Maudit Journal – Day Three (1/2)

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18h – The FP, de Brandon et Jason Trost (2011)

The FPC’est avec une légère appréhension que nous rallions Le Club pour ce troisième jour de compétition. Après l’enchaînement The Act of Killing / Outrage d’hier soir, il y a de quoi se méfier, non ? Et ce n’est pas ce pauvre François Cau (voir photo) qui nous rassure : il a l’air bien nerveux, à faire les cent pas dans le hall en se rongeant les ongles. Karel, tout sourire, nous accueille d’un tonitruant « Yo ! ». Pour avoir une pêche pareille, elle prend des substances illicites, c’est obligé. Dans les couloirs, je croise Loïc, vieil ami et confrère projectionniste, qui me lance hilare un énigmatique : « tu vas voir Guigui 1, on a installé un tapis de danse dans la 4, ça va être top ! ». Intrigué, je m’installe dans la salle avec mes catcheurs pile au moment où notre fringuant programmateur vient présenter le film du jour, The FP, avec son enthousiasme et sa célérité habituels. Il y serait question de canards, de premier degré, d’hommage aux films sportifs des d’années 80, d’une esthétique moche empruntée aux années 90, de « Yo ! », et il conclu par « si vous accrochez aux 10 premières minutes, vous allez grave vous faire plaisir ». Nous nous calons confortablement dans les fauteuils – histoire de faciliter la digestion du banquet ibérique de ce midi –, les lumières s’éteignent et… nous voilà propulsés dans le FP (pour Frazier Park) du titre. Une soi-disant zone rurale dévastée qui fait furieusement penser à une banlieue paisible de petite ville étasunienne. Une voix off nous explique que deux bandes rivales s’affrontent pour asseoir leur domination territoriale, les gentils 248 (prononcez : « two-four-eight ») du nord et les méchants 245. Et ce soir, BTRO va affronter L dubba E pour déterminer quel gang va régner sur le FP. Course sauvage de voitures ? Combat à mort dans une arène ? Non mec, dans le FP, on est de la vieille école et les conflits se règlent à coup deDance Dance Revolution. Non non, vous ne rêvez pas, il s’agit bien du mythique jeu sorti sur Playstation, celui avec le tapis à la con. Mes plus plates excuses aux inconditionnels de ce machin, mais pour moi, une console de salon est faite pour découvrir plein d’activités physiques, certes, mais le cul vissé dans son canapé. Si je veux danser, je le fais en vrai, quand je me fais traîner à un bal folk par ma meilleure amie. Mais je m’égare, alors pour en revenir à nos canards, ce soir-là BTRO meurs sur le tapis de jeu. Yo, ça s’ra à son frerot JTRO de reprendre la flambeau mec, parce que depuis cette putain de soirée, c’est grave la merde dans le FP. Non non, inutile d’appeler les secours, je ne suis pas en train de faire un AVC. C’était un échantillon de la novlangue fleurie inventée par les frère Trost pour ancrer leur film dans le genre « rétro-futuriste », c’est à dire un soi-disant futur proche designé avec l’esthétique moisie des années 80-90. Dès les premières minutes, une question se pose : « bordel, mais ils sont sérieux, là ? ». Parce-que bon, ça a beau être les États-Unis, ça coûte tout de même de l’argent pour faire un film ! Concrètement, il faut attendre le gunfight où un plan large révèle que les protagonistes sont seulement éloignés de quelques dizaines de centimètres pour être rassuré. C’est d’ailleurs ce sérieux dans le traitement du sujet, des personnages et le respect des codes du « Karate Kid like » (qui fit les beaux jours du box-office mondial sous Reagan) qui donnent sa saveur si particulière à The FP. On a droit à tous les gimmicks du genre, depuis la perte du frère à l’apprentissage avec un mentor, en passant par le retrait du monde via le bûcheronnage et le sidekick à grande bouche. Bref, une véritable machine à voyager dans le temps bourrée de clins d’œils appuyés au cinéma burné de cette époque bénie – Commando, Rambo, etc. Tout ça, et des canards. Un excellent divertissement pour petits et euh, non, plutôt pour les grands en fait, qui s’arrogea le prix du public et une mention spéciale du jury pour « le meilleur baiser final de l’histoire du cinéma ». Yo, dog !

 

François Cau

François Cau

 

Grave essoufflé, le Vidéophage arrive juste à temps pour la rétrospective à la salle Juliet Berto, pile au moment où Sylvain, le vaillant projectionniste des lieux, s’apprête à descendre dans les mystérieuses caves de la Cinémathèque.

― Ah Guillaume, ça va ? Dis-moi, t’as couru pour être sûr qu’on ne te pique pas ta place préférée ?
― Attends… que je… reprenne… mon souffle… Voilà, c’est mieux. Salut Sylvain. J’ai eu maille à partir avec une bande de punks à chiens sur le trajet. On revenait de la compét’, avec mes bro’ mexicains Rico et Benobo quand on a croisé des bitches dans la Gran’rue. Tu savais p’t’être pas, mais c’est grave la merde dans la Gran’rue.
― Euh, si tu le dis…
― Du coup, avec les bro’, on a décidé de les chambrer un coup et de les défier à Samba de Amigo.
― Euh, à quoi ?
― Ben moi j’étais plutôt Dreamcast que PS2 à l’époque. Et avec mes problèmes de dos, les jeux de danceSamba de Amigo, c’est un simulateur de maracas (voir photo).
― Oui oui oui. Eh, euh… Sinon au niveau de la picole, t’en es où ? Parce que là franchement, je comprends rien à ce que tu racontes !
― En tout cas, ils ont pas trop bien réagi les keupons en face. Ils ont commencé à nous chercher grave la merde. Pour la plus grande joie de mes catcheurs mexicains, qui doivent encore être en train de les calmer à coup de suplex et de manchettes dans la tronche !
― Et c’est à ce moment-là que t’es parti en courant, c’est ça… ?
― Ben, ils m’ont lâché leurs chiens au cul, les fumiers. Attention, hein ? Pas du chien-chien à sa mémère ! Des molosses comac avec des chicots grands comme ma main ! Heureusement, je les ai semé dans les rues piétonnes. C’est mon turf, mec. J’connais chaque raccourcis et chaque cour intérieure. Et toi, tu fais quoi avec ces cuissardes et cette gaffe ? Tu plaques tout pour devenir gardien de phare en Bretagne ?
― Des jours comme aujourd’hui, c’est pas l’envie qui m’en manque ! Nan, je vais chercher la copie pour se soir. C’est dans la zone inondée. J’espère juste que j’aurai pas besoin du zodiac. Au fait, les ‘molosses’ qui te coursaient, ça s’rait pas un Yorkshire à trois pattes et un caniche édenté ? Non, je dis ça parce qu’ils viennent de tourner au coin de la rue et qu’ils foncent droit sur nous. Moi j’y vais, du coup. Bonne chance vieux !
― Ah putain ! Ils m’ont retrouvé ces monstres de l’enfer ! »

Samba de Amigo

Le kit de jeu Samba de Amigo

 

Le Vidéophage se précipite dans le hall de la salle Juliet Berto et butte littéralement sur la jolie Morgane, l’ouvreuse attitrée du Festival cette année, et Jonathan son superviseur (voir photo).

― Ah ben, tu tombes bien toi ! T’as vu dans quel état t’as mis mon porte-jarretelles l’autre soir ? C’est du matos perso ça, et on a pas tout à fait la même masse corporelle pour rester polie !
― Désolé mademoiselle Morgane, je vous rembourserai, mais là je suis poursuivi et… »

Les deux anomalies canines avaient réduit l’écart et, s’ils avaient été encore capable de sauter, c’en était fait de notre vaillant héro. C’est marche après marche, les babines retroussées et l’œil haineux, qu’ils se rapprochaient inexorablement de leur proie. Résigné, les muscles tétanisés par la peur, il attendait en tremblant son funeste destin lorsque retentit soudain un « YO ! » qui scotcha littéralement les deux chiens sur place. Ils s’assirent servilement sur la dernière marche, à moins d’un mètre de la fesse gauche du Vidéophage. Karel (voir photo) venait d’apparaître dans l’encadrement de la porte.

Karel « maîtresse » Quistrebert

Karel « maîtresse » Quistrebert


 
― « Guillaume ! Tu m’expliques ?
― Euh, c’est compliqué madame Karel.
― C’est compliqué ? Programmer le Festival des Maudits Films, c’est compliqué. Ça, c’est juste n’importe quoi. Donne moi le sandwich aux rillettes que tu caches dans ta veste.
― Euh… De quoi ?
― Pas la peine de jouer la comédie, je sais que tu rentres de la bouffe en douce pour te caler une dent pendant les séances. DONNE ! »

Le Vidéophage sorti l’objet du délit de sa poche et le tendi à Karel. Lorsqu’elle leur jeta au loin, les chiens se précipitèrent dessus et l’engloutirent en quelques secondes. Avant de repartir dans la rue en trottinant.

― Guillaume !
― … Oui maîtresse ?
― Dans la salle !
― Bien maîtresse…
― Yo, Jonathan !
― Oui boss ?
― Après-demain, vous échangez avec Morgane.
― Mais…
― Pas de ‘mais’ ! Tu feras l’ouvreuse et elle supervisera. Et si t’es pas content, je te jette en pâture à mon gang de filles, bitch !

(TO BE CONTINUED)

Morgane et son superviseur

Morgane et son superviseur

 

1 Il est un des derniers à avoir le droit de m’appeler comme ça, parce que nous nous sommes connus dans une autre vie. Conseil d’ami, n’essayez pas !

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One Response to Maudit Journal – Day Three (1/2)

  1. Le dialogue avec Sylvain, le projectionniste, me fait peur… c’est exactement lui !!! J’ai l’impression de l’entendre en lisant !

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