Comité de visionnage – Février 2013


Je me rappelle qu’à l’école, le temps s’écoulait au ralenti entre chaque vacances. Aujourd’hui j’ai l’impression de les enchaîner… Faut dire que pour un projectionniste, le mot « vacances » est synonyme de surcharge de travail, de spectateurs qui arrivent à la dernière minute et d’un choix de films, comment dire… j’hésite entre « gerbatoire » et « insipide ». Deux termes qui collent parfaitement aux chefs-d’œuvre dont je vous parle plus bas. A part ça, euh… Je me suis principalement nourri de comédies romantiques ce mois-ci. Faut comprendre : entre la Saint Valentin, les 9h de boulot quotidiennes et mon vieux dos fatigué, j’avais besoin de tendresse. Et pis ma grand-mère ne jurant que par Hugh Grant, il fallait faire quelque chose ! Maintenant, elle n’a d’yeux que pour Ryan Gosling… Bon, vous avez gagné, je vais vous parler de la série Arrow débarquée cette saison sur CW. Vous ne savez pas ce que vous perdez, j’avais plein de choses à dire sur le sympathique Crazy Stupid Love

 
 

DIE HARD – BELLE JOURNEE POUR VOMIR
E
uh, pour mourir, pardon. De John Moore, avec Bruce Willis.

A peine rabiboché avec sa fille dans l’inutile Die Hard 4 : retour en enfer, voilà-t-y pas que Bruce doit voler au secours de son fiston, accusé de meurtre en Russie. Ce qu’il ignore, c’est qu’il travaille en fait pour la CIA et qu’il a fait exprès de se faire coffrer. Nous par contre, on s’en doutait un peu. Bref, le fiston doit faire évader un gentil millionnaire Russe qui possède un dossier contre l’actuel premier ministre qui n’est pas très gentil, lui. Bon, en fait, le millionnaire non plus, il est pas gentil. La preuve, c’est le méchant du film. A la fin, Bruce et son fiston s’en sortent en zigouillant tout le monde, sauf le premier ministre parce que dans la vraie vie Poutine pourrait mal le prendre. Ah, on me fait signe dans mon oreillette que j’ai un peu spoilé le scénario. Si ça peut vous éviter de filer 10 euros aux cuistres qui ont financé cette bouse, j’ai la conscience tranquille. Et si vous avez vraiment 10 euros à perdre, envoyez-les moi… Je n’aurai que deux mots devant l’étendue du désastre : AU SECOURS !!! Le seul mérite de cette purge c’est qu’elle ne dure qu’une heure trente. Croyez-moi, quand on est projectionniste, ça compte.
Si le peu glorieux quatrième opus conservait certains gimmicks de la franchise comme le partenaire par défaut, les forces de l’ordre dépassées et un méchant (presque) charismatique, on a ici la désagréable impression que le scénario a été écrit pour Jean-Claude Van Damme ou Steven Seagal. Déjà, situer l’action en Russie n’apporte rien à l’histoire, au contraire même vu le nombre de DTV médiocres tournés dans les pays de l’Est ces dernières années. L’idée du duo père-fils (il manquait plus que lui tiens, en attendant la femme de ménage de son ex pour le sixième !), interprété par le fade Jai Courtney, est très mauvaise. Alors que les précédents « partenaires » de McClane jouaient la carte du contraste (un flic qui passe sa vie derrière son bureau, un vendeur d’électroménager de Harlem ou un jeune hacker), le fiston n’est qu’une copie du personnage de Willis en plus jeune. L’art de foutre en l’air le principe même du buddy movie. Les bad guys sont tellement transparents que le twist central ne surprendra guère qu’un enfant de 8 ans, et encore ; l’intrigue éculée est truffée d’incohérences qui feraient rougir le scénariste d’Hélène et les garçons, et la seule idée vaguement intéressante du script – la fille du grand méchant est son bras droit – n’est jamais exploitée, parce que vous comprenez, le film doit faire la part belle à l’action, merde, quoi. Et même ça… Ami producteur, sache qu’il en va de la casse de voitures et des effets numériques comme du vin d’orange de ma mamie : au bout d’un moment, ça saoule…
En conclusion, ce Die Hard 5 achève une franchise déjà bien malmenée, et si comme moi vous aimez Bruce Willis, ne cautionnez pas ce genre d’ignominie. Revoyez l’intégrale de Clair de lune, ou l’injustement méconnu Meurtre à Hollywood du génial Blake Edwards. Avant de se contenter d’aligner les punch lines faisandées en échange d’un gros chèque, le gars Willis était un sacré bon acteur…

« Pffffff, les scénaristes… Non, mais allô, quoi !! »

 

GANGSTER SQUAD
Un film de Ruben Fleischer. Avec Josh, Ryan, Emma, Robert, Sean et plein d’autres…

Los Angeles, 1949. La ville appartient à Mickey Cohen, ancien boxeur professionnel devenu gangster. Ça, c’était pour la première moitié du titre. Le squad, c’est une équipe de flics qui va tout mettre en œuvre pour le faire tomber, « officieusement » bien sûr. Ce qui va lui prendre à peu près 1h50 de film. Voilà voilà…
Après le « gerbatoire », place à « l’insipide ». J’ai un peu honte d’avoir suivi la Nouvelle Star cet hiver. N’empêche, j’y ai appris plein de chose, comme la technique du mash-up qui consiste à combiner deux chansons pour en faire une seule. Le rapport avec Gangster Squad ? Eh bien figurez-vous qu’il s’agit d’un mash-up totalement raté de l’univers de James Ellroy et des Incorruptibles de Brian de Palma. Comme quoi, le réalisateur du sympathique mais surestimé Bienvenu à Zombieland n’a finalement pas grand chose à dire. Vous trouvez que j’exagère ? Alors disséquons ensemble ce remake déguisé : dans le rôle de Kevin Costner, je voudrai le Chris Cooper du pauvre, Josh Brolin. En un peu plus bourrin parce que bon, à défaut d’avoir une histoire originale, on va mettre le paquet sur l’action. Dans les charentaises de Sean Connery, j’appelle Robert Patrick, qui a bien changé depuis T2. Ah, on me dit que le bijou de Cameron va sur ses 22 ans. Ceci explique cela. Pour remplacer le beau gosse Andy Garcia, un tonnerre d’applaudissements pour Ryan Gosling, qui a compris que la sobriété était gage de talent. Un principe ayant totalement échappé à Sean Penn (Mickey Cohen) en roue libre qui réussit l’exploit de cabotiner d’avantage que Bob DeNiro. Diantre, son interprétation outrancière d’Al Capone avait pourtant placé la barre très haut… De l’univers d’Ellroy, on retrouve le cadre, la mignonne Emma Stone qui campe un avatar de Lynn Bracken un peu trop sage, mais pas l’ambiance glauque du quatuor (pour mémoire, Le dahlia noir, Le grand nulle part, L.A. confidential et White jazz, soit le must du polar américain). Le Los Angeles De Gangster Squad est passé à la moulinette du politiquement correct, au mépris de la réalité sociale de l’époque. Entre les flics noirs et mexicains qui s’intègrent sans peine à l’équipe WASP, un scénario totalement balisé où les séquences s’enchaînent sans la moindre inventivité – notons au passage que, comme chez De Palma, c’est le vieux et l’intello qui y passent –, et le principe de la famille comme modèle social idéalisé – tiens, la femme de Brolin est enceinte, comme dans… bon, j’arrête… – on ne retrouve jamais l’ambiance poisseuse et désespérée qui se cache derrière les paillettes. Les pièges de la cité des anges ne sont abordés que dans la scène d’ouverture, le reste du métrage pouvant se situer dans n’importe quelle autre ville étasunienne. On est donc face à une version light de, au hasard, l’adaptation plutôt réussie – mais déjà édulcorée – de L.A. Confidential par Curtis Hanson. Même l’action déçoit, avec son traitement modernes et son sur-découpage. Je ne suis pas fan de De Palma, mais bon dieu la scène de la gare des Incorruptibles reste une merveille de mise en scène. Quitte à copier, Fleischer aurait été inspiré de le faire jusqu’au bout…

« Franchement Ryan, tu trouves pas qu’on se faisait moins chier dans Crazy Stupid Love ? »

 

ARROW
Une série de Greg Berlanti, Marc Guggenheim et Andrew Kreisberg. Première saison en cours de diffusion sur CW (Cherchez pas sur votre décodeur TNT, c’est aux États-Unis). Avec Stephen Amell.

Alors voilà. Oliver a une petite amie. Elle est belle, et son prénom c’est Laurel. Mais lorsqu’il part en croisière sur le yacht de papa, il préfère emmener sa frangine pour lui tenir chaud sous la couette. Faut dire qu’à ce moment-là, Oliver Queen a tout de la parfaite tête à claques : un physique de play-boy, une famille riche à millions et un comportement de crétin arrogant. Pris dans une tempête, le bateau coule avec la frangine de Laurel et papa profite de l’intimité du canot de survie pour demander à son fils de réparer ses propres erreurs. Avant de se tirer une balle dans la tête. Au final, Oli se retrouve coincé sur une île particulièrement inhospitalière pendant cinq longues années. Jusqu’à ce qu’un bateau le récupère et le ramène chez lui où tout le monde le croyait mort. Et Il n’a qu’une idée en tête : respecter les dernières volontés de son papa et faire payer les salauds qui pourrissent sa ville. Avec une capuche sur la tête et un arc, parce que ça en jette… Toute ressemblance avec un certain Bruce Wayne n’est absolument pas fortuite, les deux personnages faisant partie de l’écurie DC comics.
A l’annonce du projet, on pouvait légitimement craindre le pire, une bluette sentimentalo-culcul à la
Smallville ou une réflexion post-moderne à la Heroes. Et puis le personnage n’est qu’une transposition de Robin des Bois au XXIème siècle, pas forcément le concept le plus enthousiasmant qui soit… Fort heureusement, la trilogie de Christopher Nolan est passé par là et c’est tout naturellement sur ce modèle que les créateurs de la série vont s’appuyer. Au niveau de la forme déjà, avec des plans aériens de la ville et des séquences d’actions réalistes et plutôt efficaces, mais aussi au niveau de l’ambiance. Starling City est la sœur jumelle de Gotham, une allégorie de la société étasunienne en déliquescence, l’enjeu du combat désespéré d’une poignée de justes contre les sombres desseins d’hommes d’affaire pourris jusqu’à la moelle. Enfin je dis ça, c’est ce qui se dessine en filigrane derrière les premiers épisodes. Quoi qu’il en soit, l’ensemble bénéficie également de l’effet HBO, car sans être truffée de sexe et de sang – ce n’est pas le public visé –, le vigilante d’Arrow n’hésite pas à tuer. Sa ligne de conduite – éliminer un à un les hommes incriminés par son père – comporte son lot d’ambiguïtés et de mystères, car ses cinq années d’exil ont transformé le play-boy égoïste et superficiel qu’il était en redoutable machine à tuer. La série est construite sur le modèle de Lost – ne partez-pas en courant, je ne parle que de mécanique –, entrecoupant le présent de flashbacks qui lèvent progressivement – et chronologiquement – le voile sur cet exil forcé. La série n’en étant qu’à son seizième épisode, tout peut arriver, le meilleur comme le pire ; on espère sincèrement que les scénaristes savent où ils vont, parce qu’à défaut d’être révolutionnaire, Arrow est plutôt sympathique à suivre. Si les séquences sur l’île sont très réussies, certains personnages secondaires ont du mal a trouver leur place, ce qui explique quelques ajustements au cours de cette première saison. Par exemple, il manquait un petit grain de folie et c’est avec jubilation que l’on voit le personnage doux-dingue de Felicity Smoak (Emily Bett Rickard, photo ci-dessous) prendre de l’ampleur. A suivre donc, en espérant que la sacro-sainte obligations de résultats qui mine la création télévisuelle outre-Atlantique depuis quelques années ne fasse pas une victime de plus…

« Mais non, je ne suis pas top model, je suis informaticienne. La preuve, je porte des lunettes… »

 

En guise de dessert, voici la bande-annonce d’une nouvelle adaptation de Beaucoup de bruit pour rien, le chef d’œuvre intemporel de l’ami Bill. Vous vous demandez ce que ça vient faire ici, hein ? Eh bien sachez que c’est Joss Whedon qui réalise, et qu’il a embauché pour l’occasion quelques vieilles – et nouvelles – connaissances. En attendant le retour du maître sur le petit écran avec l’attendue S.H.I.E.L.D




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