Maudit Journal – Day Three (2/2)

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(Soirée en partenariat avec la Cinémathèque de Grenoble)

20h00 – La submersion du Japon, de Shirô Moritani (1973)

submersionIl y a des jours où je suis content d’être dans la salle plutôt que derrière le projecteur. Sans verser dans l’analogie facile, disons que les éléments ne se sont pas uniquement déchaînés contre le Japon ces dernières années. Les caves de la Cinémathèque en ont pris un sacré coup, et notre pauvre Sylvain (voir photo) a encore fait des miracles pour rendre la copie regardable. En ce qui concerne le film de Moritani proprement dit, je ne sais pas si c’est de sortir de The FP ou la fatigue accumulée, mais je l’ai trouvé très long et très ennuyeux. Produit par la Toho juste après le succès du roman éponyme, on sent que la vénérable société a mis ce qu’il fallait de budget pour assurer le spectacle. Les séquences de cataclysme sont d’ailleurs très réussies – pour peu qu’on se rappelle la date du film – et on dira ce que l’on voudra, les maquettes de bonnes qualités sont sacrément plus évocatrices que des effets numériques moyens. Le reste du film n’est malheureusement pas au niveau. Entre les apartés de vulgarisation scientifique où j’avais un peu l’impression de me retrouver en cours de géomorphologie, une sous-intrigue amoureuse peu crédible et un enrobage mondialiste politiquement correct qui fera bien rigoler les féru(e)s d’histoire japonaise – les pays proposant d’héberger encore plus de japonais que ce que prévoit l’ONU sont… l’URSS, les États-Unis et la Corée du Sud, mais bien sûr ! –, on a un peu de mal à se laisser porter. Reste une ambiance désespérée et mélancolique, à des années-lumières de l’approche étasunienne du film catastrophe.

Sylvain Crobu

Sylvain Crobu, sauveteur

 

22h00 – King Kong vs Godzilla, de Ishiro Honda (1962)

KingKongVsGodzillaBienvenu dans le joyeux bordel des versions « remaniées » pour le marché étasunien ! Tout le monde est au courant de « l’affaire » Godzilla du même Honda, sorti en 1956 aux States dans une version trafiquée avec des inserts de Raymond Burr pour minimiser l’implication de l’Oncle Sam dans la création du monstre. Eh bien rebelote ici, où le film est régulièrement interrompu pour un point spécial « si vous avez raté les cours de science en primaire ou si vous vous êtes endormi pendant la bobine précédente ». Avec en prime une palanquée de stock-shots mal intégrés histoire de renforcer les aspects spectaculaires de l’ensemble. Résultat des courses : qui trop rajoute perd le spectateur en cours de route. Au bout d’un moment, on n’y comprend plus grand chose. Restent les affrontements épiques entre Godzilla et Kong, deux malheureux cascadeurs dans des costumes rapiécés limitant drastiquement leurs mouvements – en particulier ceux du kaiju de ces dames, qui ressemble à une grosse otarie dès qu’il agite les bras. On se marre bien, c’est sûr, mais est-ce que cela excuse tout ? Pas vraiment. Comme me le rappelait le professeur Cocquenet (voir photo) : « Putain, tu te rends compte ? Ils ont réussi à flinguer la série en moins de 8 ans ! ». Vous allez me dire que forcément, un gugusse dans un costume en latex, ça ne fait pas sérieux. Revoyez l’original – dans sa version japonaise, par pitié – et vous vous rendrez compte que malgré ses effets spéciaux vintage, le film reste grandiose et ne fait pas rigoler du tout. A l’image du King Kong de Schœdsack & Cooper, sorti en 1933 et qui reste inégalé à ce jour.


Le Professeur Cocquenet, spécialiste international du nudies

 

00h30 – Bureaux du CCC :
― « Allez Guigui, un p’tit dernier pour la route !
― Nan maîtrelle Caresse… Euh, maîtresse Karel (voir photo) je veux dire. J’ai déjà trop tiré sur la corde raide et y’a les catcheurs mexicains qui m’attendent à l’appart’ de mamie. Faut qu’j’y vais, sans quoi j’vais rater le dernier tram et chuis trop chiffon pour rentrer à pinces.
― P’tit joueur, va ! T’as peur de pas tenir le choc, c’est ça !
― Voui mademoiselle Sophie. C’est aussi ça. J’ai un peu peur de ce qui pourrait arriver cette nuit si je m’évanouis au milieu de vous toutes. Alors je filoche tant que j’peux, et bien le bonsoir la compagnie ! »

01h30 – Appartement de la grand-mère :
Sans trop savoir comment il a réussi à arriver jusqu’ici, le Vidéophage referme précautionneusement la porte d’entrée afin de ne pas réveiller ses hôtes. Peine perdue, puisque toutes les pièces sont grande ouvertes et allumées. Dans le salon, le professeur Benjamin est en train de regarder un film d’exploitation avec plein de jeunes filles qui batifolent toutes nues dans un champ.
― « Hi hi hi! Toi, tu r’gardes un film cochon !
― Mais alors là, pas du tout. Je fais des recherches en vue d’un futur article. C’est du boulot ça !
― Mouais l’autre ! Ça m’fait penser que dès que le festival est terminé, je reprends mes recherches sur Edwige. C’est pour… euh, le fanzine. Et les deux sauvages, y dorment ?
― Je pense. En tout cas ça fait un moment que je ne les entends plus. Madame Robert est venu tambouriner à la porte d’ailleurs. Faut dire, ils ont un peu abusé. Je sais pas ce qu’ils traficotaient dans leur piaule, mais y avait des cris d’animaux et un genre de chants rituels. Et mauvaise nouvelle, je crois qu’ils ont embarqué le bourbon.


Maîtrelle Caresse… Euh, Maîtresse Karel

 

Le Vidéophage prend congé d’un vague signe de tête et se dirige en titubant du côté de la chambre des catcheurs. Il trouve la pièce dans un drôle d’état : des signes cabalistiques dessinés à la peinture rouge sur les murs, la commode de sa grand-mère transformée en une sorte d’autel avec tenture, bougies, bâtonnets d’encens et colifichets en plaqué-or, et deux poules qui picorent stupidement le lino couvert de traces douteuses. Sans parler de l’odeur méphitique, mais notre ami était bien trop beurré pour y faire attention. Sur le lit, Rico et Benobo (ou l’inverse, allez savoir !) sont avachis, le corps recouvert de drôles de symboles dessinés au marqueur. L’un d’eux tient une coupe à demi remplie à la main, d’où s’échappe un peu de liquide brunâtre à chaque ronflements. A bout de force, le Vidéophage s’écroule à côté d’eux, provoquant grognements et borborygmes.
― « Ben les gars, j’sais pas à quoi que vous tournez, mais ça m’a l’air au poil ! »
Il retire délicatement la coupe des main de Benobo (ou de Rico), en renifle le contenu avant de hausser les épaules en beuglant : « cul sec ! ». Et il la vide d’un trait.
― « Ah la vache, c’est raide ! »

Quelques minutes plus tard, Benjamin apparaît dans l’encadrement de la porte :
― « Y z’ont laissé de la picole ?
― Ben si y reste que ça, j’te l’conseille pas ! J’sais pas à quoi ils tournent, mais c’est pas du bourbon…
― Euh… D’après ce que j’ai compris, c’est un genre de mixture magique. Et je crois crois pas que c’était pour boire, mais pour invoquer les démons de l’enfer, ou quelque chose comme ça.
― J’me disais aussi ! Et tu sais ce qu’ils y collent dans leur truc ? Parce que là, j’ai l’impression de me liquéfier de l’intérieur.
― Ben du sang de poulet, de la poussière de cadavre centenaire, du venin de scorpion, des amanites tue-mouche, des…
― Nan, mais c’est bon. J’ai compris. Faut que tu m’portes jusqu’à mon lit parce que je vais pas tarder de perdre connaissance. Et si tu pouvais passer vérifier ma respiration de temps en temps pendant la nuit, ça serait top. Dis, c’est moi où il fait hyper froid tout d’un coup… ? Qui a éteint la lumière ?! S’il vous plaît ?!! »

Les traditionnels remerciements : Le Mangeur Masqué, François Cau, Cécile, Morgane et Jonathan, Sylvie, Raymonde, Claire & Sophie, Karel « tu veux que j’te fasse un bisou ? » Quistrebert, Benjamin & Richard, ainsi que Four Roses et El bocadillo pour le soutien logistique !

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