la seule, l’unique, l’incomparable Maîtresse Karel, grande ordonnatrice de ma semaine de vacances préférée. A l’année prochaine !

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Maudit Journal – Day Five (1/2)

Bandeau-journal

15h30, aux environs de la salle Juliet Berto.

Le Vidéophage se retrouve au niveau du passage du Palais de Justice sans vraiment s’en rendre compte. Il n’arrive toujours pas comprendre ce qui lui est arrivé, et même si la fièvre est retombée et qu’il commence à reprendre du poil de la bête, il a le moral qui en berne. Lui qui voulait profiter de la présence de Stéphane du Mesnildot pour se faire dédicacer son bouquin sur Jess Franco 1, et qui rêvait de voir L’effroyable secret de Dr Hichcock, La route de Salina et Les clowns tueurs venus d’ailleurs sur grand écran ! Perdu dans ses pensées, Il ne fait pas attention à Benjamin qui arrive à sa hauteur.
— « Ah ! J’avais peur que tu sois mort !
— Grumpfff…
— Houlà, ça n’a pas l’air d’être la grande forme. T’aurais peut-être mieux fait de rester couché tranquil
Rester couché ?! Ah ça, il ferait beau voir ! En rampant, je serai venu pour ne pas en rater d’avantage ! »
Un peu plus loin, Rico et Benobo semblent tout penauds et jettent des coups d’œil inquiets dans leur direction. Oui, je sais ce que vous pensez, comment peut-on décrypter leurs émotions alors qu’ils ont en permanence un masque de catcheur sur le visage ? Eh bien si vous passiez une semaine en leur compagnie, vous aussi vous deviendriez un champion du body language !
« Tu sais, ils sont vraiment désolé pour ce qui s‘est passé. Ils ont eu peur que tu ne t’en sortes pas.
Ah ouais ? Alors tu peux mexpliquer pourquoi il y en a un qui tire la tronche en filant ce qui me semble être des billets à l’autre qui jubile ?
Euh, je crois qu’ils avaient pariés que tu t’en sortirais pas. Ou que tu serais aveugle ou tétraplégique, j’ai pas tout compris. Faut pas leur en vouloir, hein, ça empêche pas qu’il s’en veuillent vachementAh, regarde qui arrive ! Elle aussi, elle s’est inquiétée.
— Regardez qui voilà ! T’es pas mort ?
Salut, Claire (voir photo). Ben non, pourquoi ? T’avais parié toi aussi ?
Pfff, n’importe quoi, lui. J’étais vachement triste que tu sois pas là hier soir. Surtout que j’ai réussi à en faire 12 !
Euh… 12 quoi ? Tractions ?
Ben non, andouille ! 12 barba-papas ! Je voulais t’en garder une, mais Sophie l’a mangée. Je crois qu’elle a un sérieux problème avec le sucre
C’est moche de cafter, assène l’intéressée en débarquant à son tour. Contente de tu sois d’aplomb pour mes courts-métrages.
Bonjour, mademoiselle Sophie. Ça vous va très bien cette nouvelle coupe. Ça fait ressortir votre côté, euh…
Mon côté féline, je sais. Je m’en rend compte seulement maintenant, mais c’est dingue comme tu ressembles à mon cousin Hippolyte. »

Claire

Claire Holzer, adjointe indispensable

 

Sortant des locaux du C.C.C., la chef des Maudits arrive à son tour, talonnée par Katia Olivier (voir photo) et les autres membres du jury.
« Mais qu’est-ce que vous fichez tous là, à bailler aux corneilles ? Vous avez pas une séance sur le feu ? Ah, je comprends mieux. Un revenant ! »
Bonjour maîtresse Karel, bonjour Mademoiselle Katia, môssieur Gilles et môssieur Tadzul »
Devant tant de sollicitude et de gentillesse, le rouge commence à monter aux joues du Vidéophage. Y’a pas à dire, c’est touchant comme tout cette…
A la surprise générale, Karel lui assène une baffe à vous décrocher la mâchoire. Et dans le même mouvement, elle serre notre ami totalement décontenancé dans ses bras un court instant en lui chuchotant à l’oreille : « tu me refais jamais une peur pareille, espèce de nouille ». Et elle laisse tout ce petit monde en plan, repartant en sens inverse. Un ange passe, avant que Sophie ne se décide à prendre les choses en main :
« Allez, on ne va pas s’endormir là-dessus ! Le jury, avec Karel, les autres, à la salle Juliet Berto ! »
Sans dire un mot ou échanger un regard, chacun s’exécute à l’exception du Vidéophage qui reste interdit en frottant sa joue. Et de Katia, qui hésite avant de lui demander :
« Dis, je peux jouer moi aussi ?
Pardon ? »
Avant que
son cerveau embrumé ne réagisse, la réalisatrice lui assène à son tour une baffe retentissante et, l’air satisfaite, s’en va rejoindre les autres membres du jury à grandes enjambées.
« Aïe ! D’accord… Et sinon, pour le câlin…? Mademoiselle Katia… ?! Vous avez oublié le câlin ! »

Katia Olivier

Katia Olivier, membre du jury

16h : Courts Maudits

Ah là là, que j’ai du mal avec cet exercice ! La seule configuration que j’apprécie, c’est en festival, à frôler l’overdose. À Clermont-Ferrand par exemple, vous en mangez entre trois et cinq heures minimum par jour. Du coup, quand vous faites le bilan en fin de journée, les courts-métrages pénibles forment une espèce d’amalgame informe que vous oubliez aussitôt pour ne vous souvenir que des films réussis. Sur une seule séance par contre, il faut déjà qu’ils soient tous bons, et surtout qu’ils aient été agencés entre eux avec attention. Bref, sans aller jusqu’à traîner les pieds – avec mes mésaventures de la veille, je ne pouvais pas me permettre de faire l’impasse –, j’étais plutôt méfiant.
Avant d’entrer dans le vif du sujet, je tiens à apporter tout mon soutien à mon confrère Sylvain Crobu, projectionniste émérite de la salle Juliet Berto dont j’ai vanté mainte fois le professionnalisme dans ces pages. La projection fut un enfer techniquement parlant, et même si shit happens – comme le disent si élégamment nos voisins anglo-saxons –, c’est toujours un grand moment de solitude pour le technicien aux manettes et un déchirement sincère vis-à-vis des réalisateurs et du public. Entrons dans le vif du sujet, la compétition des Courts Maudits chapeautée par notre Sophie Obid nationale et dont la sélection reposait sur un critère aussi original que casse-gueule : avoir été refusé par plusieurs festivals.

Je fais du squash aussi

Je fais du squash aussi

Je n’évoquerai ni Hyrcania de Thierry Lopez, ni Mecs/Meufs de Liam Engle qu’il ne nous a pas été possible de voir en entier à cause des problèmes techniques évoqués plus haut. Je passerai également sur Le revenant de Victor Druillet dont je ne me rappelle pas, et sur Silence de Pierre-Gil Lecouvey dont je ne garde aujourd’hui qu’une vague impression d’ennui. Le colocateur de Nicolas Montfort, habitué du Festival, était plutôt sympathique, mais sans plus. Je fais du squash aussi de Sébastien de Monbrison a remporté l’adhésion du public à la surprise générale. Nan, j’deconne. De quoi ça parle ? Pour se mettre en couple de nos jours, il faut passer un véritable entretien d’embauche avec la jeune-femme convoité, et vous n’avez pas droit à l’erreur. Forcément, une idée pareille traitée avec ce qu’il fallait d’humour et de distanciation, ça ne pouvait que fonctionner. Avant de me faire taxer de râleur et de « jamais-content », je tiens à préciser que je n’ai rien contre la poilade, la rigolade et la déconnade, surtout lorsque c’est bien fait comme ici. Je n’ai rien non plus contre le public qui plébiscite systématiquement ce genre de films. C’est juste que j’attends du cinéma qu’il me bouscule émotionnellement parlant. Au final, rien à faire des défauts techniques, du budget ou du jeu des acteurs du moment que ça soit sincère.

Routines

Routines

Mon chouchou de la séance était donc Routines, de Bibi Naceri. Pas pour l’histoire ou le genre (un flic de la BAC a du mal à gérer sa fille adolescente), ou la chute prévisible, mais pour les qualités de la mise en scène, qui a l’intelligence de n’être jamais démonstrative, et pour l’ambiance générale poisseuse et désespérée, soulignée par un noir et blanc très élégant. Enfin, grosse colère contre le film que j’attendais le plus, réalisé par l’ami Louis Soubeyran qui eut la gentillesse de me laisser interpréter un zombie dans son « presque moyen-métrage » Chasse Gardée il y a quelques d’années. Le problème d’Horror Shoot, c’est que ce n’est pas un film, mais une vulgaire bande-démo, un catalogue de ce que le réalisateur sait faire et qui contient à peu près tout ce que je déteste dans le cinéma d’horreur contemporain : shaky-cam à gogo, montage épileptique, effets de manche et surtout, pas de scénario. Tout le contraire d’un court comme, par exemple, Morsure de David Morley. Écrit et réalisé pendant le montage de son très beau Mutants (2007) afin de convaincre les investisseurs et de tester les effets spéciaux, c’est avant tout un film à part entière avec ce que Louis a oublié en chemin : une histoire à raconter au spectateur.

 

18h : L’étrange couleur des larmes de ton corps, de Hélène Cattet et Bruno Forzani (2014)

L'étrange couleurAh, maîtresse Karel, si tu savais comme je vous aime ! M’offrir la possibilité de découvrir le film que j’attendais le plus cette année, en avant première et sur grand écran ! Mais quel bonheur indicible, quelle joie incommensurable, quel épiphanie extatique ! J’en aurai presque pleuré, tiens. Comme vous l’aurez deviné chères lectrices, chers lecteurs, je suis pas objectif en ce qui concerne le cinéma d’Hélène Cattet et Bruno Forzani. Leur premier long, Amer – que tu avais d’ailleurs programmé en 2010, une époque où nous ne nous fréquentions pas encore – fait partie des expériences cinématographiques les plus forte que j’ai vécu, rien de moins. Et pour l’avoir revu en Blu-ray 2 il y a peu, la magie opère toujours. L’ensemble de leur œuvre est un hommage vibrant au cinéma populaire italien des années 70 en général, et au giallo en particulier. Mais au lieu de jouer la carte de la citation ou du remake comme leurs petits camarades, ils préfèrent lorgner du côté du cinéma expérimental, triturant les codes, les ambiances, les couleurs, la sensualité et les musiques propres à cette période bénie du cinéma de genre pour en faire des éléments cinématographiques et narratifs à part entière, à égalité avec le scénario ou le jeu des acteurs. Cette approche résolument post-moderne ne plaira pas à tout le monde. Les sens du spectateur sont mis à rude épreuve, et un peu à l’image des derniers films de Godard, il faut oublier ce que l’on sait du cinéma traditionnel et lâcher prise pour ne pas se laisser submerger par le flux d’images et de sons. Comme dirait un certain Cyril D., de Lyon, les claquages de beignets, ça se mérite ! Mais rassurez-vous, L’étrange couleur n’oublie pas de raconter une histoire, celle d’un homme à la recherche de sa femme disparue, et qui va se retrouver piégé dans un étrange immeuble que n’aurait pas renié Jean Ray. Passage secrets, habitants mystérieux, spectres, le bâtiment devient bientôt une allégorie de la psyché labyrinthique du personnage. Je n’ai qu’une envie, pouvoir me replonger à nouveau dans cette proposition de cinéma aussi originale que passionnante.

(À SUIVRE…)

1 Jess Franco : Énergies du fantasmes, Ed. Rouge Profond (2007)

2 Si le film n’est sorti qu’en DVD sur notre territoire, les anglais d’Anchor Bay proposent un Blu-ray absolument superbe d’Amer. Et à petit prix !

 

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Maudit Journal – Day Four

 Bandeau-journal …TUT…TUT…TUT…TUT…TUT……TUT…TUT…TUT…TUT…TUT……TUT…TUT…TUT…TUT…TUT…TUT…

Étendu sur sa couette, trempé de sueur, le Vidéophage (voir photo) a toutes les peines du monde à émerger. Plus d’étrange forêt ou de créatures bizarres, il est de retour dans sa chambre. Quant à la sonnerie, vous l’aurez deviné, c’est celle de son radio-réveil qui marque 12h. La vache, s’il n’y avait pas la musique techno des voisins pour lui vriller le cerveau, ça serait presque agréable de se réveiller ! Bon, là aussi, il mettra un peu de temps à se rendre compte que ce ne sont pas ses voisins, mais ses neurones qui sont en mode boîte de nuit. Une bonne douche, un litre de café et quelques aspirines plus tard, il se sent d’attaque pour une nouvelle journée de cinéma. Vu la quiétude de l’appartement, les trois autres doivent déjà être parti, ce que confirme un mot de Benjamin laissé bien en évidence sur la table du salon : « On a préféré te laisser dormir tranquille, rejoins-nous quand ça ira mieux. Et appelle Karel, les gens du festival étaient vachement inquiets de ne pas te voir ».

Effectivement, son portable indique une dizaine d’appels en absence. En temps normal, cette sollicitude lui ferait vachement plaisir, mais là, quand même, ça lui semble un peu disproportionné. Il décide d’appeler Karel pour en avoir le cœur net :
― « Ah ben quand même ! C’est qu’on était inquiet comme tout.
― Euh… C’est gentil, mais y’a pas de quoi se faire du soucis. J’ai passé une mauvaise nuit, d’accord, mais je me sens d’attaque maintenant. C’est bien à 18h que Stéphane du Mesnildot dédicace son bouquin ?
― (…)
― Euh, t’es toujours là Karel ?
― (…) C’était hier, la dédicace. On est samedi, là
― Ah ah ah ! Très drôle ! C’est une blague de
Christophe, non ?
― Euh, je crois que tu devrais t’asseoir,
. D’après ce que m’ont raconté les garçons, tu t’es senti mal jeudi soir après avoir bu un truc bizarre. Tu t’en rappelles ? Benjamin t’as mis au lit et ils t’ont veillé à tour de rôle avec les catcheurs, tu alternais les périodes de sommeil agité et de délire fiévreux, et lorsqu’ils sont revenus de Killer Klowns from Outer Space cette nuit, tu dormais enfin paisiblement etC’était quoi ce bruit ? On aurait dit un gros truc qui tombe par terre. Allô ? Allô ?! Ah, j’ai bien peur qu’il ait tourné de l’œil, le Vidéophage. C’est malin, je lui avais pourtant dit de s’asseoir
»

Le Vidéophage à l'article de la mort

Le Vidéophage à l’article de la mort

 

(Note du Vidéophage : j‘ai commencé à me sentir patraque jeudi vers trois heures du matin, alors que je travaillais sur ce journal de guerre. Très vite, brûlant de fièvre et grelottant de froid, je me suis retrouvé dans l’incapacité physique de sortir de mon lit. Comme qui dirait terrassé par le mal. Vingt-quatre heures plus tard, à la surprise générale, j’étais à nouveau frais et dispo. Surmenage ? Coup de froid ? Grippe éclair ? Allez savoir ! Toujours est-il que pour la première fois, j’ai raté non pas une séance, mais une pleine journée de Maudits Films. Brrr, rien que d’y repenser ! Jen profite pour remercier chaleureusement Richard et Benjamin qui ont eu la gentillesse de veiller sur moi pendant cette sale épreuve, ainsi que celles et ceux qui se sont inquiétés de ne pas me voir au Club et à la salle Juliet Berto en ce triste vendredi)

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Maudit Journal – Interlude

Bandeau-journal

Tiens, je suis réveillé. Encore une belle journée qui commence dans… Tiens, mon lit n’est plus sans ma chambre, mais dans la savane, près d’un point d’eau où les animaux viennent s’abreuver.
« Bonjour monsieur éléphant, coucou madame antilope ! Ah, mais c’est môssieur Lion qui est venu boire un p’tit coup !
― Déjà, c’est madame lionne. Et ensuite, est-ce que je t’ai demandé si ta grand-mère faisait du vélo ?
― Ben non, elle peut plus mamie. Elle a une prothèse totale de hanche alors c’est pas trop conseillé. Eh, pourquoi tu t’en vas ?!
― Alors déjà, on est pas mariés. Et ensuite, la séance va commencer.
― La séance de quoi ?
― Ah mais t’es nouveau ici, c’est ça ? La séance de catch, mon gars. Faut pas être en retard, ce soir les Fabulous Mexicans Wrestlers affrontent Maîtresse Karel et Christophe ‘Animal’ Berthelot. C’est le professeur Cocquenet qui arbitre. Comment tu t’appelles ?
― Ben en fait, je sais plus trop.
― Ok, on va dire que tu t’appelles Hippolyte. Alors grimpes sur mon dos Hippolyte.
― Euh… C’est à dire que ça me gêne un peu de vous grimper dessus, madame… ?
― Sophie. Et c’est mademoiselle Sophie. T’inquiète, j’suis pas du genre à me formaliser. T’as pas un truc à grignoter caché dans ta robe de chambre ? J’ai besoin de sucre pour le trajet.
― Attendez, je regarde. Ah oui, j’ai un genre de sandwich. Avec du pâté de foie je crois. Ah non, on dirait de la barba-papa plutôt.
― Donne, ça devrait le faire. »
La créature
mi-Sophie, mi-lionne (voir photo) engloutit l’étrange mélange en une bouchée.
― « C’est un peu dégueu, mais c’est plein d’énergie. Accroche-toi, on décolle !
― Comment ça, on décolle ? C’est que j’ai le vertige, moi ! Et vous voulez que je m’accroche à quoi (tut) ?
― À ma crinière, andouille. Et quand je dis ‘on décolle’, c’est manière de dire. Ça vole pas, une lionne (tut).
― Euh, dans mes souvenirs, ça cause pas non plus… D’ailleurs c’est un peu étrange cette histoire de… aaaaaAAAAAAAAH !!!!! » (tut)

Sophie

L’étrange créature mi-Sophie, mi-lionne

 

Avant que j’ai pu terminer ma phrase (tut), et surtout avant que j’ai pu m’accrocher à quoi que ce soit, Sophie la lionne bondit en avant. Ce qui a pour conséquence de me projeter perpendiculairement, dans les airs. Le cœur au bord des lèvres (tut), je décris une superbe parabole au dessus d’une forêt de tronçonneuses et de marteaux-piqueurs qui vient de faire son apparition sous mes pieds. En y regardant de plus près, il y a comme un genre d’enclume en plein milieu, et elle grossit à vue d’œil. A moins que je ne sois en train de me précipiter vers elle à la vitesse de la lumière (tut). Ah oui, c’est ça, plutôt. Et quelqu’un pourrait-il m’expliquer pourquoi ces « tut, tut » viennent grossièrement interrompre le cours de mes pensées ? C’est limite pénible, à force (tut) ! On dirait comme un genre de sonnerie qui… Merde, l’enclume n’est plus qu’à quelques mètres et je vais me la prendre en pleine poire. Aïe aïe aïe, ça va faire un mal de chien !

TUT…TUT…TUT…TUT…TUT……TUT…TUT…TUT…TUT…TUT……TUT…TUT…TUT…TUT…TUT…TUT…

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Maudit Journal – Day Three (2/2)

Bandeau-journal

(Soirée en partenariat avec la Cinémathèque de Grenoble)

20h00 – La submersion du Japon, de Shirô Moritani (1973)

submersionIl y a des jours où je suis content d’être dans la salle plutôt que derrière le projecteur. Sans verser dans l’analogie facile, disons que les éléments ne se sont pas uniquement déchaînés contre le Japon ces dernières années. Les caves de la Cinémathèque en ont pris un sacré coup, et notre pauvre Sylvain (voir photo) a encore fait des miracles pour rendre la copie regardable. En ce qui concerne le film de Moritani proprement dit, je ne sais pas si c’est de sortir de The FP ou la fatigue accumulée, mais je l’ai trouvé très long et très ennuyeux. Produit par la Toho juste après le succès du roman éponyme, on sent que la vénérable société a mis ce qu’il fallait de budget pour assurer le spectacle. Les séquences de cataclysme sont d’ailleurs très réussies – pour peu qu’on se rappelle la date du film – et on dira ce que l’on voudra, les maquettes de bonnes qualités sont sacrément plus évocatrices que des effets numériques moyens. Le reste du film n’est malheureusement pas au niveau. Entre les apartés de vulgarisation scientifique où j’avais un peu l’impression de me retrouver en cours de géomorphologie, une sous-intrigue amoureuse peu crédible et un enrobage mondialiste politiquement correct qui fera bien rigoler les féru(e)s d’histoire japonaise – les pays proposant d’héberger encore plus de japonais que ce que prévoit l’ONU sont… l’URSS, les États-Unis et la Corée du Sud, mais bien sûr ! –, on a un peu de mal à se laisser porter. Reste une ambiance désespérée et mélancolique, à des années-lumières de l’approche étasunienne du film catastrophe.

Sylvain Crobu

Sylvain Crobu, sauveteur

 

22h00 – King Kong vs Godzilla, de Ishiro Honda (1962)

KingKongVsGodzillaBienvenu dans le joyeux bordel des versions « remaniées » pour le marché étasunien ! Tout le monde est au courant de « l’affaire » Godzilla du même Honda, sorti en 1956 aux States dans une version trafiquée avec des inserts de Raymond Burr pour minimiser l’implication de l’Oncle Sam dans la création du monstre. Eh bien rebelote ici, où le film est régulièrement interrompu pour un point spécial « si vous avez raté les cours de science en primaire ou si vous vous êtes endormi pendant la bobine précédente ». Avec en prime une palanquée de stock-shots mal intégrés histoire de renforcer les aspects spectaculaires de l’ensemble. Résultat des courses : qui trop rajoute perd le spectateur en cours de route. Au bout d’un moment, on n’y comprend plus grand chose. Restent les affrontements épiques entre Godzilla et Kong, deux malheureux cascadeurs dans des costumes rapiécés limitant drastiquement leurs mouvements – en particulier ceux du kaiju de ces dames, qui ressemble à une grosse otarie dès qu’il agite les bras. On se marre bien, c’est sûr, mais est-ce que cela excuse tout ? Pas vraiment. Comme me le rappelait le professeur Cocquenet (voir photo) : « Putain, tu te rends compte ? Ils ont réussi à flinguer la série en moins de 8 ans ! ». Vous allez me dire que forcément, un gugusse dans un costume en latex, ça ne fait pas sérieux. Revoyez l’original – dans sa version japonaise, par pitié – et vous vous rendrez compte que malgré ses effets spéciaux vintage, le film reste grandiose et ne fait pas rigoler du tout. A l’image du King Kong de Schœdsack & Cooper, sorti en 1933 et qui reste inégalé à ce jour.


Le Professeur Cocquenet, spécialiste international du nudies

 

00h30 – Bureaux du CCC :
― « Allez Guigui, un p’tit dernier pour la route !
― Nan maîtrelle Caresse… Euh, maîtresse Karel (voir photo) je veux dire. J’ai déjà trop tiré sur la corde raide et y’a les catcheurs mexicains qui m’attendent à l’appart’ de mamie. Faut qu’j’y vais, sans quoi j’vais rater le dernier tram et chuis trop chiffon pour rentrer à pinces.
― P’tit joueur, va ! T’as peur de pas tenir le choc, c’est ça !
― Voui mademoiselle Sophie. C’est aussi ça. J’ai un peu peur de ce qui pourrait arriver cette nuit si je m’évanouis au milieu de vous toutes. Alors je filoche tant que j’peux, et bien le bonsoir la compagnie ! »

01h30 – Appartement de la grand-mère :
Sans trop savoir comment il a réussi à arriver jusqu’ici, le Vidéophage referme précautionneusement la porte d’entrée afin de ne pas réveiller ses hôtes. Peine perdue, puisque toutes les pièces sont grande ouvertes et allumées. Dans le salon, le professeur Benjamin est en train de regarder un film d’exploitation avec plein de jeunes filles qui batifolent toutes nues dans un champ.
― « Hi hi hi! Toi, tu r’gardes un film cochon !
― Mais alors là, pas du tout. Je fais des recherches en vue d’un futur article. C’est du boulot ça !
― Mouais l’autre ! Ça m’fait penser que dès que le festival est terminé, je reprends mes recherches sur Edwige. C’est pour… euh, le fanzine. Et les deux sauvages, y dorment ?
― Je pense. En tout cas ça fait un moment que je ne les entends plus. Madame Robert est venu tambouriner à la porte d’ailleurs. Faut dire, ils ont un peu abusé. Je sais pas ce qu’ils traficotaient dans leur piaule, mais y avait des cris d’animaux et un genre de chants rituels. Et mauvaise nouvelle, je crois qu’ils ont embarqué le bourbon.


Maîtrelle Caresse… Euh, Maîtresse Karel

 

Le Vidéophage prend congé d’un vague signe de tête et se dirige en titubant du côté de la chambre des catcheurs. Il trouve la pièce dans un drôle d’état : des signes cabalistiques dessinés à la peinture rouge sur les murs, la commode de sa grand-mère transformée en une sorte d’autel avec tenture, bougies, bâtonnets d’encens et colifichets en plaqué-or, et deux poules qui picorent stupidement le lino couvert de traces douteuses. Sans parler de l’odeur méphitique, mais notre ami était bien trop beurré pour y faire attention. Sur le lit, Rico et Benobo (ou l’inverse, allez savoir !) sont avachis, le corps recouvert de drôles de symboles dessinés au marqueur. L’un d’eux tient une coupe à demi remplie à la main, d’où s’échappe un peu de liquide brunâtre à chaque ronflements. A bout de force, le Vidéophage s’écroule à côté d’eux, provoquant grognements et borborygmes.
― « Ben les gars, j’sais pas à quoi que vous tournez, mais ça m’a l’air au poil ! »
Il retire délicatement la coupe des main de Benobo (ou de Rico), en renifle le contenu avant de hausser les épaules en beuglant : « cul sec ! ». Et il la vide d’un trait.
― « Ah la vache, c’est raide ! »

Quelques minutes plus tard, Benjamin apparaît dans l’encadrement de la porte :
― « Y z’ont laissé de la picole ?
― Ben si y reste que ça, j’te l’conseille pas ! J’sais pas à quoi ils tournent, mais c’est pas du bourbon…
― Euh… D’après ce que j’ai compris, c’est un genre de mixture magique. Et je crois crois pas que c’était pour boire, mais pour invoquer les démons de l’enfer, ou quelque chose comme ça.
― J’me disais aussi ! Et tu sais ce qu’ils y collent dans leur truc ? Parce que là, j’ai l’impression de me liquéfier de l’intérieur.
― Ben du sang de poulet, de la poussière de cadavre centenaire, du venin de scorpion, des amanites tue-mouche, des…
― Nan, mais c’est bon. J’ai compris. Faut que tu m’portes jusqu’à mon lit parce que je vais pas tarder de perdre connaissance. Et si tu pouvais passer vérifier ma respiration de temps en temps pendant la nuit, ça serait top. Dis, c’est moi où il fait hyper froid tout d’un coup… ? Qui a éteint la lumière ?! S’il vous plaît ?!! »

Les traditionnels remerciements : Le Mangeur Masqué, François Cau, Cécile, Morgane et Jonathan, Sylvie, Raymonde, Claire & Sophie, Karel « tu veux que j’te fasse un bisou ? » Quistrebert, Benjamin & Richard, ainsi que Four Roses et El bocadillo pour le soutien logistique !

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Maudit Journal – Day Three (1/2)

Bandeau-journal

18h – The FP, de Brandon et Jason Trost (2011)

The FPC’est avec une légère appréhension que nous rallions Le Club pour ce troisième jour de compétition. Après l’enchaînement The Act of Killing / Outrage d’hier soir, il y a de quoi se méfier, non ? Et ce n’est pas ce pauvre François Cau (voir photo) qui nous rassure : il a l’air bien nerveux, à faire les cent pas dans le hall en se rongeant les ongles. Karel, tout sourire, nous accueille d’un tonitruant « Yo ! ». Pour avoir une pêche pareille, elle prend des substances illicites, c’est obligé. Dans les couloirs, je croise Loïc, vieil ami et confrère projectionniste, qui me lance hilare un énigmatique : « tu vas voir Guigui 1, on a installé un tapis de danse dans la 4, ça va être top ! ». Intrigué, je m’installe dans la salle avec mes catcheurs pile au moment où notre fringuant programmateur vient présenter le film du jour, The FP, avec son enthousiasme et sa célérité habituels. Il y serait question de canards, de premier degré, d’hommage aux films sportifs des d’années 80, d’une esthétique moche empruntée aux années 90, de « Yo ! », et il conclu par « si vous accrochez aux 10 premières minutes, vous allez grave vous faire plaisir ». Nous nous calons confortablement dans les fauteuils – histoire de faciliter la digestion du banquet ibérique de ce midi –, les lumières s’éteignent et… nous voilà propulsés dans le FP (pour Frazier Park) du titre. Une soi-disant zone rurale dévastée qui fait furieusement penser à une banlieue paisible de petite ville étasunienne. Une voix off nous explique que deux bandes rivales s’affrontent pour asseoir leur domination territoriale, les gentils 248 (prononcez : « two-four-eight ») du nord et les méchants 245. Et ce soir, BTRO va affronter L dubba E pour déterminer quel gang va régner sur le FP. Course sauvage de voitures ? Combat à mort dans une arène ? Non mec, dans le FP, on est de la vieille école et les conflits se règlent à coup deDance Dance Revolution. Non non, vous ne rêvez pas, il s’agit bien du mythique jeu sorti sur Playstation, celui avec le tapis à la con. Mes plus plates excuses aux inconditionnels de ce machin, mais pour moi, une console de salon est faite pour découvrir plein d’activités physiques, certes, mais le cul vissé dans son canapé. Si je veux danser, je le fais en vrai, quand je me fais traîner à un bal folk par ma meilleure amie. Mais je m’égare, alors pour en revenir à nos canards, ce soir-là BTRO meurs sur le tapis de jeu. Yo, ça s’ra à son frerot JTRO de reprendre la flambeau mec, parce que depuis cette putain de soirée, c’est grave la merde dans le FP. Non non, inutile d’appeler les secours, je ne suis pas en train de faire un AVC. C’était un échantillon de la novlangue fleurie inventée par les frère Trost pour ancrer leur film dans le genre « rétro-futuriste », c’est à dire un soi-disant futur proche designé avec l’esthétique moisie des années 80-90. Dès les premières minutes, une question se pose : « bordel, mais ils sont sérieux, là ? ». Parce-que bon, ça a beau être les États-Unis, ça coûte tout de même de l’argent pour faire un film ! Concrètement, il faut attendre le gunfight où un plan large révèle que les protagonistes sont seulement éloignés de quelques dizaines de centimètres pour être rassuré. C’est d’ailleurs ce sérieux dans le traitement du sujet, des personnages et le respect des codes du « Karate Kid like » (qui fit les beaux jours du box-office mondial sous Reagan) qui donnent sa saveur si particulière à The FP. On a droit à tous les gimmicks du genre, depuis la perte du frère à l’apprentissage avec un mentor, en passant par le retrait du monde via le bûcheronnage et le sidekick à grande bouche. Bref, une véritable machine à voyager dans le temps bourrée de clins d’œils appuyés au cinéma burné de cette époque bénie – Commando, Rambo, etc. Tout ça, et des canards. Un excellent divertissement pour petits et euh, non, plutôt pour les grands en fait, qui s’arrogea le prix du public et une mention spéciale du jury pour « le meilleur baiser final de l’histoire du cinéma ». Yo, dog !

 

François Cau

François Cau

 

Grave essoufflé, le Vidéophage arrive juste à temps pour la rétrospective à la salle Juliet Berto, pile au moment où Sylvain, le vaillant projectionniste des lieux, s’apprête à descendre dans les mystérieuses caves de la Cinémathèque.

― Ah Guillaume, ça va ? Dis-moi, t’as couru pour être sûr qu’on ne te pique pas ta place préférée ?
― Attends… que je… reprenne… mon souffle… Voilà, c’est mieux. Salut Sylvain. J’ai eu maille à partir avec une bande de punks à chiens sur le trajet. On revenait de la compét’, avec mes bro’ mexicains Rico et Benobo quand on a croisé des bitches dans la Gran’rue. Tu savais p’t’être pas, mais c’est grave la merde dans la Gran’rue.
― Euh, si tu le dis…
― Du coup, avec les bro’, on a décidé de les chambrer un coup et de les défier à Samba de Amigo.
― Euh, à quoi ?
― Ben moi j’étais plutôt Dreamcast que PS2 à l’époque. Et avec mes problèmes de dos, les jeux de danceSamba de Amigo, c’est un simulateur de maracas (voir photo).
― Oui oui oui. Eh, euh… Sinon au niveau de la picole, t’en es où ? Parce que là franchement, je comprends rien à ce que tu racontes !
― En tout cas, ils ont pas trop bien réagi les keupons en face. Ils ont commencé à nous chercher grave la merde. Pour la plus grande joie de mes catcheurs mexicains, qui doivent encore être en train de les calmer à coup de suplex et de manchettes dans la tronche !
― Et c’est à ce moment-là que t’es parti en courant, c’est ça… ?
― Ben, ils m’ont lâché leurs chiens au cul, les fumiers. Attention, hein ? Pas du chien-chien à sa mémère ! Des molosses comac avec des chicots grands comme ma main ! Heureusement, je les ai semé dans les rues piétonnes. C’est mon turf, mec. J’connais chaque raccourcis et chaque cour intérieure. Et toi, tu fais quoi avec ces cuissardes et cette gaffe ? Tu plaques tout pour devenir gardien de phare en Bretagne ?
― Des jours comme aujourd’hui, c’est pas l’envie qui m’en manque ! Nan, je vais chercher la copie pour se soir. C’est dans la zone inondée. J’espère juste que j’aurai pas besoin du zodiac. Au fait, les ‘molosses’ qui te coursaient, ça s’rait pas un Yorkshire à trois pattes et un caniche édenté ? Non, je dis ça parce qu’ils viennent de tourner au coin de la rue et qu’ils foncent droit sur nous. Moi j’y vais, du coup. Bonne chance vieux !
― Ah putain ! Ils m’ont retrouvé ces monstres de l’enfer ! »

Samba de Amigo

Le kit de jeu Samba de Amigo

 

Le Vidéophage se précipite dans le hall de la salle Juliet Berto et butte littéralement sur la jolie Morgane, l’ouvreuse attitrée du Festival cette année, et Jonathan son superviseur (voir photo).

― Ah ben, tu tombes bien toi ! T’as vu dans quel état t’as mis mon porte-jarretelles l’autre soir ? C’est du matos perso ça, et on a pas tout à fait la même masse corporelle pour rester polie !
― Désolé mademoiselle Morgane, je vous rembourserai, mais là je suis poursuivi et… »

Les deux anomalies canines avaient réduit l’écart et, s’ils avaient été encore capable de sauter, c’en était fait de notre vaillant héro. C’est marche après marche, les babines retroussées et l’œil haineux, qu’ils se rapprochaient inexorablement de leur proie. Résigné, les muscles tétanisés par la peur, il attendait en tremblant son funeste destin lorsque retentit soudain un « YO ! » qui scotcha littéralement les deux chiens sur place. Ils s’assirent servilement sur la dernière marche, à moins d’un mètre de la fesse gauche du Vidéophage. Karel (voir photo) venait d’apparaître dans l’encadrement de la porte.

Karel « maîtresse » Quistrebert

Karel « maîtresse » Quistrebert


 
― « Guillaume ! Tu m’expliques ?
― Euh, c’est compliqué madame Karel.
― C’est compliqué ? Programmer le Festival des Maudits Films, c’est compliqué. Ça, c’est juste n’importe quoi. Donne moi le sandwich aux rillettes que tu caches dans ta veste.
― Euh… De quoi ?
― Pas la peine de jouer la comédie, je sais que tu rentres de la bouffe en douce pour te caler une dent pendant les séances. DONNE ! »

Le Vidéophage sorti l’objet du délit de sa poche et le tendi à Karel. Lorsqu’elle leur jeta au loin, les chiens se précipitèrent dessus et l’engloutirent en quelques secondes. Avant de repartir dans la rue en trottinant.

― Guillaume !
― … Oui maîtresse ?
― Dans la salle !
― Bien maîtresse…
― Yo, Jonathan !
― Oui boss ?
― Après-demain, vous échangez avec Morgane.
― Mais…
― Pas de ‘mais’ ! Tu feras l’ouvreuse et elle supervisera. Et si t’es pas content, je te jette en pâture à mon gang de filles, bitch !

(TO BE CONTINUED)

Morgane et son superviseur

Morgane et son superviseur

 

1 Il est un des derniers à avoir le droit de m’appeler comme ça, parce que nous nous sommes connus dans une autre vie. Conseil d’ami, n’essayez pas !

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Maudit Journal 2014 – Day Two

Bandeau-journal

10h – salle polyvalente de Fontaine, juste à côté de Grenoble.

― « Qui veut prendre la parole ? Allons, ne soyez pas timides !
― Aheum…
― Oui,
monsieur ? Approchez-vous, n‘ayez pas peur. Nous sommes entre amisVoilà, c’est bien.
― Aheum… Bonjour, je m’appelle le Vidéophage…
Bonjour le Vidéophage !
Je vois que vous êtes nouveau. Vous n’allez sans doutes pas me croire, mais vous avez fait le plus dur en venant jusqu’à ce pupitre. Maintenant, faut ouvrir les vannes. Vous partagez ce que vous voulez, personne ne vous jugera. On est tous là pour vous écouter. Alors, qu’est-ce qui vous amène ? Alcool, drogue, jeu, sexe ?
Euh, non madame. Rien de tout ça. Même si depuis que j’héberge des catcheurs mexicains, mon foie en a pris un sacré coupNon, en fait je vis une expérience professionnelle assez intense depuis quelques jours et je n’arrive pas à gérer
Oui, c’est bien, continuez
C’est terriblement dur madame. J’essaye d’être à la hauteur de la tâche, mais j’ai peur d’y laisser mon âme en cours de route. Je suis à bout. Tenez, hier soir par exemple, j’ai remplacer l’ouvreuse au débotté.
Remplacer l‘ouvreuse ?
Oui, je travaille pour un festival de cinéma.
Ah, je vois. Le festival des comiques de l’Alpe-d’Huez !
() Ah d‘accord. Bon, ben c’était super. Je vais y aller, moi
Non, non, ne partez-pas ! Je suis désolée, je ne voulais pas vous vexer ou quoi que ce soit.
Oui, ben c’est un petit peu réducteur quand même, madame ! Y a pas que la comédie dans la vie, y a aussi les Maudits Films !
() Les maudits films ? Comme dans le Festival des Maudits Films, c’est ça ? Ah, mais d’accord ! Vous travaillez avec Karel ! Et, juste pour me faire une idée, il y en a d’autres d’autre qui font partie de l’équipe du festival aujourd’hui ? »
Timidement, u
ne douzaine de mains se lèvent, soit environ les trois quart de l’assemblée qui commence à s’animer.
― « 
Moi j’en ai trop marre de courir après les clefs. J’ai l’impression que j’y passe ma vie !
Te plains pas Jenny, tu t’en sors bien. Je fais des cauchemars, avec des crocodiles haribo géants qui attaquent la salle Juliet Berto…
Wahou, Christophe ! Ça me fait trop plaisir que t’en parles parce que moi, j’ai été obligée de tripler ma dose quotidienne de sucre pour tenir le choc. Pas vrai Claire (voir photo) ?
NE ME PARLE PAS DE SUCRE !!! Désolée Sophie, c’est à cause de cette saleté de machine à barba-papa qui veut pas marcher correctement. J’suis à bout. Cette nuit, j’ai rêvé que j’étais dans la salle 2 du Club, a essayer d’en faire monter une devant les spectateurs et les membres du jury. Ça marchait pas, je commençais à paniquer, et je les voyais remplir leurs petits bulletins de vote, là ! Rien que d’y repenser…
Au fait, elle est passée où la thérapeute ? Elle est partie ?
― O
n dirait bien. Attendez, elle a laissé un mot : Chers anonymes, je serai absente de maintenant jusqu’au dimanche 26 janvier inclus. Pas la peine d’essayer de me joindre par téléphone, je vais de ce pas le jeter dans le première poubelle venue. En cas d’urgence, merci de m’oublier »

 

Claire, caution démocratique de la compétition

Claire, caution démocratique de la compétition

 


14h30 – Frankenweenie, de Tim Burton (2012)

aff FrankenweenieS’il y a bien un film dont je me méfiais cette année, c’est celui-ci. Et sans l’intervention programmée du professeur Benjamin Cocquenet (voir photo), j’avoue que j’en aurai profité pour grappiller quelques heures de sommeil réparateur. Comme je l’évoquais avec mes catcheurs mexicains à l’issue de la séance, J’ai un sérieux problème avec Tim Burton. Si vous me demandez mes 5 films préférés, Batman le défi sera en bonne position. D’ailleurs, la simple évocation de ce chef d’œuvre déclenche en moi des frissons extatiques incontrôlables. Brrrr ! Dans les années 90, Burton accomplissait tout ce que Spielberg n’avait fait qu’effleurer au cours de la décennie précédente : un pont entre deux mondes, celui de l’épouvante et de l’enfance, ouvrant au passage une fenêtre sur le cinéma bis qu’il adorait. C’est dire si le virage amorcé à l’orée des années 2000 a été dur a accepter. Oui, Frankenweenie est sans doutes ce qu’il a fait de mieux depuis Sleepy Hollow (1999), avec de vraies fulgurances formelles – le soin apporté aux raccords dans la première partie du film – et contextuelles – la citation, à deux reprises, du film qui a traumatisé le plus d’enfants au monde : Bambi. Seulement voilà : tout ce qu’il nous propose ici, il l’a déjà abordé, et en mieux. Les clins d’œil adressés au cinéma de son enfance – que le docte Benjamin a magistralement exposé aux jeunes spectateurs de la séance – imprègnent l’ensemble de sa filmographie (Ed Wood, Edward). Les références à son cadre de vie banlieusard aussi (Edward…, encore et toujours). Sans oublier les auto-citations qui fatiguent ici à force d’être assénées à coups de marteau, alors qu’elles étaient si discrètes dans Sleepy Hollow. On touche au cœur du « problème Burton ». Pour les endormi-e-s du premier rang, Frankenweenie est le remake king size d’un court métrage qu’il avait réalisé chez Disney en 1984. Mais il n’avait pas eu les honneurs d’une diffusion quelconque à l’époque, pas plus que le très beau Vincent auquel cette version emprunte beaucoup graphiquement parlant. Le réalisateur avait fini par se faire éjecter de la maison de Mickey pour anarchisme cinéphilique et outrage aux bonnes mœurs héritées de l’oncle Walt. Depuis, de l’eau a coulé sous les ponts et les deux partis se sont rabibochés pour notre plus grande tristesse. De trublion potache placardisé, Tim s’est transformé en réalisateur aux ordres, replié sur son glorieux passé et en panne d’inspiration. Par exemple, le traitement réservé aux camarades de classe de Victor, héros de cette version 2012 et faux-jumeau édulcoré du personnage principal de Vincent, est révélateur de la déchéance du réalisateur. Lui qui jadis se mettait systématiquement du côté des monstres en fustigeant la bien-pensance normée de la société en fait ici… les « méchants » de l’histoire. En vieillissant, Burton a fini par se couler dans le moule hollywoodien en surfant honteusement sur l’air du temps, celui des samples, des boucles et des remakes. Et oui, cela me fait enrager parce qu’à une époque, il était celui qui farfouillait dans les recoins les plus sombres du septième art pour en ramener de vrais morceaux de terreur qu’il insufflait dans le cinéma commercial.

 

Benjamin

Le professeur Cocquenet en pleine intervention

 

18h – The Act of Killing, de Joshua Oppenheimer (2012)

aff the actL’ami François Cau (voir photo) nous a tout de suite mis dans l’ambiance en présentant la première grosse claque de la compétition : « Vous allez voir le meilleur film d’horreur de 2013 ». Seulement voilà, The Act of Killing est un documentaire. Produit par Werner Herzog – et on comprend que le réalisateur de Grizzly Man se soit intéressé au projet d’Oppenheimer –, le résultat est tout simplement glaçant. Si certains d’entre vous voient encore le documentaire comme une captation objective du réel, j’ai le regret de vous annoncer qu’il n’en est rien. Déjà, la simple présence d’une caméra modifie le comportement de la personne filmée, qu’elle le veuille ou non. Et puis, derrière les prises de vues, il y a le travail du montage qui peut faire dire à peu près tout et n’importe quoi à une image. L’intelligence – et du même coup les limites – de The Act repose sur un savant jeu de dupes, avec tout ce qu’il faut de mises en abîmes et de manipulations acrobatiques. Jugez plutôt : un réalisateur anglais débarque en Indonésie pour proposer aux survivants des massacres de 1965 la mise en scène d’une fiction qui raconterait leur version de l’histoire. Les survivants en question étant les responsables de la mort d’entre 500 000 et 1 million de communistes au sens large – c’est à dire d’opposant au régime en place. L’idée proposée aux deux principaux protagonistes, des truands respectés affiliés au groupe paramilitaire d’extrême droite Pemuda Pancasila, est de rejouer les principaux événements – enlèvements, tortures, assassinats, viols – en utilisant les codes de leur genre de prédilection : le film de gangster, bien entendu. De ce projet-là, il n’y aura que peu de séquences dans The Act of Killing puisque le véritable projet d’Oppenheimer est de montrer les rouages du mal qui ronge ces vieillards arrogants. La quasi totalité du métrage est ainsi constituée des repérages, des mises en places et des répétitions qui vont peu à peu permettre aux spectateurs de saisir toute l’horreur de la situation indonésienne. Le rôle principal de cette tragédie revient à Anwar Congo, petite frappe bas du front qui trouva dans les massacres de 65 l’opportunité de gravir les échelons sociaux à moindre frais. Grand-père un peu canaille aux costumes zazou, il nous fait son numéro tout au long du film, pensant manipuler un réalisateur qui n’en espérait sans doutes pas tant. A travers lui se dessinent les horreurs du carnage, entre des considérations purement techniques – il explique non sans fierté avoir inventé le moyen le plus économique pour assassiner les communistes à la chaîne sans se salir ni se fatiguer – et des remords proprement indécents dont on ne peut que remettre en cause la crédibilité ; mais surtout, on découvre en filigrane le portrait d’un pays sinistré par trente années de dictature et d’exactions, empêtré aujourd’hui dans une soi-disant démocratie qui n’est rien d’autre que la continuité du régime précédent. On se demande comment la population, écrasée par le pouvoir officiel et les groupes maffieux ou paramilitaires à sa solde, pourra un jour retrouver un semblant d’espoir et d’autonomie politique. La misère, accentuée par les rackets permanents, pousse les votant à choisir le candidat fantoche qui leur fera des petits cadeaux. Pire, on ne voit plus la moindre lueur d’espoir dans le regard des enfants. Le seul qui profite largement de la situation, c’est ce bon vieux capitalisme dans son expression la plus abjecte : des boutiques de luxe où les anciens tortionnaires viennent faire leurs emplettes en famille. Alors oui, le réalisateur manipule la chronologie du tournage afin d’appuyer son propos, et la séquence à la fin du film où Congo semble accuser physiquement le coup face à l’horreur de ses actes est clairement mise en scène pour accentuer le malaise du public. Mais comme je l’expliquais en début de chronique, cela fait partie de l’ambiguïté inhérente au genre documentaire. Tu avais raison mon cher François, c’est le meilleur film d’horreur de l’année. On en ressort abasourdi, avec une bien piètre opinion de l’espèce humaine.

 

François Cau

François Cau

 

20h – Outrage, de Ida Lupino (1950)

Aff OutrageAprès une course effrénée dans les rues de Grenoble, nous arrivons pile-poil pour le début d’Outrage, ratant tout de même la présentation du film assurée par l’équipe du CCC. J’ignorai donc à quel genre rattacher ce long-métrage dont je n’avais jamais entendu parler auparavant. Sortant de The Act of Killing, grand moment de déconnade et de second degré, je me suis dit dès les premiers plans : « chouette, un film bien désespéré pour clôturer la journée ! Merci Karel ! ». En fait, non. Il s’agit d’un mélodrame et seule la première moitié du film relève du film noir. Mais quelle première moitié ! En plein code Hays, la réalisatrice se permet d’aborder frontalement la question du viol et de ses répercutions sur le quotidien de la victime. Ann Walton, employée modèle, fille à papa dévouée et future jeune-mariée – l’accomplissement par excellence pour une femme dans les années 50 – se fait agresser en rentrant de son travail. La séquence de la poursuite est magistrale, on se croirait dans un film de Tourneur tant la montée de la tension est parfaitement traduite par le montage, l’utilisation des décors et la mise en scène. La censure de l’époque étant implacable, Ida Lupino doit tout suggérer, ce qui relève du tour de force puisque, par exemple, l’utilisation des mots « viols » et « agression » lui étaient strictement interdit. Qu’à cela ne tienne, la construction de la séquence elle-même agira comme une métaphore de ce qui ne peut être cité : va et viens du perpétrateur et de sa victime au sein d’un décors fixe, écarts qui se resserrent, montage de plus en plus rapide jusqu’à la chute d’Anne qui se retrouve au sol à la merci de son bourreau qui la domine. La plus belle séquence du film arrive un peu plus tard, lorsque la jeune femme encore convalescente décide de retourner travailler. Métaphore de l’impossibilité à retrouver une vie normale, ce simple trajet à pied devient un véritable calvaire où les hommes qu’elle croise, tous interchangeables, la terrorisent et où les femmes la regardent de travers avant de médire dans son dos. La suite du film est plus classique, plus attendue, avec sa campagne rassurante, son histoire d’amour chaste et son happy-end obligatoire. Et bien vous savez quoi ? Après une journée comme celle-ci, ça fait du bien !

 

Remerciements : Benjamin & Richard, Claire & Sophie, Karel & François, Belle & Sébastien, Tom & Jerry, Laurel & Hardy etc. Christophe « Les crocos sont arrivés au bureau, je répète : les crocos sont arrivés au bureau » Berthelot, Loïc Chemin, l’équipe du CCC, mes plus plates excuses à Sylvie que j’ai à peine eu le temps de saluer, et surtout… surtout un immense cri du cœur aux petites mains du Festival qui œuvrent dans l’ombre pour que tout se passe bien. Et vous savez quoi ? Ça se passe trop bien !

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Maudit Journal – Day One

Bandeau-journal

Mais que s’est-il passé lundi ? Vous le saurez plus tard. Dans la vie, faut faire des choix et connaître ses limites. Et avec mes squatteurs mexicains, j’ai revoir mon quota de sommeil à la baisseAh oui, du coup j’héberge deux catcheurs mexicains pour la durée du festival. Et bonne nouvelle, j’ai enfin réussi à me débarrasser de Kévin le collégien. Allez, j’ai assez teasé comme ça, vous en saurez plus après la fin du festival. Passons directement à la première journée « officielle » des Maudits Films !

18h00 – Chop, de Trent Haaga (2011)

AFF CHOPAh, Le Club ! Son hall jaune, son projectionniste chafouin et ses salles à peu près grandes comme mon salon. Pour la compétition officielle, c’est ici que ça se passe et c’est un François Cau tout juste sorti de prison (voir photo) qui chapeaute tout ça. Pas beaucoup de monde malheureusement pour le coup d’envoi des réjouissances. On a bien essayé de récupérer une partie du public venus pour le Festival Télérama mais rien n’y a fait. Son coriaces, les vieux Au menu, une production étasunienne qui fleure bon le politiquement incorrect, dont le manque de moyens était compensé par une sincérité à toute épreuve et des acteurs en grande forme. Normal, le réalisateur sort de l’écurie Trauma et en a profité pour débaucher l’inoubliable interprète de Tromeo et Juliette au passage. Et ils accouchent d’une véritable bête de concours pour festivals. L’histoire ? Lance est un ancien junky qui s’efforce d’oublier son passé sulfureux. Manque de bol, un type complètement taré s’acharne méticuleusement à lui pourrir la vie, en souvenir du « bon vieux temps »Alors oui, le film court parfois laborieusement après sa chute et avec son twist final inutile, on aura sans doutes du mal à le revoir une seconde fois. Côté casting, c’est assez inégal et ça cabotine grave, d’accord. Mais ce qui rend Chop attachant, c’est qu’il réussi régulièrement à relancer sa machine scénaristique avec une belle énergie là où d’autres films du même tonneau choisissent souvent la facilité. Soyons honnêtes, ça n’est pas le film de l’année – il n’en a d’ailleurs jamais la prétention, et c’est tant mieux –, mais on passe un excellent moment et finalement c’est tout ce qu’on lui demande.

François Cau

François Cau

 

19h45, coulisses de la salle Juliet Berto

« Non, non et non Sophie, il est hors de question que je fasse ça. J’ai ma fierté, merde !
Dis-donc, tu veux que j’appelle Karel pour voir ?!
Ben oui, pourquoi pas, parce que je veux bien coller des affiches au petit matin ou héberger des catcheurs mexicains en goguette, mais il y a des limites respecter !
Tu vas pas faire ta pleureuse pour une paire de bas résilles et un panier en osier, quand même ? Je t’ai dit qu’on était pris de court aujourd’hui !
C’est pas ma faute si la charmante ouvreuse vous a lâché ! Et pis avec la bande de filles qui bénévolisent au festival, vous avez pas trouvé plus sexy que moi ?
Eh mec, c’est soirée girly, alors les jolies bénévoles elles font relâche et elles profitent des films pendant que les mâles dans ton genre turbinent. À moins que t’ai bien caché ton jeu. T‘es pas une fille, des fois ?
Ben non !
Alors tu m’enfile cette perruque et tu files en salle. Je te rappelle que c’est avec les produits dérivés qu’on fait notre marge.
PffffHeureusement que mamie est partie pour la semaine. Mais Christophe a pas intérêt à prendre des photos ! Au fait, pas mal ta nouvelle coupe.
Merci, ça réveille mon côté lionne. Attends, y a ton rouge qui déborde. Allez, en piste ! »

 

SOIRÉE GIRLY À LA SALLE JULIET BERTO

20h00 – Belgian Psycho, de Katia Olivier

Belgian Psycho« Chère Katia (voir photo),

J’aime beaucoup ce que vous faites, et à l’image de la chef des Maudits Films vous dégagez une certaine forme d’autoritarisme qui est loin de me laisser indifférent. Sans parler de vos chaussures. Aheum. Pour en revenir à des considération plus cinématographiques, j‘aime aussi votre énergie, votre colère, votre actrice principale on ne se refait pas –, l‘agencement des séquences et la mise en abîme finale de Belgian Psycho. Non mais honnêtement, que celles et ceux qui n’ont jamais eu envie d’étrangler les cuistres qui vous pourrissent les génériques de fin avec leurs commentaires existentiello-cinéphiliques à la con me jettent la première pierre ! Par contre j’aime bien les frères Dardenne – en tout cas ceux de Rosettaet j’espère sincèrement que cela ne va pas nuire à notre relation. D’un autre côté, je comprends parfaitement qu‘en tant que réalisatrice belge ça vous gonfle de voir votre identité cinématographique nationale réduite à leurs films.
Vous
aimez taper là ou ça fait mal, et cette détermination compense largement quelques imperfections imputables à un budget étriqué et à un montage manquant parfois de précision. Maintenant, passons aux choses sérieuses si vous le voulez bien : sans vous commander, je voudrai à présent une vraie proposition de cinéma, si possible sous la forme d’un long-métrage, si possible avec de belles actrices comme mademoiselle Naila Ma que j‘aime bien – je ne sais plus si je vous l’avais dit. Voilà.
Je me tiens à votre entière disposition pour
Euh, je me tiens à votre entière disposition, donc.

Bien cordialement, le Vidéophage »

Katia

Katia Olivier

 

20h15 – Cryin’ de Amy Heckerling (1993)

Alors d’abord, je trouve proprement hallucinant qu’il existe des vidéo-clips sur support 35mm ! Cette parenthèse professionnelle close, Cryin’ est un morceau des vétérans d’Aerosmith, le groupe au chanteur qui ressemble à Mick Jagger et au guitariste qui ressemble à Slash (à l’intention des non-métallisants, c’est une blague puisqu’en vrai, c’est l’inverse : l’ex-guitariste des Guns a calqué son look sur Joe Perry (voir photo) qu’il vénère). Cette parenthèse parfaitement inutile close, disons pour être poli que musicalement, ça n’est pas la période la plus intéressante du groupe – qui racolait les midinettes à coups de slows dans ce genre. Que voulez-vous ma bonne dame, arrivé à un certain âge il faut penser à mettre des sous à gauche pour la retraite. Toutefois, le clip est assez hallucinant. Au niveau du casting déjà, entre les futur-ex-has-been Alicia « Batgirl m’a tuer » Silverstone et Stephen « Sofia Coppola m’a sauver » Dorff etet… Joss Holoway ! Comme j’suis trop fier de l’avoir repéré alors que je déteste Lost ! Aheum. En tout cas, le scénario est bien sympathique, on comprend sans peine qu’il ait tapée dans l’œil de Karel. À moins quelle ne l’ait choisi pour les lèvres hypertrophiées du papa de Liv, le piercing d’Alicia ou les riffs endiablés de la plus belle touffe de cheveux du Hard-FM eighties. Allez savoir…

Joe Perry

Joe Perry… ou Slash, allez savoir

 

20h30 – Perdita Durango, d’Alex de la Iglesia (1997)

Perdita afficheAy ay caramba ! Quelle belle découverte que ce long-métrage tournée entre le Mexique et les States par le réalisateur de Balada Triste ! La bomba Rosie Perez y incarne un de ces personnages féminin que j’adore : fière, indépendante, cruelle, sensible, et en guerre ouverte contre la société machiste qui domine le monde. L‘exact opposé de ce qu’Hollywood nous inflige à longueur de comédies romantiques sirupeuses. Pas étonnant de la voir s’accoquiner à Romeo, un bad boy sexy adepte de la Santeria caribéenne incarné par un Javier Bardem très convainquant malgré sa coupe de cheveux improbable – sa marque de fabrique ? Grain de sable dans le périple d’amour et de mort du couple infernal, l’agent Willie Dumas – James Gandolfini, le regretté Tony Soprano de la série éponyme – ne les lâche pas d’une semelle et ronge son frein en attendant son heure. Et nous voilà partis dans un road movie foutraque et passionnant où les moments de bravoure s’enchaînent avec maestria. Et en prime une belle critique de lamerican way of life, le destin des deux anti-héros s’emmêlant avec celui d’un jeune couple de gringos enlevés en début de film. Par une succession de coups de pot assez hallucinants – d’ailleurs, les enjeux narratifs du film sont continuellement bousculés par ce coquin de sort –, ils vont finir contre toute attente par changer leur vision du monde au contact rugueux du duo infernal. D’ados puceaux insipides et formatés, ils deviennent en fin de parcours des adultes sexués. C’est peut-être ça, la belle leçon de ce film construit volontairement le cul entre deux cultures, si vous mee pardonnez l’expression : on gagne toujours à se frotter aux autres. Respectant les codes du genre, l’aventure va se terminer tragiquement pour le ténébreux Romeo. Perdita, elle, quitte le film comme une cow-girl, dans le soleil couchant artificiel de Las Vegas. Magnifique !

 

23h00 – Les Furious Soundtracks mettent le feu à la bobine !

Mais qui se cache derrière les énigmatiques masques de catcheurs mexicains de Furious Soudtracks (voir photo) ? Moi je sais, moi je sais ! Et non, je ne cafterai pas. J’ai promis. Tout au long d’un set endiablé dont votre serviteur a malheureusement manqué une grande partie, Ben et Rico – Ah merde, j‘ai cafté du coup – ont enflammé le dancefloor de la bobine, lieu bien connu des grenoblois amateurs de gros son et de mecs bourrés. Mixant dans un amateurisme totalement assumé et absolument non-péjoratif musique groovy issue des meilleures B.O. d’exploitation et extraits de films empruntés au glorieux patrimoine horrifico-érotico-psychédélico-bisseux mondial, les deux canailles masquées en ont collé plein les mirettes et les esgourdes aux étudiant(e)s en goguette. Seuls accrocs de cet after furibard : j’ai réussi à rater les courbes inimitable de mon Edwige Fenech adorée sur l’écran de projection, et les mexicains normands ont un peu de mal avec le bourbon. Damned !

 

Richard (qui porte un masque de catcheur) et Benjamin (qui est torse-nu. Et deux amis.

Richard (qui porte un masque de catcheur) et Benjamin (qui est torse nu). Et deux amis.

Spéciale dédicace à : Christophe « The Beast » Berthelot, François « Danny Boon m’a tuer » Cau, Jenny la gardienne des clefs, Karel « Steven Tyler rocks ! » Quistrebert, aux pétillantes Claire et Sophie (Barba-papa et Mini-mars pour les intimes), et à toutes l’équipe des Maudits. A la petite bande du quatrième rang (Raymonde, Sylvie, Ludi, Gilles et sa moitié), à mes girls du dernier rang (Zabulette, Karinette et surtout Célinette qui m’a soutenu à La bobinette), aux courageux du premier rang, the place to be cette année, à Ben & Rico, mes catcheurs mexicains préférés, aux meilleurs projectionnistes du monde libre Sylvain « j’suis à la bourre » Crobut et Loïc « Die, Télérama, die! » Chemin. A demain pour de nouvelles aventures cinéphiles !

 

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Maudit Journal 2014 – Day Zero

Bandeau-journal
Jeudi 16 janvier 2014, 6h30 – Dans la cuisine, le Vidéophage fait les cent pas en grommelant. Sur la table, un cahier, un crayon et un mug de café froid depuis longtemps. Un bruit dans le couloir le fait sursauter et sa grand mère apparaît dans l’embrasure de la porte.

― « C’est toi qui fait tout ce raffut ? Qu’est-ce que tu fiches debout si tôt ?
‘Tain mamie, comme tu m’as trop fait peur !
Oui, ben que ça ne t’empêche pas de mettre un euro dans le bocal à gros-mots !
Pardon mamie… J’arrive plus à dormir, j’ai trop peur d’oublier quelque chose pour ce soir.
Mais c’est pas mardi prochain que ça commence le festival ?
Ben non, c’est ce soir en fait. Pré-ouverture qu’ils appellent ça. Ça se passe à Voreppe et C’est moi qui gère la soirée.
― C’est vrai ?
― Voui. J’ai postulé pour filer un coup de main cette année et Karel
(voir photo) m’a proposé un stage.
― Mais c’est génial, ça !
― T’emballe pas non plus, rien n’est joué. J’ai insisté pour
ne rien manquer de la rétrospective et du coup ça ne lui a pas trop plu. Elle m’a dit que pour ce genre de poste, il y avait de la concurrence et que je devais faire mes preuves.
― Ah mais d’accord ! C’est après ça que tu traficote depuis plusieurs mois. Les coups de fils à voix basse, le défilé des visiteurs mystérieux, les sorties impromptues en plein milieu de la nuit.
Mais pourquoi tant de discrétion ?
― Ben, à cause de Kévin, mon concurrent pour le poste. C’est un sournois de la pire espèce c
elui-là, et depuis que je l’ai surpris à farfouillé dans mes mails aux bureaux du CCC je suis obligé de faire hyper attention.
― Mon dieu, mais c’est qui ce Kévin ? Un de ces futurs maîtres du monde aux dents acérées élevé dans une école de commerce ?
― Euh, non. Karel m’a dit qu’il était en troisième à Stendhal…
(…)
Oui, ben tu sais pas comment ils sont les collégiens de nos jours…
Ah non, c’est sûr, présenté comme ça, je comprends mieux tes insomnies.
Pfff… c’est pas gentil de se moquer. Tu te rends pas compte, je vais devoir tout gérer du début jusqu’à la fin, l’accueil du public, la caisse, l’intervenant, la projection… Heureusement que tu seras là pour me soutenir !
(…) Pardon ? T’as pas dans l’idée de me faire déplacer jusqu’à l’autre bout de l’agglo ce soir ? A mon âge ?
Pfff, n’importe quoi ! Déjà, c’est pas si loin, et ton sois-disant grand âge, ça t’as jamais empêchée d’aller faire ton poker du jeudi à St Martin d’Hères…
Pute borgne, mais comment tu sais ça, toi ?
Tu sais bien que Paulette m’adore ! Et excuse-moi, mais le coup du club de tricot c’était moyen comme couverture. Tu seras pas dépaysée, tes copines de débauche viennent avec nous.
Ah d’accord, c’est une conspiration, quoi ! Si je n’ai pas le choix
Merci mamie, t’es la meilleure ! Mais que ça ne t’empêche pas de mettre un euro dans le bocal à gros-mots… »

Karel "Maîtresse" Quistrebert

Karel « Maîtresse » Quistrebert

 

Panic sur Florida Beach, de Joe Dante (1993)

PanicQuelle belle manière d’ouvrir cette 6ème édition des Maudits Films avec… un film maudit. Sorti en 1993 dans l’indifférence générale, cette petite merveille signée Joe Dante ne méritait pas un tel échec commercial. Même si depuis il a été réhabilité grâce, entre autre, à une superbe édition vidéo signée Carlotta, cela n’excuse pas le manque de curiosité des spectateurs de l’époque. Hommage vibrant aux films de monstres des années 50 qui bercèrent les jeunes années du réalisateur de Gremlins, témoignage de la fin d’une époque (1962) car, comme le précisait notre fringuant « analyste filmique » Laurent Huyart (voir photo), les Étasuniens allaient perdre leur innocence un an plus tard à Dallas, triple mise en abîme parfaitement maîtrisée (Nous regardons des spectateurs dans une salle de cinéma qui eux-même regardent un film qui luimême les regarde), Panic sur Florida Beach est un cocktail imparable d’intelligence, d’émotions et de références. Une œuvre autobiographique d’une grande humilité. John Goodman, croisement improbable entre Alfred Hitchcock et William Castle, emmène derrière lui un casting parfait, depuis les interprètes des adolescents jusqu’aux habitués du réalisateur : Robert Picardo, Dick Miller, John Sayles 1 et le regretté Kevin McCarthy bien sûr. Le long-métrage foisonne de détails, au point que chaque visionnement apporte son lot de découvertes. Par exemple, le film fictif que les spectateurs de Key West découvrent, Mant, respecte scrupuleusement les codes du film de monstre des années 50. Bourré d’humour, il n’est jamais parodique et les acteurs semblent tout droit échappés de cette époque. Au delà des clins-d’œil visuels comme les affiches de films et les revues que collectionne le jeune héros, Panic… rend hommage à toute la filière du 7ème Art, depuis les producteurs de série B jusqu’aux petites mains qui officient dans l’ombre des salles obscures. Le discours passionné que Lawrence Woolsey tient au personnel du cinéma donnera des frissons aux caissiers et projectionnistes d’aujourd’hui, seuls épargnés par la conjoncture économique désastreuse qui menace notre gagne-pain. Apportant un étrange écho aux mutations actuelles (téléchargement, baisse de fréquentation), Panic… nous rappelle que l’exploitation cinématographique connaissait au début des années 60 une crise sans précédent avec la concurrence de plus en plus agressive de la télévision. Voir le personnage interprété par John Goodman multiplier les procédés techniques plus improbables les uns que les autres (Atomo-vision, Rumble-rama) peut faire sourire, mais ce serait oublier que les formats panoramiques comme le Cinémascope ou les balbutiement de la 3D ont été mis en place à cette époque pour contrecarrer l’arrivée massive de la petite lucarne dans les foyers étasuniens.
Sans jamais être déprimant, le film ne cache rien des inquiétudes et des menaces qui pesaient su
r la société américaine, trop engoncée dans sa peur des rouges pour se rendre compte que les années fastes d’après guerre touchaient à leur fin. Le film se termine sur les deux jeunes protagonistes du film observant avec soulagement les hélicoptères de l’armée qui regagne leur base, la crise des missiles de Cuba ayant trouvée une solution politique. Mais Dante de rajouter un gros plan sur un de ces aéronefs, étonnamment granuleux par rapport au reste du métrage. L’inconscient collectif étant passé par là, on ne peut s’empêcher de penser aux images d’actualités de la guerre du Vietnam filmées en 16mm qui allaient déferlées sur le monde et lancer une vague de contestation populaire sans précédent.

1 John Sayles a rencontré Joe Dante au sein de l’écurie Corman, et les deux hommes sont rapidement devenus très proches. Réalisateur un peu sous-estimé chez nous, on lui doit entre autre le magnifique Lone Star que je vous recommande chaudement (A ce sujet, c‘est Chris Cooper qu’on cherchait mon cher Laurent ! Matthew McConaughey n’y jouait que son père dans les flash-back).

Laurent Hyart, notre anafilm lystique préféré

Laurent Huyart, notre « anafilm lystique » préféré

 

Voreppe, aux environs de minuit – Épuisé, le Vidéophage se contorsionne entre les sièges du deuxième rang pour ramasser les restes de Mikado et de fraises tagada qui traînent sur la moquette. Il faut toujours qu’il y ait des pénibles pour faire du grabuge : entre les crissements des emballages et les ricanements continu, il a été obligé d’intervenir plusieurs fois pour calmer les ardeurs des indélicats. Ah, ces jeunes ! Fort heureusement, rien de comparable avec les spectateurs américains du film qui jetaient du pop-corn à pleine poignée sur l’écran et sur le pauvre directeur de salle. Ayant enfin réussi à déloger un chewing-gum coincé sous un siège, son regard tombe sur une paire de bottes en cuir noir qui ne pouvaient appartenir qu’à une seule personne. Il déglutit en se redressant, et se retrouve devant la déléguée générale du Festival. Le verdict allait tomber, et même s’il n’avait rien à se reprocher, son estomac faisait des nœuds. Une bonne partie de l’équipe du CCC avait fait le déplacement, et son pote Christophe (voir photo) ne l’avait pas lâché d’une semelle, caméra en main, à enregistrer ses moindres gestes sur ordre de la chef des Maudits Films.


― « 
Bon, à part les zigotos du second rang, ça s’est bien passé. Je t’annonce officiellement que tu es embauché comme stagiaire pour cette 6ème édition du Festival des Maudits films de Grenoble.
Oh merci, merci, merci ! Quand je vais dire ça à mamie !
Oui, remercie-les bien, elle et ses copines. Si elles ne m’avaient pas proposé de participer à leur club de tricot
Alors on fait comment ? On se dit ‘tu’ et on s’appelle par nos prénoms ?
Et pis quoi encore ?!
Euh, pardon.
Pardon qui ?!
Pardon, maîtresse.
J’aime mieux ça.
Bon ben, on se retrouve à quelle heure mardi ?
Comment ça, ‘mardi’ ? Je veux te voir lundi à 8h aux bureaux du CCC !
(…)
Ta grand-mère m’a dit que tu as posé une semaine de vacances à partir de lundi, c’est ça ?
Euh, oui mais…
Pas de ‘mais’ ! Rendez-vous lundi matin. Et mets des vêtements chauds, ça serait dommage que tu attrapes la mort en collant des affiches. Tu te rappelles de Kévin, le collégien ? Ça sera ton binôme.
(…)
Quelque chose ne va pas ?
Non maîtresse, c’est juste que, enfin, je pensais que…
Ah ben voilà ! C‘est ça le problème. Faut arrêter de penser, et faire ce que je dis, tout simplement. Si t‘imaginais te la couler douce en regardant des films, tu tes mis le doigt dans l’œil jusqu’au coude, mon bon ami. Pas de glandouille aux Maudits, tout le monde est là pour bosser, surtout le stagiaire qui me sert d’escl…, euh, d’assistant personnel ».

Et Karel de le planter là, au milieu des rangées de fauteuils. Il lui fallu quelques minutes pour encaisser la nouvelle. Elle l’avait appelé son « assistant personnel »…
(A SUIVRE…)

Christophe "Animal" Berthelot

Christophe « Animal » Berthelot

 

Remerciement chaleureux : Laurent « Eddy Mitchell forever » Huyart, aux interventions toujours impeccables. Maîtresse Karel, Christophe et toute l’équipe du CCC venue en force. La bande de sales gosses qui gravitent autour de la meilleure librairie grenobloise de la terre : Fred, Sylvie, Del’, Pedro, François (Ça m’a trop fait plaisir de vous voir). Les spectateurs grenoblois qui ont fait le déplacement (et c’est pas grâce au Petit Bulletin, Grrrr…), les spectateurs voreppins que je n’avais pas du tout menacé de représailles sanglantes si je ne les voyais pas (coucou Johan) et, bien entendu, le génial Joe Dante qui est en train de tourner (enfin!) son nouveau film. D’ailleurs, jetez-vous sur l’excellente revue Torso qui lui a consacré son numéro 8. Et bons Maudits Films à toutes et à tous !

 

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