Maudit Journal 2013 – Day Five

Samedi 26 janvier, 11h00 – C’est juste impossible de sortir du lit… Je hais le Festival. Je hais le péplum, et par dessus tout je hais Florent Fourcart qui n’a rien trouvé de plus intelligent que de dédicacer son bouquin à 15h aujourd’hui. 15 heures !!! Et pourquoi pas en matinée tant qu’on y est ? Du coup je l’écris quand, moi, le journal de guerre du Vidéophage… ? Ou alors, je dors plus ? Ah ben tiens ! On a qu’à faire ça, je vais simplement arrêter de dormir, comme ça j’aurai le temps de faire tous ces trucs que je repousse sans cesse : le ménage, les articles pour En revenant du cinéma, le numéro deux du fanzine, archiver les cinquante DVD qui s’empilent dans mon salon (voir photo)… C’est sans doutes ça, la solution… Je vais en toucher un mot à mon médecin, la chimie a sûrement une solution pour ça… Ah, quel doux rêve… ne plus dormir rrrrrrrrrretyrfguyrgbfirnvoftvneonvz…

Le salon du Vidéophage

 

14h20 – …efvvvvvhinozvbnzbheavbhv… Hein ?! De quoi… ? Merdum, je me suis endormi sur mon clavier. Oh putain ! Je vais être à la bourre, et je déteste ça…

14h59 – Essoufflé, dégoulinant de sueur malgré les quatre ou cinq degrés affichés au thermomètre – le plus sûr moyen pour attraper la mort –, Je débaroule dans l’espace-bar de Decitre. Sauf que depuis l’année dernière, le « bar » de Decitre s’est transformé en machine à café, et « l’espace » est envahi de linéaires et de bacs à soldes hideux. Quelques tables coincées sous l’escalier semblent avoir tout de même survécu au cataclysme. Sur un guéridon, une affichette du Festival et une pile du Péplum italien, grandeur et décadence d’une antiquité populaire de Florent Fourcart (voir photo). Tout va bien, et je ne suis même pas en retard.


Florent Fourcart

 

15h10 – Un sympathique vendeur commence à m’expliquer comment on peut s’organiser pour la rencontre. Quand je lui annonce que je ne suis qu’un simple spectateur, il en reste pantois. « Quand même, vous devez sacrément sacrément aimer ça pour venir déguisé en centurion en plein mois de janvier ». « Nan mais c’est pas ça. Le costume, c’est parce que j’ai perdu un pari hier. Et puis je suis déguisé en décurion, pas en centurion ». Quelle histoire, je ne vous raconte pas ! Bon allez, si, je vous raconte. Hier, j’ai passé la fin d’après midi au bar avec l’ami Benjamin (voir photo). On a parlé de tout et de rien, de nos parcours respectifs, de l’écriture, du cinéma, du Festival. On s’est même mis à philosopher sur le temps qui passe, pour arriver à la conclusion que depuis cinq jours, c’est comme si nous avions à nouveau 20 ans. Sauf qu’on en a à peu près le double, et que ça change la donne : on est totalement à la ramasse physiquement, mais par contre on en savoure chaque minute avec un plaisir indescriptible… Des discussions de vieux cons, quoi ! Mais au moment de la traditionnelle assiette-kebab-sauce-samouraï du soir, nous avons buté sur le Cléopâtre avec Liz Taylor et Richard Burton. J’étais persuadé que c’est Hawks qui l’avait réalisé, Benjamin me soutenait que c’était Mankiewicz… J’ai perdu ! Note pour plus tard : ne jamais défier le professeur Cocquenet sur ce genre de choses… Bref, je suis venu déguisé en décurion romain… Mais je vous l’affirme, chers lecteurs, il existe une justice divine ! Au moment de m’asseoir à une table bien à l’écart, histoire de pouvoir piquer du nez à la discrète si besoin, je suis tombé sur le livre de Claude Monnier sur John Mc Tiernan… a 70% de réduction ! Ah, karma, je ne crois pas en toi mais des fois, je me pose des questions !


Benjamin Cocquenet

 

 15h20 – Rencontre / dédicace autour du livre Le péplum italien, de Florent Fourcart

Florent et Benjamin daignent enfin nous honorer de leur présence. En voyant la tête de ce dernier, je me dis qu’aujourd’hui, c’est le quarantenaire qui a pris le dessus. Et je me dis que je ne dois pas être beau à voir non plus. J’agite mon John McTiernan en arborant mon plus beau sourire. Il me sourit en retour et lâche à l’auteur un « Tiens, on va se mettre là, juste à côté de Guillaume. Il est incollable sur le sujet et en plus, il pose toujours des questions intéressantes… ». Ah, karma, je ne crois pas en toi mais des fois, etc. Peu de monde, hélas, pour un échange pourtant passionnant mené de main de maître par le sieur Cocquenet. Florent Fourcart répond avec enthousiasme à ses questions, et c’est un vrai plaisir d’écouter quelqu’un de très érudit, certes, mais qui n’a pas oublié que le cinéma est avant tout une question de plaisir. Et rien que pour son regard pétillant à l’évocation d’Hercule contre les fils du soleil, je suis prêt à lui pardonner l’heure indécente de la rencontre. Jetez-vous sur le livre – mais pas trop fort non plus, hein, vous allez l’abîmer –, qui balaie le genre des origines à sa décadence en n’oubliant jamais le contexte économique et politique de l’époque. Et je dis pas ça juste pour faire style, j’en suis déjà la la page… euh… je l’ai déjà commencé.

19h45 – Le temps de faire le plein de caféine et de troquer mon cimier et ma jupette de lattes contre un poncho et une paire de santiags, me voilà devant la salle Juliet Berto pour cette ultime soirée placée sous le signe de Django. Certains crieront à l’opportunisme, mais, euh… Ben voui, d’accord, c’est vrai que le film de Tarantino venant de sortir, plein de gens découvrent l’existence de ce personnage mythique. Alors pourquoi ne pas profiter de la traditionnelle soirée Grindhouse pour proposer l’original ?

 

20h00 – Django… euh, Django le proscrit (?), de Sergio… euh, de Maury Dexter (???)

Il y a quelque chose de pourri au royaume des producteurs. Il suffit qu’un film comme Django de Sergio Corbucci fasse un carton en 1966 pour qu’ils nous collent du Django à toutes les sauces… Du bon – Tire encore si tu peux – et du beaucoup moins bon – Django 2, le grand retour. Et s’il y a encore plus margoulin qu’un producteur, c’est bien un distributeur ! C’est ainsi, par exemple, que le lénifiant El proscrito del Rio Colorado tourné en 1964 en Espagne devint… Django le proscrit en débarquant sur nos écrans cinq ans plus tard (!). Bon, ceci posé, que nous raconte ce film… ? Non, mais c’est une vraie question en fait ! Si par hasard quelqu’un a compris quoi que ce soit au scénario, merci de bien vouloir m’expliquer. Django O’Brien (rires) se retrouve plus ou moins coincé entre deux familles mexicaines dont les uns (pauvres) en veulent aux autres (riches) qui veulent épouser les premiers alors que la fille semble plutôt amoureuse de… Pfff… Au bout de vingt minute, j’ai complètement renoncé. Il faut dire que la VF d’époque n’aide pas… J’ai toujours préféré la version originale à la version française, mais nous avons en France des doubleurs de qualité. Dans ce Proscrit on reconnaît par exemple le talentueux Roger Rudel – la voix habituelle de Kirk Douglas et celle de Ross Martin dans Les mystères de l’Ouest. Mais là, le boulot d’adaptation tient du sabotage en règle ! Certaines phrases trop longues s’étalent sur deux dialogues espacés de plusieurs secondes, et bien entendu personne n’a pris le temps de relire la traduction du texte ! Les acteurs sont mal dirigés et la mise en scène tellement soporifique que même le monteur s’en endormi sur son banc – chaque plan dure facilement deux à trois secondes de trop. Ajoutons à cela la médiocrité de la copie projetée, avec des sautes de dialogues qui n’aidaient pas à la compréhension du film – encore une fois, chapeau à maître Sylvain qui s’en est sorti comme un chef – et nous obtenons un pur désastre cinématographique. Et donc un pur bonheur de festivalier, grâce à l’ambiance de la salle avec le public qui passait en un éclair de l’étonnement poli au rire irrépressible. Bien vu, les Maudits Films.

 

22h00 – Sukiyaki Western Django, de Takashi Miike (2007)

Après une pause bien méritée – nécessaire ? – où tout le monde a essayé d’expliquer à son voisin ce qu’il avait compris du film précédent, nous voici de retour pour cette seconde projection, la dernière d’une semaine riche en émotions. Une question nous taraudait : comment succéder à ce (faux) Django ? Tout simplement en invitant ce doux-dingue de Takashi Miike à la fête ! Les réalisations du japonais oscillent entre le très bon – Audition – et le très grand n’importe quoi – Zebraman –, en passant par le très sympathique – les deux Crows Zero. Lorsqu’il s’attaque au western à l’italienne, on est en droit d’avoir peur… Et bien, ce Sukiyaki Western Django qui n’eut, hélas, pas les honneurs d’une sortie en salle fut une très bonne surprise. En ouverture, Quentin Tarantino himself incarne un desperado à poncho – on comprend aisément qu’il ait accepté la panouille – devant un décors en carton-pâte. Il dessoude à la régulière trois pistoleros malpolis en contant au public l’histoire de deux clans rivaux, les rouges et les blancs, qui s’entre-tuent pour la possession d’un trésor. Le projet est simple : rendre hommage aux classiques du genre mais à la sauce japonaise. Si on retrouve les tics habituels du réalisateur dans ses cadrages halluciné et des effets visuels et narratifs surréalistes, force est de constater qu’il traite les éléments empruntés au western italien avec énormément de respect. Ce n’est pas seulement Django qui est invoqué ici, l’ombre de l’Homme sans nom de Leone plane sur le film, avec en prime un juste retour des choses – rappelons aux profanes que Pour une poignée de dollars, qui lança le genre en Italie, est une ré-interprétation du Yojimbo de Kurosawa. Si les excès de Miike agacent un peu à la longue, il marque des points sur la partie dramatique du film, et avec quelques gags tout simplement hilarants – le shérif du village en est une source inépuisable. Pari risqué donc, mais réussi pour ce film bien barré qui prouve qu’on peut encore tirer quelque chose d’original avec les genres cinématographiques ultra-codifiés. Il suffit d’avoir du talent et de l’audace. Nous verrons si Quentin Tarantino, le roi du sample, est capable de faire aussi bien… Eh non, je ne l’ai pas encore vu, parce que 10 euros pour 2h45 de films… J’attendrai tranquillement de le passer là où je travaille…

Et voilà. Le mot « Fin » apparaît à l’écran. En cabine, le projectionniste ferme le volet et coupe le son. Il éteint le xénon en attendant que l’amorce de la dernière bobine soit entièrement passée dans les débiteurs, et il arrête le moteur. Clap de fin sur cette cinquième édition du Festival des Maudits Films, qui nous aura fait voyager à travers l’histoire du cinéma « de B à Z ». A l’année prochaine…

Coucou du soir à : Alexandre « sueurs froides » Thevenot, Benjamin « Rollerball forever » Cocquenet, Florent « I am Hercule ! » Fourcart, Florence, Bat, Silvan et Liane (et non, je n’avais pas pris de drogue, je le jure !), Sylvie P., Gille G. et Pedro M., Sylvain « the master » Crobu, Jenny, Cécile, Morgane et July, The C.C.C. Team, L’indispensable Christophe Berthelot et Karel « The Godess » Quistrebert. See you next year…

 

EPILOGUE
– « Ben Christophe, qu’est-ce que tu fiches ? T’as pas encore fermé la salle ?
– Euh… on a un petit soucis Karel…
– Alors là, non. Juste : non ! Il est 1h du mat’, je suis vannée, je n’ai qu’une envie, c’est de m’écrouler dans un canapé devant un petit verre de rhum, alors qu’est-ce qui se passe encore ?!
– Ben, c’est Guillaume.
– Ah non, mais c’est pas possible… Il a vraiment décidé de me pourrir la semaine celui-là ! Sérieusement, l’année prochaine on l’interdit de Festival, et puis c’est bon ! Mais qu’est-ce qu’il a encore été trouvé pour m’emmerder ce Biiiiiiip !!! (devant la violence de l’expression employée, nous avons été contraint de censurer les propos de Karel. On ne sait jamais, il y a peut-être des enfants qui nous lisent…)
– Ben… il s’est enchaîné en cabine…
– … Il s’est…quoi ?
– Il s’est enchaîné au projecteur avec ses cadenas de vélo… En protestation, parce qu’il veut pas que ça s’arrête. Y a Sylvain et Benjamin qui essayent de le raisonner, mais il ne veut rien savoir…
– … Mais alors là, il m’aura tout fait ce Biiiiiiiip !!!
– Du coup, je fais comment… ?
– … C’est quand, la prochaine séance à la salle Juliet Berto… ?
– Euh… mardi je crois, la Cinémathèque passe Les guerriers du Bronx
– Alors tu dis à Benjamin et à Sylvain de le laisser là-haut. Trois jours sans manger, ça devrait le calmer le Vidéophage. Et après… je m’occuperai personnellement de son cas… »

 

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