Maudit Journal 2019 – Day Zero


Samedi 12 janvier 2019, dans un bar incontournable de la nuit grenobloise.

— « Karine ?
— Ah, Sarah ! C’est pas dommage !
— Désolé, j’étais en train de bosser mes cours à l’autre bout de la ville. J’ai pas tout compris à ton message… Guillaume est bourré ?
— Mouais, c’est un peu plus compliqué que ça. Il est au fond, à côté des chiottes.
— Mais, euh, pourquoi t’as pas appelé sa grand-mère ?
— Elle est tricarde pour au moins les cinq prochaines années.
— ???
— L’autre dimanche, elle s’est colletée avec madame Robert sur la place, en faisant son marché. Ça a dégénéré et on a été obligé de la bannir.
— Mais vous êtes pas fermés, le dimanche ?
— Ben si. Mais ça les a pas empêchées d’exploser la vitrine en se crêpant le chignon.
— Ah ouais, quand-même…
— Bon, en ce qui concerne l’autre cas social, c’est toi le chat ma belle.
— Mais… c’est quoi le saladier vide à côté de lui ? Du punch ?! Karine, tu ne vas pas me dire qu’il s’est enfilé tout ça ?
— Si. C’est même son deuxième. Arrête de me regarder comme ça, Sarah. Tu penses bien que j’ai ajusté les proportions quand il m’en a commandé cinq litres pour, je cite, ‘noyer son chagrin’.
— T’es sûre que t’as pas eu la main un peu lourde, quand-même ? Il a l’air d’avoir sacrément ramassé…
— 0 % de rhum, et 100 % jus de fruit.
— […]
— C’est dingue, hein ? Le pouvoir de l’esprit sur le corps… Ah, Benjamin vient de me répondre par texto. Il arrive.
— Mais t’as carrément déclenché le plan orsec !
— Disons que vu l’état du client, j’ai prévu large. Sylvie arrive dès qu’elle a fermé le magasin, et Jenny m’a dit qu’elle était dispo, au cas-où. Mais je te préviens, si vous n’arrivez pas à le décrocher du comptoir, j’appelle les flics. C’est pas qu’il soit méchant, mais j’ai un établissement à faire tourner et il fait peur aux clients. »
Karine, barmaid de choc

— « Guillaume ? Ça va ?
— Ah, tiens ! V’la la plus belle ! Tu tombes bien, toi. J’en ai ras la casquette de picoler tout seul. Viens donc prendre un godet avec moi. Karine !!! C’est marrée basse, ici. Refais-nous donc le plein de carbure, qu’on enterre dignement le décédé !
— […] Qui qu’est mort ?
— Pfff… Comme si tu savais pas ! T’as pas vu la date qu’on est ? Normalement, à ce jour-là, on faisait le vernissage de feu le Mestival des Vaumits Films.
— Mais qu’est-ce que tu racontes ?
— Rien. Chuis triste, c’est tout. Et tout le monde s’en fiche, que le festimal, ça soit fini. Ben y m’manque, figure-toi. Alors, en son honneur, et avant de passer la troisième semaine de janvier à pleurer sous ma couette, j’ai décidé de sécher un p’tit punch à sa mémoire, au mestifal des faumits films. Tends ta coupette, mademoiselle No, ce soir, on se retourne la tête ! Et tant pis si y’a que nous qui rendons hommage aux grands disparus de la vie culturelle grenobloise ! À bon entendeur, je m’comprends !
— Je… Les mots me manquent. Il a lieu le festival, cette année.
— Ben non, puisque Karel, elle a dit qu’elle arrêtait après la 10e…
— Mais, y’a une nouvelle équipe qui reprends. Tu le sais, ça.
— Pfff, n’importe quoi, elle. Une nouvelle équipe ! Et si je te laisse continuer, tu vas bientôt m’dire que ça repart comme en 14 pour une 11e édition, c’est ça ?
— Ben oui, espèce d’andouille ! On en a déjà parlé, en plus. Même que je reprends les courts-métrages. Même que Benjamin va présenter des films !
— […] Je… Quoi ?
— Et puis ce soir, c’est le vernissage de l’expo. Ici. À l’Ouest. À 20h.
— Ouais, sauf qu’il y a personne. Comme par hasard !
— Putain, il est 17h45, là.
— N’importe quoi ! […] Ah putain, mais oui !
— Et tu vas me dire que t’as pas remarqué, sur les murs, les affichettes de films, les dessins, les affiches du festival, tout ça ? Et pis le livret, là, c’est le programme !
— Mais… mais… Ça veut dire qu’on repart pour un tour ? Comme avant ?
— Mais oui, banane !
— Dans mes bras, ma Sarah !
— Euh, tu te calmes direct, là !
— Pardon, mademoiselle No. Je me suis laissé emporté. La joie, l’alcool, tout ça.
— Mouais. En parlant d’alcool, t’en es où ?
— Ben, je crois que j’ai dessoûlé d’un coup. C’est dingue, hein, le pouvoir de l’esprit sur le corps. Par contre, j’ai super mal à la tête.
— Tiens, bois, ça ira mieux après.
— C’est quoi ?
— De l’aspirine. Hop, cul sec !
— C’est marrant, ça a le goût de l’eau.
— C’est de l’aspirine. D’ailleurs, tu reprends déjà des couleurs.
— Ah ouais, grave. Et j’ai plus mal à la tête. Du coup, on se commanderait pas un truc à boire, pour fêter ça ?
— […] »

Mademoiselle No

Merci à Sarah « Mademoiselle No, on a besoin de nous ! » Onave, Benjamin « El Profesor » Cocquenet, Jenny « Attrape-moi en photo si tu peux » Pelloux, Sylvie, Karine et son magic’ punch qui déboite sa grand-mère (mais plus la mienne vu qu’elle est tricarde), Bat, Antoine et Flo (je t’envoie la note du teinturier dans la semaine), Stéphane, Miros, Les nouveaux tauliers Clara et Martin, les anciens tauliers Karel et Yann et, last but not least, the best festival of ze world, le seul, l’unique, le Festival des Maudits Films. Be seeing you salle Juliet Berto du 22 au 26 janvier, ouais !
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