Maudit Journal – Day Five (2/2)

Bandeau-journal

Locaux du C.C.C., 18h35

« Karel, excuse-moi de te déranger, mais
Mais quoi, Christophe (voir photo) ? Y a un soucis avec les crocos ?
Non, non. Ça roule de ce côté-là, on a tout préparé avec Claire, ils sont emballés et prêts à être jetés sur le public pendant le film.
N’empêche, je me demande si on n’est pas en train de faire une grosse connerie avec ça. Déjà qu’avec les barba-papas d’hier, c’était limite. On ne devrait pas contourner le règlement de la salle comme ça
Écoute, tu sais très bien qu’on ne pouvait pas faire autrement. Et pour satisfaire le public, il faut parfois se salir les mains. Ça fait partie du job.
T’as raison Christophe. Comme toujours. Ah, si je ne vous avais pas, François et toi, je me demande comment on s’en sortirai !
Euh C’est à ce sujet que je voulais te parler. Il n’y a pas 36 manière de te l’annoncer, On ne peut plus compter sur François. Il est passé à l’ennemi.
Il EST QUOI ?!
Tu sais très bien qu’avant de rejoindre l’équipe, il bossait pour L’Alpe d’Huez. Il n’en est pas fier, mais ils étaient là pour lui au bon moment et
Je sais tout ça ! C’est leur technique pour recruter de nouveaux agents. Repérer les faiblesses de leurs proies et se faire passer pour des gentils.
Oui, ben il leur devait une faveur, ils l’ont appelé cette nuit, et quoi qu’il en soit il nous a planté.
On peut dire qu’il a choisi son moment, celui-là. Et du coup, comment ça se passe au Club ?
Ben, c’est le problème. Il n’y a plus personne pour ramener le Jury à la salle Juliet Berto.
Comment ça plus personne ? Et Claire ?
Elle a assuré la présentation du film, mais elle était attendue ici dans la foulée. Elle n’est plus sur site.
Sophie ? Ah merde, elle est toujours en soins intensifs ?
Ouais. Je m‘en veux à mort sur ce coup-là. C’est moi qui lui ai demandé de m‘aider à préparer les sachets d’hari-crocos, je me suis absenté quoi, deux minutes ? Quand je suis revenu, c’était un vrai carnage.
Je ne te félicite pas sur ce coup-là. Laisser une junkie accro au sucre seule avec un carton de confiseries.
Oui, ben je suis crevé, moi ! Avec le dernier enregistrement de Debout les Maudits cette nuit, j’ai pas eu mes trois heures de sommeil !
Excuse-moi, Christophe. Je suis à bout, moi aussi. On peut pas envoyer quelqu’un sur place ?
C’est trop tard, Karel. On n’a plus le temps.
Alors c’est foutu, c’est ça ?
Ben Il y a peut-être une solution, mais je te préviens, ça ne va pas te plaire.
Au point où on en est, dis-toujours !
Ben le Vidéophage doit être à la séance, mais
Mais quoi ?
Il a un sens de l’orientation déplorable. Une fois, il a réussi à se perdre dans son propre cinéma.
Pfff, de toute façon, on risque quoi ? Au pire ils arrivent à la bourre !
Au pire, ils arrivent pas du tout, ouais ! Avec lui à la manœuvre, on risque de les retrouver dans deux jours à l’autre bout du département !
— C’est un risque à prendre. De toute façon, c’est pas comme si on avait le choix. Appelle-le

 

Christophe 'Animal' Berthelot

Christophe ‘Animal’ Berthelot

 

Hall de la salle Juliet Berto, 19h58

« Alors Jenny, on en est où ?
Ben c’est complet pour les deux séances, Karel (voir photo). On a battu des records, cette année. T’as des nouvelle du Jury ?
()
Ah ben bravo Jenny. C’est pas comme si on avait dit qu’on en parlait pas devant elle ! Elle est partie du coup.
Pardon Christophe, je suis à cran. Toi, t‘as des nouvelles ?
Silence radio depuis cinq minutes. Ils redescendaient de la Bastille par les bulles. Ça doit faire des interférences.
Et ils avaient retrouvé Gilles ?
Ouais, il s’était jeté dans l’Isère pour éviter les chiens d’attaque. Il en sera quitte pour quelques points de suture et un rappel antitétanique. Quand j’y repense, heureusement que Tadzul savait jongler, sinon ils ne sortaient pas vivants du Jardin des Plantes. Saleté de hippies !
On dira ce qu’on voudra, mais moi, je l’admire le Vidéophage
T’emballe pas poulette, s’il s’était pas trompé de sortie sur la Rocade, rien de tout cela serait arrivé. Quelle heure ?
20h00. Merde, va falloir y aller. C‘est foutu alors ?
Foutu, non. Karel va annoncer le palmarès à leur place. Mais n’empêche, ça la fout mal de paumer un jury juste avant la dernière séance.
Dis-donc Christophe, c’est pas ton portable qui vibre,  ?
Allô ? () Non de Zeus, j’y crois pas ! () Putain, il l’a fait ce con ! Attends, ne quitte pas… Jenny, tu vas pas me croire ! Ils viennent d’arriver ! Et tous les quatre, en plus ! Il semblerait que Katia ait perdu son jean et la moitié de ses cheveux dans l’aventure, mais ils vont pouvoir annoncer les résultats !
Je te l’avais dit ! Ce type, c’est un héros de première bourre !
Un héros ? Une andouille, ouais ! Je te rappelle que s’il n’avait pas demandé sa route à des maffieux syldaves en goguette à la sortie du Club, rien de tout ça ne serait arrivé !
T’es dur, là. Il pouvait pas savoir que « Juliet Berto », ça veut dire « petit zizi » en syldave

 

Maîtresse Karel

Maîtresse Karel

 

20h : Double programmation Grindhouse, en partenariat avec la Cinémathèque de Toulouse.

Ce qu’il y a de bien avec les Maudits films, c’est qu’il vous permettent de parfaire votre cinéphilie tout en vous amusant. La preuve avec la traditionnelle soirée Grindhouse co-organisée cette année par les programmateurs du Festival Extrême Cinéma de Toulouse, Frank Lubet et l’incontournable Frédéric « Prof »Thibaut (voir photo). Et ils n’étaient pas venus les mains vide, les sacripants ! Dans leurs bagages, deux pépites joyeusement régressives en 35 mm. Deux approches diamétralement opposées du cinéma bis tel qu’il est pratiqué outre-Atlantique.

Prof Thibaut donnant la leçon

Le Prof Thibaut à l’ouvrage

 

L’incroyable alligator, de Lewis Teague (1980)

alligatorÀ ma gauche, tout droit sorti de l’écurie Roger Corman – pour le plus grand bonheur du professeur Cocquenet –, dans la catégorie agression animale, un croco-film pur jus qui pille sans vergogne les recettes de tonton Spielberg, le seul, l’unique, l’Incroyable Alligator ! Une réalisation de Lewis Teague (Cujo, Navy Seals, Le diamant du Nil, rien que du bon) mettant en scène le sympathique Robert Forster (Vigilante de Bill Lustig, yeah !), la mimi Robin Riker et cette vieille baderne d’Henry Silva, de retour au pays après un séjour lucratif en Europe pour la plus grande joie des amateurs de polars musclés à l’italienne. Ah, l’école Corman ! Je ne vous ferais pas l’affront d’énumérer les cadors qui ont appris les ficelles du métier dans le giron de ce grand monsieur, spécialisé dans la copie cheap des gros succès du box-office (mais de manière moins malhonnête et plus jouissive que ces jean-foutres de The Asylum). Sur un scénario de John Sayles – qui réalisera 16 ans plus tard, et dans un registre totalement différent, le sublime Lone Star –, le film s’efforce d’appliquer la règle absolue du genre popularisé par Les dents de la mer : retarder au maximum l’apparition de l’animal, en jouant sur les détails et la suggestion. Bon, Teague va plus loin en pompant intégralement certaines séquences sur son modèle, et en illustrant les attaques de sa créature avec une musique, euh, comment dire frisant le procès pour plagiat. Le problème du film, c’est qu’à un moment, il faut montrer son jeu. Et sans budget, ça pique un peu les yeux. Entre la doublure vivante beaucoup plus petite qui se déplace dans des maquettes approximatives et celle en carton patte incapable de faire autre chose que d’ouvrir et fermer sa gueule démesurée, il y a de quoi faire sourire le spectateur le plus indulgent. N’empêche, il y a plein de bonnes choses à se mettre sous la dent, si vous me passez l’expression. Le duo d’acteurs fonctionnebien, en particulier au niveau de l’humour (voulu, hein?) et de la complicité. Et si la caractérisation de leurs personnages reste minimaliste, elle est efficace. En bon gauchiste, Sayles s’amuse à charger le capitalisme sauvage : à l’occasion d’une séquence particulièrement jouissive, pendant que les forces de l’ordre traquent l’alligator, des petits malins profitent de l’aubaine pour vendre des souvenirs, peluches, porte-clefs et même bébés crocos vivants aux badauds venus se rincer l’œil. Quant aux méchants de l’histoire (un vilain labo de recherche médicale qui expérimente illégalement leurs hormones de croissances sur de pauvres chiens errants avant de balancer leurs cadavres dans les égouts), ils payeront l’addition au cours d’une séquence d’anthologie bien que totalement what the fuck. Si ça fonctionne vaguement sur le papier, c’est beaucoup plus délicat à retranscrire à l’écran. Tant que la grosse bébête restait dans les égouts, les artifices de réalisation fonctionnaient plutôt bien. Par contre, au grand jour, on n’y croit plus du tout à ce croco géant qui boulotte coup sur coup une serveuse, un marié et un maire ripou avant de décaniller le grand patron du labo en écrasant sa limousine à grands coups de queue. En faisant fi de ces maladresses, le film se regarde avec beaucoup de plaisir et je préférerai toujours les alligators en carton-patte aux requins en images de synthèse qui les ont malheureusement remplacés aujourd’hui.

 

Toxic, de Michael Herz & Lloyd Kaufman (1984)

ToxicDans le coin droit, affichant quatre ans de plus au compteur, la production la plus emblématique de Troma Entertainment, la firme de l’inénarrable Lloyd Kaufman, dans la catégorie, euh, aberration radioactive (?) et mettant en scène une tripotée d’inconnu(e)s sur un scénario, euh, différent (?!). Faites du bruit pour le chouchou de ses dames, celui qui brille dans la nuit froide et cruelle de Troma-ville, le bien nommé Toxic Avenger ! Pour bien comprendre les approches différentes de ces deux productions, imaginez que le petit monde du cinéma bis soit une salle de classe où l’on étudierait les gros succès du box office. On retrouverait sans doute Roger Corman et les siens au premier rang, prenant quantité de notes afin de mieux ressortir tout ça au moment de l’interro. Loyd Kaufman et ses potes, eux, seraient au fond de la classe, près du radiateur, à taper le carton en buvant des bières, bien conscient qu’ils vont devoir grave broder au moment de l’examen. C’est ce qui donne leur saveur si particulières aux productions Troma, ce côté joyeusement punk, souvent foutage de gueule et totalement irrévérencieux, mais au final d’une incontestable originalité. Filmé avec les pieds, interprété par des acteurs en roue libre – cf la séquence du fast-food –, mais d’une générosité indiscutable, Toxic Avenger aborde lui-aussi les problèmes de son temps. Une jeunesse dépravée qui perd son temps entre une salle de sport douteuse, les blagues potaches et les hit and run nocturnes, des notables corrompus jusqu’à la moelle qui n’hésitent pas à faire de leur cité la poubelle de New-York contre des pots de vin, Troma-ville semble irrémédiablement gangrenée par le mal. Heureusement, un héro d’un nouveau genre, brûlé aux produits chimiques et arborant un magnifique tutu rose va faire son apparition et redonner un semblant d’espoir aux honnêtes citoyens. Kaufman n’oublie pas de mettre un peu de romantisme dans tout ça, puisque ce cher Melvin/Toxic va tomber amoureux d’une authentique bombe sexuelle made in 80’s qui, heureusement pour eux, est aveugle. On oscille constamment entre la farce grossière franchement lourdingue et des éclats burlesques plus fin qu’il n’y parait comme, par exemple, lorsque Melvin raccompagne Sara chez elle. Bon, après, l’exercice a ses limites et comme le grand huit, on est content quand ça s’arrête. N’empêche, j’ai pris beaucoup de plaisir à le revoir ce grand n’importe quoi assumé en salle avec un public particulièrement réceptif.

THAT’S ALL, FOLKS !

Remerciements : Christophe, François, Claire, Sophie et Jenny, toute l’équipe du CCC, Sylvain, Loïc, Benjamin, Richard, le jury (Katia O, Gilles E et Tadzul L) pour l’ensemble de son œuvre et surtout, surtout, la mention spéciale, Sylvie, Pedro, Raymonde, Gilles et Olga, Haribo, Four Roses, toutes celles et ceux qui soutiennent le Festival d’une manière ou d’une autre et, last but not least, la seule, l’unique, l’incomparable Maîtresse Karel, grande ordonnatrice de ma semaine de vacances préférée. A l’année prochaine !

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