Maudit Journal 2013 – Day trois


– « ‘Tain mamie, t’as pas vu mes sandales ?
– Les affreux trucs en plastiques que tu mets pour aller à la piscine… ?
– Mais non, mes sandales en cuir !
– … Elle sont rangées en haut du placard, avec les affaires d’été. A ce propos, t’as pas l’impression qu’on est un peu en plein mois de janvier, là… ?
– Mais c’est pour la soirée péplum ! Je suis sûr que si je viens déguisé, ils ne me feront pas payer ma place.
– Tu veux dire qu’ils ne te feront pas payer la place que tu ne payeras pas de toute façon parce que tu as acheté le pass au début du Festival… ?
– … Ah zut, j’avais pas pensé à ça…
– Bougre d’âne, va ! Tiens, elles sont là tes sandales. Du coup tu n’en as plus besoin.
– Non, mais euh… passe-les moi quand même, on sait jamais. Et tu saurais où j’ai pu ranger ma jupette de lattes, aussi… ?

 

18h00 – Ahhhh, cruelle nature ! Je ne sais si c’est toi que je dois blâmer, ou bien une puissance surnaturelle et omnipotente, mais un jour ou l’autre il va falloir que quelqu’un m’explique pourquoi je suis… comme je suis. Et je ne parle pas de mon vieux dos, de ma calvitie avancée ou de ma mauvaise vue. Non, je parle de cette faiblesse de caractère qui me pousse irrémédiablement dans les bras rigolards du capitalisme. Ça fait deux jours que ça me taraude, que j’hésite douloureusement en pesant le pour (il me le faut !!!!) et le contre (j’ai pas les sous !!!!).Trois nuit que j’anesthésie ma culpabilité à coup de valium. Mais aujourd’hui, jeudi 25 janvier 2013, je n’en peux plus. Je suis passé au distributeur et me voilà rue des Bons Enfants, devant la permanence du Festival, à me dandiner d’un pied sur l’autre dans la froidure du jour qui meurt. A travers la vitrine, j’ose à peine regarder la charmante bénévole (voir photo) qui semble s’ennuyer ferme derrière le comptoir en feuilletant distraitement Les Chroniques d’un Vidéophage.

 


Morgane, courageuse bénévole

 

18h30 – Frigorifié, je me décide enfin à franchir la porte. J’essaye de dire « bonjour », mais au lieu de ça c’est une espèce de gargouillis informe qui sort du fond de ma gorge. Devant le visage perplexe de la jeune-fille, j’avale une grande goulée d’air et je me lance :

– « Bonjour mademoiselle Morgane, je m’excuse de vous déranger mais je souhaiterai faire l’acquisition d’un tee-shirt ‘Snake Plissken’ mais July n’avait plus de ‘L’ à la salle alors Christophe m’a dit de passer vous voir parce qu’il devait sûrement vous en rester à vous, des ‘L’. S’il vous plaît. Mademoiselle Morgane.
– Euh, oui…alors je regarde… En quelle taille ?
–  En ‘L’ ou en ‘XL’. Ça dépend s’ils taillent grand. S’il vous plaît.
– Alors alors… Ben non, je crois pas qu’il m’en reste dans ces tailles-là. Par contre, j’en ai encore de ‘Scorpion’.
–  Ah… Euh… des ‘Scorpion’, vous dîtes…?
– Ils sont jolis, non ?
– Faites voir un peu… ? Pfff, c’est vrai qu’ils sont pas mal… Ben je vais prendre celui-là du coup.
– En quelle taille ?
– Ben… Pfff… mettez un de chaque, pour être sûr.
– Très bien. Ça fera (BiiiiiP!) euros… Ah, il me reste aussi des ‘Snake Plissken’ ! Ils étaient cachés sous le comptoir !
– Ah… Ça m’arrange pas trop du coup, au niveau de mon compte en banque. Juste pour savoir, en quelle taille… ?
– Je regarde… en ‘L’ et en ‘XL’. Je vous en mets un de chaque ?
– … »

Au final, je suis sorti de la permanence avec six tee-shirts, 5 badges, trois affiches et 2 figurines. Et  à  peine quelques minutes pour rallier la soirée Péplum à la salle Juliet Berto, en partenariat avec la Cinémathèque de Grenoble. Salaud de capitalisme, un jour je me débarrasserai de ton influence machiavélique !

 

20h00 – Hercule à la conquête de l’Atlantide, de Vittorio Cottafavi (1961)

Je pense que l’on peut grossièrement diviser le péplum italien en deux branches. Un courant historique assez proche de ce que les américains venaient produire à Rome à la même époque, et un autre plutôt mythologique, avec ses héros musclés, ses effets spéciaux bricolés, ses couleurs baroques et pas mal d’autodérision. Cet Hercule, incarné par le sympathique Reg Park, appartient clairement à la seconde catégorie. La première séquence du film illustre parfaitement ce que les italien apportèrent au genre : dans une auberge remplie de jeunes hommes costauds et rigolards, on suit une charmante jeune-fille qui virevolte de table en table pour abreuver la clientèle. Le désir est palpable, et bientôt la serveuse se met à danser tout en continuant son service. Comme les regards masculins, la caméra ne la quitte pas des yeux. La température ambiante augmente encore un peu, et sans que l’on puisse dire exactement à quel moment, toute cette tension sexuelle accumulée s’extériorise sous la forme d’un coup de poing, et presque naturellement la danse de la fille fait place à une bagarre chorégraphiée. L’un des protagoniste harangue un personnage que la caméra n’avait pas encore accroché jusque-là. Ce n’est pas à cause de sa barbe (qui renvoie immédiatement à celle de Steve Reeves), de son charisme évident ou de sa carrure massive que l’on reconnaît le héros du film, c’est à son attitude : tout le monde se met allègrement sur la tronche dans une débauche de mouvements et d’énergie alors que lui finit tranquillement son repas, presque au ralenti. En moins de dix minutes, nous avons eu droit au culte du corps, qu’ils soit érotique (la danse de la fille) ou sportif (les hommes se battent comme des gymnastes), à la violence, et à la caractérisation du héros par sa différence et son détachement des affaires du commun des mortels. Pendant toute la première partie du film, c’est comme si Hercule ne se sentait pas vraiment concerné par le scénario. Il passe son temps à… dormir, manger et picoler. C’est quand le surnaturel fait son apparition qu’il entrera enfin en mouvement, mais sans jamais que l’on doute de sa réussite. Hercule est le fils de Zeus, il ne peut donc pas échouer. Bon, d’accord, l’histoire tournant autour de l’Atlantide on se doute un peu que les méchants vont finir sous un cataclysme, mais tout de même ! Un film très attachant donc, que l’on peut classer sans hésitation dans les meilleurs du genre.

 

22h00 – Les légions de Cléopâtre, de Vittorio Cottafavi (1959)

Allez, j’avoue tout et on n’en parle plus. J’ai du mal avec les péplums qui se prennent au sérieux. Ils renferment un tas de choses que j’apprécie, mais ils traînent un je-ne-sais-quoi d’un peu prétentieux qui m’a toujours fait tiquer. Autant je raffole des histoires de pirates ou de cape et d’épée « à l’italienne », autant les péripéties des grands noms de l’antiquité me laissent froid. Et plus le film se prend au sérieux, plus je sens monter l’ennui. C’est exactement ce que j’ai ressenti avec ces Légions de Cléopâtre. Comme si je me retrouvais devant une version allégée du célèbre film de Mankiewicz avec Liz Taylor, mais avec un budget trop léger en regard des ambitions affichées. La grande bataille finale fait peine à voir, avec une dizaine de fantassins mal dirigés et des cavaliers romains qui chargent comme des indiens de western. Il y a tout de même des choses à sauver, en particulier un jeu de dupes assez original entre une Cléopâtre qui se fait passer pour une danseuse exotique afin d’échapper de temps à autres au poids de son rang, et un général romain en mission secrète, qui lui se fait passer pour un gladiateur grec sans le sous. Ils vont vivre une étrange histoire d’amour aussi sincère qu’illusoire, car vécue par les personnalités qu’ils se sont inventés. Une belle idée qui, malheureusement, ne pèsera pas bien lourd face à la seconde moitié du film, sans la moindre originalité à se mettre sous la dent. Il aurait peut-être été judicieux d’inverser l’ordre de diffusion, et de garder ce cabotin d’Hercule pour la deuxième partie de soirée.

 

Le saviez-vous ?
Cher lecteur, les films de ce soir avaient trois points communs : Leur réalisateur, Vittorio Cottafavi, l’acteur de petite taille Salvatore Furnari, particulièrement attachant même si son personnage des Légions était muet, et un net penchant des protagonistes à sombrer dans les bras de Morphée. Sauf que d’un film à l’autre, nos dormeurs invétérés ont traversé l’écran ! Mention spéciale au professeur Benjamin Cocquenet (notre photo), échappé de la compétition parce que, je le cite : « Merde, un péplum sur grand écran, je pouvais pas rater ça ». Vingt minutes après le lancement du film, il ronflait comme un bienheureux, empêchant au passage votre serviteur de piquer du nez lui aussi. Rien que pour cela, cher confrère, c’est toi qui paye les cafés demain ! Ouhla, c’est pas tout ça mais demain soir, on se mange trois films alors faut recharger les batteries… Zou, au plume, comme dirait ma grand-mère.

 


Benjamin Cocquenet
Péplumophile convaincu

 

Ami(e)s du jour, ce post vous est dédié : Loïc « Shining m’a tuer » Chemin, Morgane la fée de la rue des Bons Enfants, les membres valeureux du C.C.C. qui assurent comme des chefs, Sylvain « si j’attrape le sagouin qui a piqué mon câble je le biiiiiiiiiiiip ! » Crobu, Karel « Snake for président » Quistrebert, Cécile, July, Christophe « demain je vais tous me les faire… deux fois ! » Berthelot, les étranges filmeurs du festival qui espionnent aussi bien les directeurs de Cinémathèque… que les blocs de sécurité de la salle, Benjamin « ZZZZZZ… » Cocquenet, Sylvie « zzzzzz… » Piboule, et toutes et tous les maudits spectateurs.

Be seeing you

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