Message à caractère informatif

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Lectrices, lecteurs,

Le comité de rédaction vous parle ! Voyant les réjouissances de fin d’année arriver à grands pas – et là je parle de cadeaux et de réveillons, hein, pas des élections régionales ou des vacances scolaires –, vous vous demandez sans doute ce que peut bien fiche votre dévoué Vidéophage, désespérément silencieux quant à la troisième livraison de son merveilleux et trop trop beau fanzine. Eh bien, vous allez rire, à l’heure d’aujourd’hui, il n’a pas rédigé le moindre commencement de début de chronique.
Bon, c’est quoi ces rires sous cape dans le fond de la salle ? Pardon… ? Comment ça, « On s’en doutait » ? Alors, déjà, c’est pas très gentil, et ensuite, j’ai une excuse en béton armé dans ma musette. Comment… ? Si j’écris un livre ? Ouais, j’aimerai bien, mais non. Un film ? Ah ah ah, très drôle ! Non, en fait, au delà d’une certaine paresse intellectuelle qui, avouez-le, fait partie de mon charme, des obligations professionnello-personnelles me sont tombées sur le coin de la figure il y a quelques temps et pour faire court, je suis charrette jusqu’en juin 2016. Ce qu’on appelle les impondérables de la vie, les aléas de l’existence, les « qu’il faut bien faire avec », vous voyez le genre. Bref, la prochaine livraison papier n’aura pas lieu avant début 2017, soit dans un peu plus d’un an.
Hmmm, je sens de la déception… Franchement, il n’y a pas de quoi parce que 1) ça ne veut pas dire que je lâche l’affaire : ce n°3, qui sera thématique, est déjà bien esquissé à défaut d’être rédigé, et j’y tiens beaucoup, et 2) je vais tâcher-moyen d’approvisionner le blog plus régulièrement, histoire de ne pas perdre la main – parce que figurez-vous que l’écriture, c’est pas comme le vélo… À venir donc, des petites chroniques de DVD/BD et de bouquins, et bien d’autres choses encore.

 Nuit Hallucinée

Quoi encore… Ah oui ! De nombreuses lectrices me demandent si y’a pas moyen de se rencontrer en vrai, IRL comme disent les jeunes d’aujourd’hui, histoire d’échanger sur des sujets aussi passionnant que « le cinéma de genre est-il soluble dans la consommation de masse capitalistique ramenée à la vitesse de la lumière au carré ? » ou « êtes-vous plutôt saumon cru ou nappes à carreaux ? » . Eh bien, c’est compliqué, surtout en cette période propice à l’hibernation intra-muros, une télécommande dans une main et une tasse de thé au jasmin fumante dans l’autre. Mais ça reste possible. Par exemple, je serai présent demain samedi sur Lyon à partir de 18h30 pour la quatrième Nuit Hallucinée des p’tits gars de Zonebis – retrouvez le programme des réjouissances ICI. Car oui, fidèles lecteurs, nous avons fini par nous rabibocher malgré les « événements » relatés dans le n°2. Et promis-juré, il y aura un compte-rendu exhaustif de cette édition sur le blog. Peut-être même avec des photos, si vous êtes sages.

Et comme chaque année, la troisième semaine de janvier sera Maudite ou ne sera pas ! Huitième édition de mon festoche préféré, chapeauté par Maîtrese Karel et ses petits lutins. Mon petit doigt me dit qu’il y sera fortement questions des années 80… C’est à Grenoble, évidement, la ville de tous les paradoxes (Capitale des Alpes et ville la plus plate de France, il fallait le faire, non?), et vous retrouverez la prog’ .

FMF

Allez, juste pour finir, après les actions souterraines du C.A.K.A., nous nous lançons avec l’ami François Cau dans un nouveau combat aussi essentiel que… euh, aussi essentiel, donc. Cette fois, attention les yeux, nous nous attaquons à rien moins que Promouvoir, l’association catholique un tout p’tit peu intégriste sur les bords qui n’a rien de mieux à fiche que de contester les décisions de la commission de censure. Après Saw 3D et Love, c’est La Vie d’Adèle qui se voit retirer son visa d’exploitation cette année. Eh bien, nous aussi, on n’a que ça à fiche, alors dans un élan liberticide au moins aussi réactionnaire que le leur, nous nous attaquons à Qu’est-ce que j’ai fait au bon dieu ? que nous souhaitons faire interdire aux moins de 18 ans (*). Vous trouverez le lien vers la pétition ICI, sachant qu’elle n’a absolument aucune chance d’aboutir vu que le délai légal pour déposer un recours est passé. Alors oui, je comprends que cette action vous laisse perplexe. L’ami François précise notre position , parce qu’au delà de l’absurdité assumée de la chose, il y a un putain de vrai ras-le-bol, et ils commencent sérieusement à nous casser les…

— « Mamie ? Tu lis par dessus mon épaule, maintenant ? Ah, c’est bien, tu as signé la pétition et… Pfff, oui, bon, d’accord, je corrige le dernier paragraphe… »

Donc, patati, patata… Oui, « (…) au delà de l’absurdité assumée de notre action, il y a un vrai ras-le-bol de voir le cinéma qui ose se faire systématiquement… empêcher d’exister par des associations de… Désolé mamie, je trouve pas de mot correct, là…

Allez les enfants, faut qu’j’y vais. Des bises, à très vite.

Le Vidéophage

(*) Frédérique Bel, si vous lisez ce post ou si vous tombez sur notre pétition Internétique, sachez que François Cau est à l’origine du projet. J’étais contre, dès le départ, mais il m’a obligé. Et sachez également que je suis fou d’amour pour vous depuis Changement d’adresse.

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Les Vacances du Vidéophage / Épisode 2

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Où vous apprendrez pourquoi les associations de projectionnistes finissent immanquablement au fond de la cuvette des toilettes…

Mardi, 3h15 du matin. Alors qu’à l’autre bout du couloir sa grand-mère ronfle à en faire trembler les murs, le Vidéophage sort tant bien que mal de sous sa couette, les yeux tout collés de sommeil et, pour tout dire, pas vraiment en face des trous. Après un passage obligé par la cuisine pour se préparer un café, il allume son ordinateur portable et se cale au fond du canapé du salon. À la demie pile, il lance la visio-conférence via un logiciel ultra-sécurisé réputé inviolable, même par la NSA. Sur les trois autres participants, seule Lisa est déjà connectée.

Lisa, consœur Morvandelle

Lisa, consœur Morvandelle

 

« Salut le Morvan! Ben merde, t’en tires une tronche, Lisa (voir photo).
Pire que la tienne, tu veux dire ? Tu peux me rappeler pourquoi on se réunit à trois plombes du mat’, déjà ?
Ben, c’est à cause du décalage horaire. Je te rappelle que Loïc est à l’étranger et que… »
Une voix grave et rappeuse comme du papier de verre les interrompt. Sur l’écran de l’ordinateur, le visage de François apparaît :
« À l’étranger ?! Mais il est en Ardèche, le gars Loïc !
T’es sûr ? Il a pas dit qu’il partait en Autriche ? Il a pas parlé d’animaux sauvages, d’autochtones acariâtres et de plantes bizarres ?
Il a parlé de sangliers, de soixante-huitards intégristes et de châtaigniers. Et quand bien même, y’a pas de décalage horaire avec l’Autriche… »
L’intéressé entre à son tour dans la conversation. L’écran le montre un biberon dans une main, une choppe de bière dans l’autre.
« Ah, vous êtes tous là !
Et il a l’air surpris, en plus ! s’agace François. Espèce de… »
Sentant que ça risque de dégénérer, le Vidéophage intervient.
« Bon les gars, je déclare…
Aheum…
Au temps pour moi, Lisa. Bon, alors camarades, je déclare cette session de l’Association des Projectionnistes Furieux officiellement ouverte ! À l’ordre du jour…
L’ Association des Projectionnistes Furieux ? L’APF ? T’es sûr ?
Euh, oui Loïc (voir photo). Tu te rappelles, on a validé le nom la semaine dernière….
Parce que APF, c’est déjà pris. Enfin, j’dis ça, j’dis rien.

Loïc, confrère ardéchois (ou autrichiens)

Loïc, confrère Ardéchois (ou Autrichien, je sais plus trop)

 

Ouais, intervient François, ben tu dis rien alors. On a suffisamment galéré pour se mettre d’accord. Donc l’ordre du jour, c’est… ?
Euh… François, c’est normal qu’il y ait un type ligoté et bâillonné qui gigote en couinant derrière toi… ? Mais merde, on dirait…
C’est rien, c’est rien, vous inquiétez-pas. C’est un comique que j’ai récupéré au dernier festival de l’Alpe d’Huez… Je sais pas ce qu’il a en ce moment, il est un peu pénible… TU VAS TE CALMER UN PEU, GAD ? Tu vois pas que je bosse ?!!!
(…) D’accord… Reprenons. Il s’agit de proposer un nom pour le collectif anti-Vous-savez-qui. »
Les trois autres soupirent dans un mouvement d’ensemble parfait.
« Oui, je sais, c’est pas hyper palpitant, mais faut le faire. Je vous rappelle qu’on n’est pas tout seuls dans cette histoire. Les collègues de la Brigade d’Intervention Musicologique, du Comité de Lutte pour l’Intégrité Textile et Ornementale et de la Confédération Contre les Coupes de Cheveux à la Con comptent sur nous.
(…) Tu veux dire la BIM, le CLITO et la CCCCC ? Je rêve !
C’est pas le CCCCG maintenant ? Comité Contre les Coupes de Cheveux Grotesques, ou quelque chose comme ça ?
J’sais pas où ils en sont avec ça, Loïc. C’est en discussion. Du coup, on va commencer par ta proposition. C’était quoi déjà… ?
Je propose : la Section Carrément Anti Celui Qui Ne Doit Pas Être Nommé
Ce qui nous donne… Le SCACQNDPEN. Alors, j’ai envie de dire pourquoi pas, hein, mais en fait, non. Déjà, c’est un peu chargé et en plus, j’aime pas trop la fin. François ?
Moi, j’ai Comité Anti Celui Qui Ne Doit Pas Être Nommé. C’est plus concis. Ça fait CACQNDPEN.
Mouais. C’est toujours un poil long, et j’aime pas trop la fin… Lisa ?
Et si on arrêtait un peu de se la jouer Harry Potter, les gars ? J’veux dire, si on signe un manifeste contre l’autre mou-du-bulbe, mais qu’on a peur de prononcer son nom, on n’est pas hyper crédible, vous ne trouvez-pas ? Il est temps d’affronter nos démons une bonne fois pour toute…
Allez, ouais ! Du coup, avec la proposition de François (voir photo), ça donnerait le Comité Anti-Kev Adams. Le CAKA.
(…) Au moins, on est raccord avec les collègues sur ce coup-là…

François, confrère Huizat

François, confrère Huizat à temps partiel

 

Ah, Kev Adams. Tu n’as pas idée à quel point je te déteste. Enfin, si, vu l’intensité de ma haine, tu dois avoir les oreilles qui sifflent pendant tes ablutions matinales, lorsque tu étales avec application les trois pots de gel qui donnent à ta chevelure d’adolescent attardé son allure inimitable. Mais qu’a bien pu faire la jeunesse de France pour te mériter, hein ? Bon, d’accord, elle n’a jamais été futée, la jeunesse de France. Quand j’étais minot, rien ne valait un bon vieux Terrence Hill et Bud Spencer, et à les revoir aujourd’hui… Ben, je fais en sorte de ne pas les revoir, c’est mieux. N’empêche que cette année, c’est toi le roi incontestable du box office franchouillard, et ça me désespère. Après nous avoir infligé la suite des Profs, adaptation foireuse et véhicule royal pour ta petite personne, tu remets le couvert à peine quelques mois plus tard avec ces affligeantes Nouvelles aventures d’Aladin. Et après PEF, tu ajoutes à ton tableau de chasse un autre Robins des Bois, Jean-Paul Rouve alias « le traître » (et pas seulement parce qu’il incarne le fourbe du scénario) et ce pauvre vieux Michel Blanc qui, au risque de surprendre les plus jeunes d’entre vous, a failli être quelqu’un de bien avant de lâcher l’affaire à l’approche de la carte vermeille 1.

Alors oui, je sais, c’est un peu facile de pratiquer le « Kev Bashing » vu le degré zéro de ce qu’il propose en terme de cinéma. Et puis, grâce aux innovations technologiques qui nous permettent de cumuler les fonctions d’opérateur, de caissier, de confiseur et occasionnellement de dame pipi, cela fait belle lurette que les projectionnistes ne sont plus obligés de se taper les films en cabine 2. Sur quinze jours, j’en ai vu quoi ? Dix minutes à tout casser ? Non, là où ça ne passe pas, c’est qu’il chante. Très mal, très fort, et plusieurs fois par film. Et dans un petit cinéma à l’isolation acoustique déplorable, ça a vite fait de se transformer en torture. À manquer de vous faire une cheville en avalant quatre à quatre les marches qui mènent à la cabine pour couper le son, histoire de vous épargner ses audacieux « Fuck le Vizir » en ramassant le pop-corn écrasé dans la salle. À vous réveiller avec cette putain de chanson dans la tête après une semaine de programmation, et à ne pas pouvoir vous en débarrasser. À traverser le couloir à toute berzingue au risque de renverser vos nouilles chinoises bouillantes en fredonnant Libérée, Délivrée, parce que, timing démoniaque oblige, il fallait que  votre pause casse-croûte tombe pile-poil au moment où il chante ; oui, chère lectrice, cher lecteur, aussi étonnant que cela puisse paraître, l’impitoyable rengaine de La Reine des Neiges est moins pire que Le Prince Aladin !

Alors, de deux choses l’une : soit la Sécurité Sociale reconnaît ces horreurs chantées comme maladie professionnelle, soit je me défonce les tympans à coup de stylo bille. Quant à toi, mon cher Kev, est-ce que tu pourrais avoir l’amabilité de bien vouloir fermer ta grande gueule ? D’avance, merci.

(À SUIVRE…)

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Eh bien, pas moi !

 

1 À l’époque de l’excellent Grosse Fatigue, il répondit avec malice aux journalistes qui évoquaient la l’éventualité d’un Bronzés 3 : « Pour quoi faire ? Les Bronzés ont le cancer ? ». Comme dirait l’autre, y’a que les imbéciles qui changent pas d’avis.

2 Tous ? Non, malheureusement. Les confrères qui officient sur les séances en plein air sont, hélas, obligés de se taper les films qu’ils projettent en intégralité. Ayant commencé ma carrière en tant que projectionniste itinérant, je compatis…

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Les Vacances du Vidéophage / Épisode 1

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Où vous apprendrez qu’il est toujours judicieux de bien choisir ses mots, que pour le Vidéophage, les vacances de la Toussaint sont ce qui se rapproche le plus de l’enfer sur terre, et que la gratuité, contrairement aux classes sociales, à la calvitie et à tout un tas de maladies à la con, ça n’est pas héréditaire

Samedi 17 octobre 2015, aux environs de Grenoble. Le Vidéophage sort de sa supérette asiatique habituelle, un carton débordant de victuailles dans les bras, maudissant conjointement l’arrivée du froid, la pluie, le vent et la pénurie de gingembre confit. Que voulez-vous, il y a des jours comme ça… Devant sa voiture, le voilà obligé de se contorsionner pour essayer d’attraper ses bon-dieu de clefs1. Il se résigne à poser ses courses sur le toit détrempé de sa 307 break lorsqu’un : « Eh, salut mec ! » tonitruant le fait sursauter.  Et vlan ! Sachets de nouilles, feuilles de nori, et Ginger Ale se retrouvent par terre. Dépité, il se retourne pour faire face à son agresseur vocal. Eh merde… Kevin. Vous vous rappelez de Kevin ? Mais si, un étudiant pour le moins prétentieux qui avait failli devenir stagiaire à sa place sur le festival des Maudits Films2. Il ne le portait pas vraiment dans son cœur à l’époque, et le sourire mielleux qu’il arbore à cet instant précis de notre petite introduction ne fait pas remonter sa côte…

« C’est ballot, t’as fait tombé tes courses… Dis donc, je savais pas que t’habitais dans le coin !
Faut bien habiter quelque part, non ?
Ah ah ah ! C’est drôle, ça ! Alors, on profite du beau temps pour remplir le frigo, c’est ça ?
Bien obligé, avec les vacances qui arrivent…
Eh, mais c’est super, ça ! Tu vas pouvoir te la glander chez toi au lieu de te la glander au boulot ! Ah ah ah ! Je… euh… Tu en fais une drôle de tête, là… Si je ne te connaissais pas, je jurerai que tu es en col… Pourquoi tu grognes comme ça ? Mais, mais… Putain, il m’a mordu ce con ! T’es malade ! Au sec… S’il vous plaît… Aidez-moi, il est devenu fou ! AU SECOURS ! »

Apprenez, chère lectrice, cher lecteur, qu’une petite erreur de vocabulaire, ça peut coûter cher. Très cher. Dans ma profession, par exemple, le mot « vacances » est synonyme de « journées à rallonge pleines de douleurs lombaires à force de se baisser entre les rangées de fauteuils pour ramasser les vieux chewing-gums, les morceaux de bichocos écrasés et le pop-corn pré-mâché », de « longues plages de surdité à force d’entendre brailler des hordes d’enfants et d’adolescents pré-pubères dans le hall » et, last but not least, de « films détestables conçus pour vider le porte-monnaie des parents et grands parents, trop content de se débarrasser de la marmaille sus-citée une centaine de minutes histoire de souffler un peu ». Bref, à moins d’être payés à l’heure, et grassement encore, les projectionnistes détestent ça, les vacances. Lorsqu’ils veulent signifier une période de repos bien méritée entre deux sessions de travail, ils préfèrent utiliser le terme « congés ».

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« Maman, maman, t’as vu tous ces ballons ? C’est l’anniversaire de qui ? » C’est l’mien, Choupinette. Et plusieurs fois par jour. T’as pensé à m’amener un joli cadeau, j’espère ?

 

Le problème, avec les vacances, c’est que les gens sont un peu trop détendus du slip, sans imaginer que ça peut compliquer votre activité professionnelle. Un exemple : en temps normal, les spectateurs débarquent mollement entre un quart d’heure et cinq minutes avant l’horaire de la séance. Mais avec les vacances, ils arrivent systématiquement à la dernière minute. Attention, hein, je ne parle pas des « occasionnels », les consommateurs de multiplexes qui s’égarent chez nous de temps à autre et tombent des nues en découvrant qu’ici, le film démarre grand maximum 5 minutes après l’heure annoncée. Non, je parle des habitués, celles et ceux qui savent comment ça marche et qui décident, parce que c’est les vacances, de se pointer à 20h30 pétante pour une séance sensée démarrer à 20h30. Le problème, c’est qu’ils sont systématiquement une petite trentaine à avoir eu cette brillante idée, et qu’ici, on bosse tout seul, assurant à la fois la caisse et la projection. Quand on est obligé de les faire patienter pour monter en cabine et lancer la séance avec déjà 8 bonnes minutes de retard au compteur, ils s’étonnent, se sentent floués d’être traités comme des spectateurs lambdas alors que ce sont des fidèles parmi les fidèles… Ben ouais, coco ! T’es mignon, mais j’ai un planning à respecter, moi !

Et puis, il y a « vacances » et « vacances ». Prenez celles de la Toussaint, par exemple. Mais comme je les déteste, celles-là ! Dans mon ciné, elles sont synonyme de « Festival ciné-jeune ». C’est une licence poétique, hein, il n’y a pas de compétition et on ne remet aucun prix. C’est ce qu’on appelle un abus de langage caractérisé, mais déjà, ça fait cossu, et franchement, à part moi, personne ne tilte. Toujours est-il qu’en plus des séances « ordinaires » et des grosses sorties à destination du public familial, vous me rajouterez des goûters, des p’tits déj’, un ciné-concert, de la magie et une ou deux avants-premières, histoire de faire bonne mesure. Pour l’occasion, on édite une jolie petite plaquette, on redécore le hall (voir photos) et on se tape des journées longues comme un jour sans pain, à enchaîner quatre à cinq séances, pendant 16 jours. Sans que notre cher employeur daigne augmenter les effectifs. C’est à dire que nous sommes deux pour faire tourner la boutique, quelques fois en binôme, mais le plus souvent seul comme une âme en peine.

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Exposition temporaire de l’atelier dessin de la MJC. Notez comme la disposition habile des grilles permet de masquer subtilement les murs en état de décomposition avancée…

 

Afin d’égayer la plaquette du festival, nous travaillons depuis plusieurs années avec un atelier de la MJC. Les minots font des dessins en s’inspirant de la programmation, le service com’ de la ville les scanne et s’en sert pour habiller l’affiche et le programme. De notre côté, on expose les originaux dans le couloir (voir photo ci-dessus), on donne une affiche aux artistes en herbe et une place gratuite qu’ils peuvent utiliser pendant le festival. L’autre jour, un monsieur d’environ 35-40 ans se pointe à une séance.

— « Bonjour monsieur.
Bonjour ! Je voudrai une place pour Le Labyrinthe 2, s’il vous plaît.
Ça nous fera 6 euros, s’il vous plaît.
Euh, c’est à dire que je vais utiliser ma place gratuite, plutôt…
… ?
Ben oui, mon fils a participé à l’atelier, pour l’affiche. Comme il est pas là des vacances, je vais profiter de sa place gratuite.
Euh… Oui, mais non, ça ne marche pas comme ça, monsieur. La place gratuite, c’est pour le remercier de SON travail. Elle est nominative, quoi ! Du coup, lui seul peut en profiter. Ni son grand frère, ni sa petite sœur, ni son papa…
Mais puisque je vous dit qu’il n’est pas là ! Il est chez ses grands-parents en Bretagne ! Si je peux pas l’utiliser, elle va être perdue ! »

Comment te l’expliquer calmement, monsieur, elle n’est pas « perdue », cette place. En fait, elle n’existe pas avant que son bénéficiaire légitime en profite. Elle est virtuelle, quoi. Elle ne manquera à personne si elle n’est pas utilisée. Bref, il n’a pas voulu comprendre, je n’ai pas eu envie d’expliquer plus avant, et il est parti en râlant…

Allez, c’est pas tout ça, mais le devoir m’appelle. Bonjour chez vous!

Le Vidéophage

(À SUIVRE…)

1 Aviez-vous remarqué que lorsque vous avez les mains pleines, elles se retrouvent systématiquement dans la poche la moins accessible de votre parka ?

2 Vous allez rire, je devais expliciter cette guerre des stagiaires dans les bonus du Maudit Journal 2014, mais, euh… en fait, je ne l’ai jamais fait. Vous comprenez, à mon âge, la mémoire, tout ça…

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Entretien avec les Furious Soundtracks (Partie 2)

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Résumé de l’épisode précédent : totalement déchirés au rosé à volonté du restaurant El Bocadillo, Guillaume, Benjamin et Richard entreprennent de réaliser une interview. Pas sûr que ça soit une bonne idée. Du coup, après une première partie totalement hors-sujet où ils faisaient le point sur la critique ciné, ils parviennent tant bien que mal à raccrocher les wagons et à se focaliser sur le sujet initial, l’aventure Furious Soundtracks…

 

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(…) « Toucher les bidules »… D’accord…
(BC) Le côté assis sur un strapontin, c’est peut-être pas un truc qui nous correspond. Alors, on a une caméra, on fait des petits documentaires
(RB) Nous sommes des professionnels de l’audiovisuel, n’est-ce pas ?
(BC) On le devient, finalement. On y arrive.

Des auto-entrepreneurs de l’audiovisuel, en somme.
(BC) Pire ! Des entrepreneurs-associatifs (rires) !
(RB) On peut parler de l’émission, peut-être.
(BC) Ouais. En fait, on a toujours écouté de la musique, mais ça c’est indépendant de notre histoire (commune), on a toujours été comme ça. Moi, je suis un mélomane, Richard ne l’est pas moins. Cinéphile, Richard ne l’est pas moins. Et puis (…)
(RB) Euh, Blofeld…
(BC) Ah oui, DJ Blofeld. Je ne sais pas qui c’est, ce Richard…

Qui ça… ?
(BC) On s’est piqué pour les BO de films, c’est un moyen de faire le lien entre musique et cinéma. D’abord italiennes…
(RB) Avant aussi, il y a de l’electro-pop française, avec les compilations Cheese Records, vers 96, 97.
(BC) Oui. Il y a des portes où tu t’engouffres, et d’autres pas. Celle-là, on y est allé franco ! Et après, on a fait l’émission.
(RB) Le Grand cinérama, avec un côté histoire du cinéma, soit sur un auteur, soit sur un genre…

Une émission de radio ? France Inter, France Culture… ?
(BC) Non, une émission sur Radio 666.

Tout un programme !
(BC) Donc, une émission diabolique, sur le cinéma de genre. Parce que transmettre, c’est mon truc, j’aime bien ça.
(RB) Et après, une partie set musical sur lequel on s’éclate. On a eu de bons échos, on a réuni pas mal de matière, et puis on s’est dit : voilà, là ce serait pas mal de faire ça dans un bar.
(BC) Et puis on nous a appelé, on était en 2011…

Et l’émission de radio, c’était… ?
(BC) En 2010. Donc, en 2011, un festival de cinéma nous appelle, un mec qu’on connaissait par l’émission et qui aimait la musique qu’on passait. Il nous dit : « Ben les gars, vous pourriez pas nous faire un petit set ? » On a décidé d’y aller, on a mis les masque pour se marrer…

Seulement pour se marrer ?
(BC) Non, pour ne pas être exposé, aussi. Et puis le masque, c’est quelque chose de récurrent dans notre cinéphilie.
(RB) Des masques de catcheurs que l’on trouve facilement dans les magasins de farces et attrape !
(BC) Ils collent assez bien à l’identité musicale.

C’est sûr, mais bon, je pense que pour le set à la Bobine, il n’y ait pas eu plus de 3 % des gens qui ont fait le rapprochement…
(BC) Même s’ils ne l’ont pas compris, ça fonctionne !

Oui, et pour ceux qui n’étaient pas trop alcoolisés, le jour où ils verront un bout de Santos sur un écran, ça réveillera peut-être quelque-chose !
(RB) Ça montre aussi qu’on ne se prend pas au sérieux, que c’est récréatif.

Ouais, bon. Mais les gars, vous copiez un peu Daft Punk sur ce coup-là…
(BC) Pas du tout. C’est Daft Punk qui nous pique nos idées. C’est pas pareil (rires).
(RB) Non, eux c’est des casques, nous c’est des masques. Ça fait une différence.
(BC) On a moins de budget, aussi.
(RB) On ne peut pas se payer un designer privé du style Stark.
(BC) Donc, on a fait se set, et après tu sais comment ça marche : un autre type t’appelle, tu le fais aussi. Un jour, y’a un autre type qui appelle et qui te demande : « Vous prenez combien ? », Là tu fais : « Euh, je sais pas… Pourquoi, t’as combien ? » (rires)

Ah bravo ! Très, très bien ! Un sens du commerce absolu !
(BC) Il aurait dit 50, 100, 250, ça aurait été la même ! Du coup, ça paye un peu les frais. Comme on disait tout à l’heure, gagner notre thune là-dessus, ce n’est pas forcément le but. Après c’est bien, on se déplace, on se marre…
(RB) On a un boulot à côté.

Ah d’accord ! Vous n’êtes pas catcheurs professionnels alors ?
(BC) On l’a été dans une vie rêvée…
(RB) Au début, le set était audio uniquement. Le but qu’on se donne, c’est de mixer exclusivement de la BO de film agrémentée d’extraits de dialogues.

C’est venu tout de suite ?
(BC) Ouais, on a toujours plus ou moins fait ça, mis des teasers, etc. En fait, il n’y a pas vraiment de nouvelles idées. Au fil du temps, on affine.
(RB) La dimension vidéo, c’est quelque chose qu’on voulait faire dès le début, mais qu’on n’avait pas eu l’occasion d’expérimenter…

Au niveau chronologie, on en est où ?
(BC) c’est un peu plus récent. Disons, une bonne année.
(RB) C’est ça, un an. On tape dans les films qu’on voit, hein, on a la matière depuis longtemps (rires), mais bon, il y a toujours des trucs qu’on oublie en cours de route. Tu vois, par exemple, discuter avec toi comme ça, ça fait remonter des choses. Du coup, à chaque set, on agrandit cette banque de boucles d’images, et on cherche des solutions pour que ça puisse coller à des ambiances, à une identité. On parlait de Blaxploitation, l’électro-pop française, Bollywood (…)

(avec une grimace) : Beark… Bon, ben désolé les gars, mais moi j’arrête. Vous m’avez perdu en cours de route, là…
(RB, sans relever) : (…) musique de Bikers, blues…

Et, euh, y’a des courants avec lesquels vouas accrochez moins ? Je me doute que, par exemple, la Blaxploitation c’est du pain béni.
(RB) Ah oui, c’est imparable. On a eu des surprises avec l’electro-pop française. François de Roubaix, par exemple, un expérimentateur un peu fou qui détournait les instruments de leur utilisation initiale, et c’est vrai que ça donne des trucs un peu dingues. Mais c’est souvent assez relevé. On fait des tentatives, et après on voit sur les sets si ça a marché ou pas. (à Benjamin :) Ce que tu as passé là, c’était du… ?
(BC) Du Jacques Loussier. Et Alain Goraguer
(RB) On l’a ajouté pour le set à la Bobine. On a testé, et ça marche moyen, faut reconnaître… Mais bon, faut peut-être expérimenter un peu plus.
(BC) Ouais, faut essayer.
(RB) Ouais, bon. Faut tester. Après, le public n’est pas une entité figée. Faut peut-être essayer de le placer ailleurs. Il est peut-être passé au mauvais moment, c’est peut-être de notre faute aussi ! C’est comme un montage de film : il faut que le morceau arrive au bon moment. Après, ta ligne de mire, c’est qu’il faut quand même que les gens s’amusent, qu’ils dansent. Donc tu vois, tout ce qui est glauque, qui n’amène pas à bouger son popotin, on le garde pour soi. Après, ce qui fait bouger son popotin, c’est vachement large. Donc, tu prends des risques.

J’imagine aussi que ça dépend du moment dans la soirée.
(BC) Voilà ! Par exemple, quand on a mixé mardi soir pour les Maudits, la Blaxploitation a eu du mal à faire démarrer les gens en début de soirée. On l’a remis au rappel et les gens n’en pouvaient plus ! Donc, l’état du public, le bon moment, il n’y a pas vraiment de règle…
(RB) Nous, on fait une proposition, et après ce sont les gens qui font leur propre projection.

Vous lancez, vous gardez l’œil sur eux et ça vous permet de vous adapter…
(RB) Oui, et puis tu nous as vu travailler, c’est du fait maison. On a du matériau brut, en musique on travaille au titre. On n’a pas une heure de mix et on met lecture… Et puis pareil en vidéo : on prépare des boucles, et c’est un peu au feeling.
(BC) Et puis on se consulte. En fait, c’est assez aléatoire. On ne fait pas un truc pour nous, genre « Eh bien moi j’mets ça, si t’aimes ou si t’aimes pas, j’men fous, j’le mets quand même ! » Il y a une vraie dimension de partage. On rejette la logique du type qui est dans sa tour d’ivoire et qui veut absolument faire passer ses trucs. On veut se marrer, quoi. Si personne ne danse, ça veut dire qu’on s’est planté.

Alors, question bateau, que vous voyez venir gros comme une maison : est-ce que vous avez eu dans votre « carrière » un grand moment de solitude au cours d’une soirée (rires) ?
(RB) Alors, oui. C’est arrivé une fois.
(BC) Disons que c’était le mauvais moment… On est passé après des films de prison (rires).

Des films de prison… ?
(RB) C’était l’année dernière en décembre, au festival des Lutins du court-métrage qui organisent (…)

(…) Ah ah ah ! Qui organisent la Nuit la plus courte !
(RB) Ils n’ont peut-être pas pu faire autrement, ils ont organisé ça pendant les fêtes…

C’est le 21 décembre, quoi qu’il arrive… Et bon, il y a quand même un choix de films assez large, avec plein de trucs biens, du Laloux, etc.
(RB) Oui, mais là c’était pas en compétition, c’était avant, en guise d’ouverture…

Ah, merde…
(RB) C’était des films de MJC. Bon, je caricature un peu, mais ça n’a pas mobilisé les foules. Donc on s’est retrouvé devant l’équipe, les organisateurs, sur une belle scène, Le Cargo de Caen, avec une débauche de moyens, les techniciens qui nous demandaient si ça allait, des loges avec ton nom marqué sur la porte, un mini-bar…

Le star system, quoi ! Alors, est-ce que ça vous a tenté du coup ?
(RB) Ah, c’est vrai qu’à ce moment-là…
(BC) Il manquait la coke et les putes…

Ouais, mais ça c’est l’étape d’après quand même. Il faut avoir gagné au moins une Victoire de la musique…
(RB) Non, mais je te rassure, on garde bien les pieds sur terre quand même. Et ce genre de trucs, ça te mets les pieds dans le ciment : tu te retrouves comme deux glands sur la scène, tu mixes devant deux potes pendant que l’équipe est au bar avec les organisateurs à boire des coups.
(BC) Voilà, c’était un grand moment de solitude, mais on s’en fout. C’était une belle répétition pour la fois suivante.

Sans parler de remise en question, ça a dû vous faire un peu chier quand même !
(RB) Pas du tout. Parce que bon, ensuite, on nous a proposé de revenir pour l’ouverture de saison de la même salle, et là, boum ! C’était chouette !
(BC) Après, on est là pour agrémenter une soirée qui n’est pas la notre. Nous on arrive, on apprends qu’ils passent trois films sur des taulards qui sortent de prison et qui vont y retourner, avant notre set, je me dis que l’erreur, ce n’est pas qu’on soit là, c’est que lui nous ait mis là !

Dans votre carrière absolument longue et incroyable, est-ce qu’il y a un moment où vous avez été obligé de vous adapter par rapport aux vidéos que vous passez ? Parce que bon, c’est du cinéma d’exploitation, c’est tout le panel de la série B et du cinéma bis qu’on aime, avec forcément moult poitrines et moult paires de fesses…
(BC) On n’adapte pas, mais on peut se permettre d’aller plus loin si on en a envie…

Ah, d’accord ! C’est plus dans ce sens là… Non parce que bon, mardi, il y a eu quelques demandes particulières de personnes dont nous tairons le nom, Sophie et Claire, qui demandaient un peu plus de…
(BC) …de sexes masculins… ?

Voilà, de bites et de couilles (rires)…
(BC) En fait, je trouve déjà que c’est une critique assez juste ! On l’entend, ça. Après, on en fait ce qu’on en veut, mais on l’entend ! Après, Furous Soudtracks mixerait trop sixties, seventies, bon. Y’a quand même peu de chances qu’on soit programmés dans une maison de retraite ou une MJC pour moins de 15 ans. Donc, d’emblée, montrer quelques nichons, c’est pas un problème, et puis de toute façon, s’il y a quelqu’un qui passe la porte en disant : « Enlevez-moi ce nichon de l’écran », je pense plutôt que c’est à lui de se taire.
(RB) Ça serait d’une hypocrisie…
(BC) Ah ouais, carrément ! J’veux dire, qui est choqué par un nichon à part ceux qui défilent dans la rue contre Le mariage pour tous… ? Et à la rigueur, si c’est quelqu’un comme ça qui se pointe, je me ferait un plaisir de lui mettre à l’écran un nichon encore plus gros !
(RB) Et puis, c’est du nichon de qualité !

Non, mais là tu vas aborder un sujet qui va me vexer, rapport à mon expérience personnelle du set où j’ai raté Edwige…
(BC) Et là, c’est du vrai nichon !
(RB) Ah oui, respect total, la classe.
(BC) De toute façon, Edwige, elle a toujours la classe
(RB) Absolument !

La preuve en image...

La preuve en image…


D’un point de vue plus technique, au niveau des images, du son et du mélange des deux, vous faites comment ?
(BC) Pour les images, c’est du sample. Pour la musique, tu vois, on n’est pas DJ. On n’a pas de pratique.

Vous êtes plutôt de la génération numérique, c’est ça ?
(BC) Oui, c’est ça. Tu vois, il y a un mot qu’on a un peu oublié, mais qui nous correspond bien : on est sélecteurs. C’est à dire qu’on ne mélange rien, on propose une sélection musicale, tu vois ?

Comme la playlist de François Cau au cinéma le Club 1 ?
(BC) Exactement ! Tu vois, on fait pas de trucs de DJ.
(RB) Il y deux trois puristes du vinyles qui nous prennent de haut, genre « ah, vous passez du MP3… »

En fait, vous n’êtes pas des techniciens du son.
(BC) Voilà ! On n’est pas dans la même case.
(RB) On ne fait pas la même chose, et d’ailleurs, on respecte beaucoup le boulot qu’ils font.
(BC) Oui, moi, je m’y connais en musique, je ne m’y connais pas en « DJ ». La musique, on la conçoit comme du montage vidéo. Voilà, nous, on assemble des morceaux. C’est une vision presque cinématographique de la musique.
(RB) Et puis on a déjà pas mal de choses à gérer, déjà, avec la vidéo.

Vous venez tous les deux de l’audiovisuel, vous abordez ça sous cet angle.
(RB) Et je le répète, c’est totalement récréatif.
(BC) Ce qui n’empêche pas une forme de tension, ce qui n’empêche pas de se planter, tout ça. Des mecs te disent : « Ouais, c’est bon, t’es derrière un PC, tu lances en appuyant sur un bouton, et c’est tout » Moi, je lui dis : « OK mec, si c’est aussi simple que ça, je te laisse la place, et vas-y ». Rien n’est aussi simple, même avec un clavier dernier cri »
(RB) On part avec une idée d’ambiance, mais après, tout est « fait maison », en direct.
(BC) Après, on n’est pas sur des supports originaux pour des raisons économiques assez simples : une BO de film italien, ça coûte 200 euros sur internet, moi je ne suis pas payé pour ce que je fais, je ne vais pas claquer ça pour un vinyle. Je ne suis pas collectionneur, je ne suis pas professionnel, moi je fais ça en MP3, je pirate et j’en n’ai rien à foutre !

Alors, il s’appelle Benjamin Cocquenet, il habite… Hadopi, si tu nous entends…
(BC) De toute façon, je les emmerde ! Si je le fais, c’est pas que je suis malhonnête, c’est juste que cette musique, j’ai toujours rêvé de l’écouter et pendant des années je n’ai pas pu parce qu’il y avait des enfoirés qui vendaient ça 200 euros le vinyle. Alors le jour ou un type m’a dit : j’en ai plein, sers-toi, eh bien je ne me suis pas fait chier ! Et puis je suis né comme ça, j’ai appris le cinéma avec un gars qui avait une collection de VHS qui me disait : tu ne peux pas te les acheter, alors je te les montre. C’est de la transmission. À 200 euros, ce n’est plus de la transmission, c’est du business. Et moi, je n’ai pas l’argent.

Ça s’appelle le capitalisme, tout simplement. Tout ce qui est rare est cher.
(RB) Et l’important c’est de le partager à notre tour, en le passant un peu par notre prisme.
(BC) La musique de film, c’est particulier. Ça a été pris d’assaut dans les années 90 par les japonais qui ont tout acheté, et maintenant, c’est de la « pièce », tu vois ? Et malheureusement, on aime ça ! Alors parfois, le son est un peu compressé, pas très très bon, c’est le prix à payer de la rareté.

Après, ce n’est pas non plus un concert de musique classique où les gens sont assis.
(BC) Y’a un un type qui est venu me voir pendant le set et qui m’a dit : « Hé, t’as les aigus qui grattent. Il est venu trois ou quatre fois ! Je lui ai demandé : « Mais c’est quoi, ‘les aigus qui grattent’ ? » (rires)

Rappelle-toi ce que notre mentor en projection2 nous avait expliqué, au sujet de ses super projections à la Cinémathèque Française, avec le réalisateur en cabine qui trouvait que l’image était floue. Il faisait semblant de toucher la molette en demandant si c’était mieux, et en deux, trois fois le type trouvait ça parfait !
(BC) Ah oui, c’est vrai !
(RB) Non, mais là c’est aussi inhérent à la qualité des enregistrements de l’époque.
(BC) Dans certain cas, MP3 ou pas, c’est dégueulasse !
(RB) Oh, ça fait une patine, je trouve ! (rires) C’est les enregistrement de l’époque, en quatre pistes. Ça donne du coup un son un peu dense, qui manque d’ouverture, qui manque de spectre. Mais bon, on en a sous le coude ! Ça ne gratte pas toujours l’aigu. C’est qu’il faut avoir l’aigu propre ! Ne pas se mettre les doigts dans l’aigu.

C’est important…
(RB) Sans ça, ça ne sent pas bon ! (silence)

Et, heu… (silence) Non, mais je comprends, hein, j’étais avec vous au resto !
(RB) Bocadillo !!!

Cet enregistrement est sponsorisé, sans qu’il le sache, par El Bocadillo qui nous a bien… Qui nous a bien. (rires) Du coup, les perspectives d’avenir.
(BC) On n’en a pas…

Non, mais comment vous vous projetez ?
(RB) On compte sur la com’. On compte sur l’article que tu vas faire pour nous propulser (rires)… 3

Ah, ben avec les six personnes qui me suivent, vous n’allez pas aller loin !
(RB) Ben, on compte sur ces six personnes pour nous inviter dans des festoches de ciné…

(À vois basse) : Faut pas les inviter… Après, ils restent chez vous et vous pouvez plus les déloger…
(BC) On coûte pas cher, même si je suppose que l’open-bar peut réserver certaines surprises !

Oui, c’est évident. On va appeler ça le « problème bourbon »…
(BC) Oui, il y a une dimension bourbon !

Non, mais quand j’évoquais les perspectives d’avenir,  c’était plutôt comment vous voyez l’évolution de ce que vous faites ?
(RB, hésitant : ) La seule dimension, c’est l’interaction image et son…

En fait, comment ça se passe, concrètement ? Vous êtes chacun derrière une bécane, ça j’ai vu… (rires)
(RB) À l’origine, c’était seulement le son. Chacun faisait son petit mix d’un quart d’heure, et on changeait.

Y’en a un qui allait boire des bières pendant que l’autre bossait ?
(RB, très sérieux : ) Non, non ! On était toujours tous les deux sur scène !

Je vois le genre. Maintenant, il y a des gens qui vous amènent directement les bières… Des filles, en plus !
(RB, sans relever : ) Donc, on change, en plus on est habillé pareil, chemise blanche et masque… C’est l’illusion… Et puis après, on fait rentrer la dimension vidéo là dedans. C’est moi qui m’y suis collé, et à l’avenir, il n’est pas exclu que Bonoben s’y plonge à son tour. Ce sera toujours interchangeable, et chacun apportera un peu d’eau… à ce grand moulin qu’est le Furious Soundtracks !
(BC) Ça fait phrase de fin…

Ouais, c’est vrai. Ça boucle bien. Bon, on va quand même se speeder, parce que si on veut prendre deux, trois clichés pour le reportage photo…
(RB) Mais, c’est bon ? T’as ce qu’il te faut en son ?

Ouais, c’est parfait. Et vous ?
(RB) Ouais, c’est cool ! Juste, pour revenir sur l’interaction image/son, peut-être faire des cassures, et proposer des spots TV d’époque, mais trouvés dans des films. Je pense à Érotissimo, entre autre. C’est de Gérard Pirès…

Ouais, c’est « le » accident de Gérard Pirès !
(RB) Très étonnant, Érotissimo, avec Jean Yanne, Annie Girardot, et toute la troupe de l’époque. Ça fourmille d’idées ce truc-là, c’est chouette. Et donc, ils tournent de fausses pubs que nous, on utilise. Ce ne sont pas des spots publicitaires, c’est du faux spot publicitaire dans un film. Encore une fois, on s’attache à puiser uniquement dans l’univers du ciné. Voilà, essayer un peu plus ce genre de choses, parce que là, on a vu que ça marchait plutôt bien : les gens s’arrêtent de danser, ils regardent, et nous on en profite pour faire une petite pause, boire un coup.

Oui, c’est bien. Ça pose une interaction intéressante avec le public, et on est toujours dans le principe du montage : ça permet de relancer la machine. Parfait, merci messieurs !
(RB) Super !

1 Le bienheureux programmateur de la compétition des Maudits Films a officié dans ce bastion de « l’Art & Essai » grenoblois, et a concocté de joyeuses playlist en lien avec l’univers cinématographique qui sont diffusée en musique d’attente avant les séances.
2 Pour la petite histoire, nous avons travaillé Benjamin et moi pour la même association de projection cinématographique au début des années 2000. Vous saurez tout !
3 Ah, les inconscients ! S’ils avaient su qu’il mettrait quasiment une année à sortir, l’article…

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Entretien avec les Furious Soundtracks (Partie 1)

Bandeau-journal

Ah, là là ! Que de souvenirs émus en retranscrivant cette interview dantesque réalisée pendant les Maudits Films 2013 ! Sous l’influence pernicieuse du rosé à volonté de notre restaurant préféré, les langues se sont déliées, les masques de luchadores sont tombés, et les amis Benjamin et Richard… Euh, pardon, DJ Bonoben et DJ Rico Blofeld, également connus sous le nom de Furious Soundtracks, se sont mis à table sans langue de bois. Et comme votre serviteur avait bien ramassé également, il n’a pas hésité à enclencher le mode gonzo. Un long entretien que je vous propose en deux parties, assorti de petites galeries photos. Enjoy !

F10

DJ Bonoben et DJ Rico Blofeld (ou l’inverse) on stage.


Bonjours Richard, comment t’appelles-tu ?
(Richard Blum) Bonjour ! Je suis Furious 1. Ou 2. Ou les deux, je ne sais plus.

Ah, je vois. Ça dépend du temps, c’est ça ?
(RB) Voilà !

Oui, alors justement, comment je vous appelle, moi ? Vous préférez vraiment garder l’anonymat ou on s’en fout ?
(RB) Euh…

Non, je dis ça parce que dans le journal des Maudits Films, j’ai balancé vos prénoms. Mais si vous préférez, je vous appelle Santos et Blue Demon, et pis c’est marre !
(RB, en direction du couloir) Ça marche encore, Bonoben ou pas, Ben ?
(Benjamin Cocquenet, depuis les cabinets) : Hein ?!
(Un magazine non identifié vole à travers le couloir depuis les toilettes)

Euh…, c’était quoi, ça ?
(BC, depuis les cabinets) Non, mais Mad Movies ça va, Metaluna, je peux pas ! Ça me constipe tellement c’est con !

En fait, Metaluna c’est pour aider à vomir, c’est pas pour…
(RB, en direction du couloir) : Non, mais pour ton nom de scène, Bonoben, ça n’existe plus ou… ?
(BC, depuis les toilettes) : DJ Bonoben, ouais !

OK, Bonoben… Et toi, Richard ?
(RB) DJ Rico Blofeld.

Ouais, c’est pas mal, ça !
(RB) Spécial méchants !

Et comment ça vous a pris, cette histoire, là ?
(RB) Qu’est-ce que je pourrais dire… ? Eh bien, c’est 35 ans de cinéphilie qui se retrouvent concentrés dans un set complètement fou, explosif, autour de supers sons : Blaxploitation, shake italien, electro-pop française. On va peut-être commencer par ça, d’ailleurs. C’est ce qui nous a attiré en premier, des sons à la Michel Magne, Massierra, et puis on travaille aussi sur de la musique de library…

Euh, de la musique de librairie ?
(RB) Tout à fait ! De la musique de library : de la musique d’illustration, comme le label Tele Music par exemple, KPM, ou Chapell, des éditions vinyles à la base, pour illustrer des petites séquences dans des documentaires dans les années 70, 80…

Ah d’accord ! De library ! Non, parce que moi tu me dis « librairie », je vois tout de suite un magasin avec des livres…
(RB) Non, non, library music. Tout ce matériau se retrouve orchestré dans des sets, on essaie parfois de classer par genre…
(BC, depuis les toilettes) Eh ! T’es super sérieux, mec !
(RB, à BC) Pour le moment, on explique qu’est-ce que c’est !

Non, mais comme je disais tout à l’heure, dans l’immédiat on discute, on parle, comme ça. Après, j’en prendrai des bouts, je mettrais tout ça en scène 1
(RB, à BC) T’as fini ton caca ? (Rires généralisés)

Faudra bien penser à faire la photo quand il est sur les chiottes, avec le masque et tout… En train de lire Metaluna…
(RB) Attention, Ben, on arrive avec l’appareil photo !

Nan, pas maintenant. On fera une mise en scène, parce que là, ça peut piquer les yeux…
(RB) Ah ouais, là, tu perds la vue ! (Bruit de la chasse d’eau)

F14

Première partie : Sur la critique cinématographique, ou l’art de se faire des amis en dix leçons…

Et ça remonte à quand, vous deux ?
(Silence)

Enfin, « vous deux » tout court, hein ? On parlera de la naissance de Furious plus tard.
(RB) On s’est rencontrés à Caen, à l’université, en Art du Spectacle. Partagé entre l’étude sémiologique et analytique du cinéma, plutôt ambiance Nouvelle Vague à l’époque, néo-réalisme italien. Et puis, en enseignement théâtral, on va dire, très largement, de Platon à Brecht…

Ah d’accord ! Cinéma et théâtre en même temps !
(RB) Oui, et moi j’ai ressenti une vraie dichotomie entre les deux à ce moment-là : il y avait clairement un clan ciné et un clan théâtre…

(A ce moment, Benjamin nous rejoint, bugne contre la table basse et renverse un mug de café. Le liquide s’écoule jusqu’au dictaphone, que je sauve in-extremis du désastre).

(RB, à BC) Attention ! Ouah, putain… (rires)

(bruits de succion) Alors, là je lèche le dictaphone ! Ce n’est pas une perversion !
(RB) Faut le garder, ce son !

Il est enregistré, mais je ne peux pas le sortir par contre.
(RB) Tu enregistres toujours, là ?

Ouais, ouais, enfin j’espère. Ou alors je me suis fait refourguer de la camelote à la fnac.
(BC) Désolé.
(RB) Accident de café ! Ça arrive…
(BC) « L’émission est interrompue pendant un petit moment »

« Nous vous prions de nous excuser pour cette interruption technique indépendante de notre volonté. Plutôt dépendante de l’alcool, on va dire… »
(BC) Non, pas du tout. Ça, c’est de la malhonnêteté !

De quoi ? De dire que c’est à cause de l’alcool, c’est ça ?
(RB) C’est de la faute au Bocadillo ! 2

Voilà, c’est ça ! C’est de la faute au Bocadillo, soyons clair.
(RB, raccrochant les wagons) Donc, on s’est rencontré à ce moment-là, et on s’est rendu compte qu’on partageait la même passion pour certains films
(BC) Un terreau culturel commun.
(RB) On est des enfants de la VHS. Comme beaucoup, on a commencé une cinéphilie bis, de genre, en solitaire. Innocemment, je pensais pouvoir la partager à l’université, mais ça n’a pas été le cas avec tout le monde. Ça a été le cas avec Benjamin.
(BC) Tu sais, ça prolonge les soirées VHS avec tes potes, quand tu as 14 ans. A un moment, ces amis-là, tu t’éloignes quand tu passes dans les études supérieures. Là, ça perdure dans ce type de rencontres.

Ouais, j’ai la même expérience. Au bout d’un moment, ça disparaît, tu passes à autre chose.
(BC) Ça perdure, mais pas de la même façon. On vieillit aussi.

Et puis on intellectualise beaucoup.
(BC) Il y a ceux qui n’intellectualisent pas, qui ne vieillissent pas et restent sur une position adolescente, et puis il y a ceux qui se disent : « Ce cinéma, je l’ai aimé parce que j’étais un ado, mais peut-être que je l’aime aussi pour d’autres bonnes raisons, même si les autres n’y croient pas. » Après, on les défend un peu, et ça se fait tout seul. C’est de l’émulsion.

Du coup, j’en profiter pour balancer le pavé dans la mare, l’habituel et générique, même si je pense que je connais un peu la réponse : le clivage, entre le cinéma de genre d’un côté, et un cinéma d’auteur qui serait « bobo » de l’autre…
(BC) Y’en a pas. Ce n’est qu’une vue de l’esprit, mais elle est bien présente. Dans la réalité, il n’y en pas. Quand on aime le cinéma de genre, on aime le cinéma.
(RB) À Bout de souffle de Godard, c’est du cinéma de genre.

Je suis bien d’accord.
(BC) C’est des guerres de chapelles. Moi, je ne me sens pas concerné, mais ça te rattrape à un moment où à un autre. C’est ce que je te disais l’autre jour 3. Quand tu veux parler de l’un avec les outils de l’autre, ni l’un ni l’autre ne veulent du résultat, parce que chacun a choisi sa voie. Après, il y a d’autres voies, mais elles sont plus compliquées à mettre en place, parce qu’elles sont moins établies. Moins reconnues aussi, mais… tout change ! Ce qui m’inquiète le plus, c’est pas forcément ça, d’ailleurs.

C’est quoi ?
(BC) C’est qu’il y a certaines écoles de pensée qui on la peau dure. Qui ne nous font pas directement du tort, mais qui perpétuent ce qu’on aimerait qui ne soit pas perpétué. Par exemple, la vision fétichiste. Moi, c’est quelque chose qui m’insupporte. Cette fascination pour le cinéma de genre qui se base sur une seule chose, le souvenir d’un cinéma adolescent perdu, et le retour à un état.

Quelque chose d’uniquement régressif…
(BC) Oui, c’est ça, quelque chose qui perdure, dans l’analyse, mais aussi dans le vocabulaire. Je sors de Metaluna, là. J’en ai lu 15 pages, c’est rempli de : « Ça sent bien les burnes » ou de « c’est bien déchir’ de ta mère de ta race ». C’est tout un verbiage, j’ai l’impression que c’est un gamin de 12 ans qui l’écrit.
(RB) Ça, c’est Jean-Pierre Putters aussi…
(BC) Oui, mais JJP, il est encore ado, alors voilà…

Euh, je pense qu’il en a plus après Rurik au niveau du vocabulaire…
(BC) Ils sont dans la même lignée ! J’ai rien contre ça, mais c’est quand même très dominant. Ça se voit avec les critiques littéraires dans Mad Movies. Stéphane de Mesnildot, qui est un type qui a des outils d’analyse assez pointus tout en parlant du cinéma qu’il aime, et ses bouquins se font défoncer la gueule ! Genre : c’est quoi cet espèce de blaireau d’intello ! En fait, il y a un espèce d’anti-intellectualisme primaire, une forme d’éloge de la bêtise.

Je pense que c’est la génération avant nous qui a le plus subi ce clivage et les crachats à la gueule, parce qu’aujourd’hui, à cause (malheureusement) de la grande mode de la culture geek, on n’hésite plus à aller fouiller dans le passé, le cinéma de genre, le culte de la VHS… C’est plus facile maintenant, je pense que la première génération c’en est pris plein la gueule.
(BC) Bien sûr ! C’est la notre.

Je ne crois pas. J’ai l’impression qu’il y en a eu une un tout petit peu avant, entre les défricheurs, la première école de fanzinat, tout ça, et ce qu’on a maintenant. Je pense qu’il y a une génération intermédiaire qui s’est vraiment faite allumer et qui est venère par rapport à ça, qui a envie de rendre la monnaie de la pièce.
(RB) Tu penses à la génération Lemaire ?

Ouais, plus celle-là.
(BC) La génération Starfix, celle qui a dix ans de plus que nous.
(RB) Ils étaient tout seul, c’était presque du militantisme.

Complètement !
(BC) ils étaient brillants !

Et eux, ils ont subi le rejet de plein fouet, et toute la frustration qui va avec. Je pense que les gens de notre génération qui écrivent, ils en ont un petit peu marre de tout ça, ils essaient de passer outre.
(BC) Sauf que les gens de Metaluna et Mad Movies, c’est quand même des gens de notre âge.

Putain, on parle vachement du sujet de départ, c’est dingue ! (rires)
(BC) C’est des gens qui sont vachement ambigus, et très opportunistes : ils ont tout à fait conscience de faire du potache, parce que de nos jours, quand tu écris « prout », ça plaît à toute une génération régressive…

Excuse-moi de te couper, mais pour moi, ça, c’est clairement l’école Metaluna. Et ceux qui faisaient ça se sont justement barré de Mad pour aller faire Metaluna…
(BC) …tout en vénérant, par exemple, Midi-minuit fantastique, en lui faisant un enfant dans le dos puisqu’ils ne perpétuent pas l’intelligence du discours.

Oui, bon, je suis d’accord avec toi, mais il y a des gens à Mad comme Alexandre Poncet, qui, je trouve, a une vision super enfantine du cinéma. Attention, je n’aime pas les films qu’il aime, mais au niveau de (…)
(BC) Ouais, bon, il faudrait qu’il couche avec une nana. Quand tu le vois qui joue encore avec ses petits bonhommes en plastique…

(imperturbable)…Il a ce côté enfantin, qui du coup dénote totalement du reste…
(BC) Tu devrais le mettre dans ton interview, tiens ! Je vais me faire aimer !

T’inquiète pas, je prépare des dossiers ! Donc toi, c’est Benjamin Cocquenet, hein ? J’active l’identification vocale…(rires)
(BC) Oui oui, c’est ça ! Donc Alexandre Poncet, c’est un mec avec une barbe qui a des boutons partout, des lunettes en plastique, et qui tripe sur Bilbo le Hobbit parce que, sexuellement, (…)

Non, mais en fait, j’ai vu passer une photo, il a un enfant maintenant…
(BC) Eh bien tant mieux, parce que bon, il est triste à mourir…

Oui, je suis d’accord, mais ce n’est pas des films que je parle. C’est plus du ton, en fait, c’est un gamin qui regarde le cinéma avec ses yeux d’enfant. Après, j’ai pas vu son doc sur Ray Harryhausen…
(BC) … qui est très très chouette, parce qu’il y a un émerveillement !

C’est ce que j’apprécie chez lui.
(BC) Mais par contre, là où le bât blesse, c’est qu’il aura le même émerveillement pour la merde numérique de Peter Jackson que pour Ray Harryhausen. Donc, en fait, pour lui l’enchantement n’a pas d’identité. C’est un cinéma enchanteur, point. Quoi qu’il soit, d’où qu’il vienne. Il n’y a pas de vision historiciste du cinéma. Pour lui, chaque œuvre fait partie d’un acte de consommation pure, il n’y a ni avant, ni après.

En fait, c’est Positif, quoi. En opposition aux Cahiers du Cinéma.
(BC) C’est la logique du film.

Le film en tant que tel.
(BC) Et ça, pour moi, c’est une vision très pop. C’est l’art du single. Le cinéma, c’est un album, et il prend chaque film comme un single.

J’en parlais, parce que c’est quelque chose qui existe chez Mad, mais pas du tout dans Metaluna. Bon, on va arrêter là dessus parce qu’on pourrait en parler pendant des heures. Mais voilà : il y a Metaluna avant et Metaluna après, avec des gens comme Jean Depelley qui était très old school, mais qui apportait vraiment quelque chose, un côté plus fanzine.
(BC) C’est normal, Jean Depelley est un mec de droite… (rires)

Tout le monde sait que c’est la solution, de toute façon !
(BC) Je pense qu’il y a un problème dans Metaluna, ce côté potache, ce côté très « prout-prout », « faut que ça envoie. » Ça faisait partie d’une attitude un peu anarcho-libertaire dans les années 70. Et ça, c’est démodé. Aujourd’hui, avoir une telle attitude, ce n’est plus libertaire ou anarchiste : ils se battent contre quoi ? Contre qui ? S’ils font ça, c’est bien qu’ils se battent contre quelqu’un ou quelque chose. Ils se battent contre le monde ? Contre Les Cahiers du Cinéma ou contre l’Écran fantastique, qui ont malheureusement pour eux des gens un peu plus intelligents dans leur rédaction ? Comme Jean-Claude Romer qui disait : « Nous, on va montrer Terrence Fisher parce que c’est provocateur », les anarcho-syndicalistes des années 70, même s’ils avaient un petit côté potache, ce n’est pas juste de la provocation.

Oui, c’était politique. C’est cette fameuse première génération qui disait : « Eh, les gars, il y a ça, aussi ».
(BC) Aujourd’hui, cette provocation-là, elle n’a plus cette dimension politique, donc elle retombe très vite en enfance, du style « pipi-caca »

J’veux pas être méchant, mais t’as vu la sinistrose totale au niveau de l’actualité des sorties salles du cinéma fantastique ? Quand tu vois Mad Movies qui est obligé de faire des dossiers à la con sur les films de SF qui sortiront l’année prochaine. Ou qui s’emballent sur des machins, alors que tu vois très bien qu’ils ne le sont pas vraiment, mais qu’ils ont un magazine à vendre pour bouffer. C’est aussi un miroir de la pénurie actuelle.
(BC) Oui, c’est pour ça qu’il y a une bonne partie des pages sur autre chose, et moi je trouve que c’est une bonne idée (…)

(à RB : ) Houlà, tu vas vomir, c’est ça ?
(RB) Je n’aurai qu’un mot : Bocadillo…
(BC) Je tiens à le dire qu’il y a DJ Blofeld qui va mourir en direct ! Ça, c’est le happening de l’émission ! Il faut le dire ! (rires)
(RB) Non, si je vomis, je veux une chute d’eau derrière moi…

En Indonésie, alors ! 4
(BC,reprenant le fil de la discussion) … C’est pour ça qu’ils ont donné une partie de leurs pages à Fred Thibaut, à Christophe Lemaire…

A Christophe Bier…
(BC) … Des gens dans la nostalgie du passé, et je trouve que c’est un bon mélange.

Oui, je suis tout à fait d’accord !
(BC) Surtout qu’ils ont viré le gros-gras de Rurik, avec ses « bite, moule, couille, j’enfourne et je te retourne », subtil, quoi ! C’est du cinéma-kebab qu’ils font à Metaluna. Chez Mad Movies, ils ont eu cette tendance là, mais ça s’est un petit peu calmé.

Oui, surtout qu’il y a quelqu’un comma Fausto (Fasulo, le redac’-chef de MadNdV) qui tient un peu plus la baraque.
(BC) Tout à fait. C’est quelqu’un d’ailleurs qui est discret, et quand il parle, au moins, tu l’écoutes.

Quand tu vois le tableau avec les notes, même si je suis contre le principe, tu te dis que ça ne doit pas être facile d’avoir une cohésion…
(BC) Fausto, c’est quelqu’un avec qui tu n’es pas obligé d’être d’accord, mais tout ce qu’il dit mérite d’être écouté. Au moins, ce qu’il dit, c’est pensé…

Bon ! Allez, cette parenthèse étant terminée… On parlait de quoi au départ… ? De votre rencontre, c’est ça (rires) ?
(RB) Oui, c’est ça, de la rencontre, la fac, tout ça…
(BC) La fac, la pratique aussi. On aimait bien toucher les bidules.

(À suivre…)

1 … Ou pas ! C’est tellement plus drôle comme ça, version brut de décoffrage…
2 … El Bocadillo est un restaurant espagnol fort sympathique de Fontaine, dans l’agglomération grenobloise, qui présentait un triple avantage : Pas cher et très bon, juste à côté de chez moi et… avec pinard à volonté le midi. Inutile de dire que c’est rapidement devenu notre seconde maison.
3 En plus de ses activités de luchador mélomane, et pour mettre du beurre dans les épinards entre deux projets de livres, Benjamin officie comme intervenant cinéma, principalement en Basse-Normandie. Il fait ici référence à une discussion que nous avions eu dans la semaine à ce sujet.
4 Il s’agit de référence à l’excellent film en compétition aux Maudits, The Art of Killing, que nous avions vu la veille et dont vous trouverez le compte-rendu ICI.

Gallerie photos : Les Furious Soundtracks en action…

 

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Robert Darvel à la question (Seconde partie)

BOUTONBONUS

Le Carnoplaste et l’art étrange du cinématographe…

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Quels sont tes goûts cinématographiques ?
Oh, ben moi, tout ce que j’appelle très élégamment des daubes. Des choses qui portent encore le côté merveilleux du cinéma, c’est à dire une histoire d’1h10, avec pas de gras, qui coule toute seule, au premier degré. Tout ça, j’adore.

Donc, plutôt séries B ?
Ouais, mais je suis pas « Nanarland » du tout, tu vois ? Moi, le cinéma populaire m’ennuie profondément quand il est mauvais. Mais quand par surprise, il devient bon… Par exemple, le western Rio Conchos (Gordon Douglas, 1964 – NdV), ou Les Quatre plumes blanches (Terence Young, 1955 – NdV). Il faut que ce soit une belle histoire, qu’elle soit bien racontée, et qu’il y ait du sens derrière. Faut pas que ça soit un truc creux.

Oui, je vois. Je suis pareil, ce que j’aime, c’est l’honnêteté.
Voilà, c’est le mot : l’honnêteté. Il y a des choses qui sont palpitantes, alors qu’il n’y a pas de moyens, alors que la même chose faite par quelqu’un d’autre, on s’endort avant la fin, c’est nul, il n’y a rien, pas de matière, de substance. Tarantino, j’ai bien aimé jusqu’à Boulevard de la mort. Et après, Inglorious Bastards, j’ai trouvé… C’est pas ça, quoi ! Et puis son western, je ne me suis pas endormi, mais un mois avant, j’avais vu « l’original », qui n’a strictement rien à voir. Eh bien, il y a autre chose qui se passe chez Tarantino. Alors, il sais faire, mais il sait faire quoi…? Je ne sais pas.

Oui, Tarantino, ça serait bien qu’il fasse un film personnel un jour. Après, si on oublie le titre et le décorum, son western est ce qui s’en approche le plus.
Ouais, bon. Je l’ai regardé, mais je n’en ai rien ramené. Reservoir Dogs, par contre, je me rappelle l’avoir pris dans la tronche sans avoir rien vu venir. Et à la revoyure, Reservoir Dogs, ça reste correct.

Oui… Sauf quand on connaît l’original. C’est toujours le même problème avec Tarantino : un jour, on découvre le film qui lui a servi d’inspiration…
Réservoir Dogs aussi… ?

Eh oui, c’est « inspiré » d’un film hongkongais, City on Fire (Ringo Lam, 1987 – NdV). Et du coup, le dernier film que tu ais vu et qui t’ai vraiment emballé ?
Alors là… Ah si, dernièrement, j’ai regardé à nouveau Deadwood, la série commencée par Walter Hill, pour la montrer à mon épouse. C’est ce que j’ai vu de plus épatant depuis longtemps. La saison 3 de Deadwood, il y a une espèce de subtilité quand il y a la vieille troupe de théâtre qui arrive en ville, alors que Hearst essaye de tout racheter en tuant des gens. C’est extrêmement subtil, c’est super cruel, le héros, celui auquel on s’identifie, c’est une crevure finie, mais en fait c’est lui qui a raison par rapport aux saloperies qui viennent de Chicago et d’ailleurs , et qui sont bien pires. C’est vraiment la naissance des États-Unis. La matrice, c’est un film de Robert Altman qui se passe dans la neige, avec Julie Christie, John McCabe (1971, avec aussi Warren Beatty – NdV). C’est un joueur professionnel qui arrive en ville, il s’associe avec une prostituée, et à la fin il se fait massacrer par les gens bien-pensants, en fait plus salopards que lui. C’est la matrice de Deadwood. Tu imagines, ça (Robert montre autour de nous le champ boueux qui accueille les tentes du festival) qui devient une ville.

Deadwood

Je t’avoue que je ne suis pas allé après la première saison, par manque de temps, mais il faut que je m’y remette. Ça aborde la face cachée de la naissances des États-Unis, et j’ai beaucoup aimé le début.
Et puis c’est vraiment écrit très intelligemment. Bon, ça peut déconcerter, parce que tout le monde parle d’une manière très littéraire. Que ce soient les prostituées ou les autres, on leur met dans la bouche des termes et des manières de parler qui sont vachement complexes. Le décalage peut être assez marrant, l’histoire procède souvent par ellipses : on ne sait pas vraiment pourquoi les gens sont là, ou de quoi ils parlent, mais petit à petit, tout se met en place et c’est vraiment très très bon. Malheureusement, il y aurait dû avoir une saison quatre, mais ça s’est terminé parce qu’ils n’avaient plus de crédits. Du coup, on laisse les personnages en plan, et c’est à nous d’imaginer la suite. Après, sauf trois, quatre inventions, tous les personnages ont existé.
Si, dans les derniers trucs que j’ai revu et qui étaient bien, il y a Point limite zéro (Richard C. Sarafian, 1971 – NdV). Je l’ai vu au cinoche, quand c’est ressorti. C’est vachement bien joué et c’est super bien filmé. Sinon, mon cinéaste de prédilection, c’est Werner Herzog. J’ai pris Aguire dans la tronche en 73, j’ai dû le voir, je ne sais pas… 25 fois depuis ? Et je suis Herzog parce qu’il a un sens de l’humour qui me captive particulièrement. Il sait faire des trucs que les autres ne savent pas. Il pose ça caméra, il a un sens de l’image…

Et surtout de l’innovation ! C’est un réalisateur qui ne s’enterre jamais dans la routine !
Sans parler des aventures autour des tournages ! Je le suis depuis toujours, même ses derniers trucs. Je suis déçu, il va faire un film dans le désert, d’après une nenette qui est l’équivalent de Lawrence D’Arabie, je ne me souviens plus comment elle s’appelle (Gertrude Bell. Le film, Queen of the Desert, sera montré à Berlin début février – NdV). Le rôle devait être joué par Naomi Watts, mais pour des histoires de pognon et de retard, c’est Nicole Kidman qui va la remplacer. C’est un peu dommage…
L’intérêt de Herzog, c’est que c’est le même fil narratif d’un film à l’autre. Il y a un site qui s’appelle DVDClassik qui a étudié ça, c’est très très bien fait. Et même si le film en soi n’est pas très important, quand tu le replaces dans sa filmographie, il prend une autre ampleur.

Ce qui est de plus en plus rare. Il n’en reste plus tellement, des comme ça…
J’aimais bien David Lynch, mais il est un peu perdu, là. Et Robert Altman. Parce que c’était barré…

Je ne m’y mets que maintenant. Il fait partie de ces réalisateurs dont j’avais vu une ou deux choses qui m’avaient déplut, du coup je l’avais catalogué…
Il y a des choses un peu datées des années 70, 80 avec une thématique qui n’intéresse plus trop. Même M.A.S.H., des choses comme ça… Bon, ça reste méchant.

C’est justement par M.A.S.H. que je m’y suis remis. Je me faisais une série de films de guerre sur la Corée, les Samuel Fuller notamment, et même si je savais qu’il parlait en filigrane du Vietnam, j’ai enchaîné dessus. Et pour un acteur comme Elliot Gould, que j’aime bien. J’ai beaucoup aimé le ton totalement décalé. D’accord, il y a un petit côté suranné, ça a été fait et refait…
L’homme Robert Altman est vraiment très très bon.

Là, j’ai revu Le Privé il y a quelques jours…
Oh oui, avec le chat qui gueule parce que ce n’est pas la bonne marque de bouffe… Mais même son dernier film, je ne sais plus ce que c’est, c’est l’histoire d’une émission de radio qui dure depuis 40 ans et qui se termine… (The Last Show, 2006 – NdV). Dans le même genre, il a aussi John Huston, qui fait The Dead (Les Gens de Dublin, 1987 – NdV) alors qu’il savait qu’il allait claquer.

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J’ai beaucoup d’affection pour les derniers films des grands réalisateurs.
John Huston, c’est aussi un de ces cinéastes capable de tout, et à chaque fois il y a quelque chose de passionnant dans ce qu’ils font.

Oui, des fois ça va être un plan, une idée…
Ce après quoi court Clint Eastwood depuis des dizaines d’années… Chasseur Blanc, Cœur Noir.

Qui est un peu oublié, comme Bronco Billy d’ailleurs. Je n’ai jamais compris pourquoi ces films étaient totalement mis de côté, surtout par rapport à ses films plus récents. Bon, Gran Torino était vraiment bien.
Oui, Gran Torino, j’ai beaucoup aimé. The Changeling, j’ai aussi trouvé que c’était bien, parce qu’Angelina Jolie jouait quelque chose de nouveau. Je me souviens, quand j’ai eu 13 ans, on habitait à Paris et je me suis dit : tu peux aller voir un film interdit aux moins de 13 ans, et ça coïncidait avec la sortie de L’inspecteur Harry (Don Siegel, 1971 – NdV). C’est vrai que ça m’a choqué, quand même. Pas tellement la violence, mais le moment où le méchant va payer quelqu’un pour se faire tabasser et prouver que le flic est mauvais. Ça, à 13 ans, tu comprends pas. J’aimais bien John Boorman, aussi. Ou William Friedkin. Bug… (2006 – NdV)

Oh là là, et son dernier, Killer Joe !
Je ne l’ai pas encore vu.

J’aime beaucoup Friedkin. Ce qui est génial avec lui, c’est qu’il n’a plus rien à prouver.
Et surtout, il s’en fout ! Il parait qu’il est sur les rangs pour la seconde saison de de True Detective ? Mais bon, comme je n’ai pas vu la première… En tout cas, ça fait du bien à une petite maison d’édition qui s’appelle Malpertuis, et qui avait sorti Le Roi en jaune de Chambers. Cette édition existe parce que Christophe Thill n’était pas content de la précédente traduction, chez Marabout. Et donc, c’est Malpertuis, même si elle s’appelle comme ça en hommage à Jean Ray, qui a ressorti le bouquin. Et comme il y est fait référence dans True Detective, ça a fait énormément de bien à cette petite maison d’édition. En tout cas, comme cinéastes, c’est ce genre de calibres que j’apprécie. C’est pourquoi il y a un certain nombre de choses que je ne supporte pas dans le cinéma actuel. Je suis assez déçu. Avant, on habitait avec mon épouse en banlieue parisienne, et le samedi ou le dimanche, on se déplaçait à Paris en train et on allait voir trois films. Le premier, on savait à quoi s’attendre : on choisissait le film d’un mec qu’on aimait bien. Le second : le dernier Eastwood, ou Stallone, ou Schwarzenegger, bref, de la récréation. Et pour le troisième, on regardait le résumé des films dans Pariscope, et on en choisissait un où on ne savait absolument pas à quoi s’attendre. Un film mystère. Et on est tombé, par exemple, sur Eraserhead (David Lynch, 1977 – NdV). Et ça, tu vois, c’est des conditions parfaites : tu choisis le film, mais tu ne sais pas ce que tu vas voir. Voilà.

Eh bien, merci beaucoup !
Merci à toi, pour ces questions. Des fois tu es interviewé par des gens, tu ne sais pas quoi raconter. C’est bateau.

C’est parce qu’en fait, je ne sais pas vraiment comment faire une interviews (rires).

Cette interview a été réalisée le 12 juillet 2014. Un immense merci à Robert Darvel pour sa disponibilité et sa gentillesse. Et au Festival des Imaginautes pour l’avoir invité (et aussi pour le défilé des jolies filles en costume steampunk. Que voulez-vous ! On ne se refait pas…)

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Robert Darvel à la question (Première partie)

BOUTONBONUS

Les Activités fasciculaires du Carnoplaste…

C’est en voisin que je me suis rendu cet été aux Imaginautes, sympathique festival situé au pied du Vercors et consacrée aux mondes de l’imaginaire. L’occasion de croiser de vieux amis et d’en rencontrer de nouveaux. Et surtout de passer Robert Darvel à la question. Du long entretien qu’il m’a accordé, j’ai extrait ce qui était consacrée aux éditions TRASH pour le fanzine. Mais pas question de remiser le reste aux oubliettes ! Je vous le propose ici, en deux parties pour en faciliter la lecture.

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Robert Darvel, alias le Carnoplaste

Le Carnoplaste, d’où ça vient ?
J’ai toujours aimé Harry Dickson que j’ai découvert en Marabout dans les années 80, puis avec les 21 tomes chez Néo et plus récemment avec l’amicale Jean Ray. J’ai un ami peintre qui s’appelle Alain Letort, un Normand, et dans les années 90, il a fait des grandes toiles à l’huile avec des couvertures de fascicules qui n’existaient pas, en reprenant la numérotation à peu de choses près là où Jean Ray s’était arrêté. Je n’ai pas été voir l’exposition, mais j’ai trouvé que c’était intéressant comme truc, et entre temps l’université de Caen avait demandé à des universitaires d’écrire des histoires à partir des toiles d’Alain Letort. Mais une seule personne connaissait Harry Dickson, donc chacun a fait de l’autofiction et parlé de lui en se foutant du détective. Il y en a eu 6 volumes, édités en petit format en plus, ce qui n’avait rien à voir avec le côté pulp. Connaissant Alain Letort, je me suis dit : il y a autre chose à faire avec ces toiles. Déjà, les sortir en grand, comme les fascicules, et écrire de véritables histoires d’Harry Dickson derrière. Donc je me suis improvisé écrivain à ce moment-là. Je n’avais encore rien publié. J’ai écrit trois histoires et je suis allé voir Letort qui était très content du résultat. On a commencé à démarcher des éditeurs pour leur vendre l’idée d’une sortie sous forme de fascicules. On a été voir Terre de brume, et deux, trois autres dont un belge, mais ça n’intéressait personne.

Qu’est-ce qui à coincé ?
Ils étaient frileux par rapport au lectorat supposé et aux coûts de fabrication. Il n’y avait pas de cible particulière, à part quelques nostalgiques d’Harry Dickson. Du coup, je me suis improvisé – là-aussi – éditeur. Comme je viens de la publicité et du maquettisme, je savais faire un livre de A à Z, du crayonné jusqu’à l’envoi chez l’imprimeur. J’avais donc les compétences requises et j’ai imprimé les trois textes sous forme de fascicule. Au début, j’ai monté une association, le Carnoplaste, et depuis deux ans et demi, trois ans c’est devenu une société. J’ai fait un petit site internet et j’ai commencé à proposer ça. Ça aurait très bien pu s’arrêter aux trois premiers que j’ai sorti. J’ai du en vendre quoi ? une soixantaine ? Et je suis rentré dans mes frais… Bon, j’ai dû vendre une bonne partie de ma bibliothèque pour financer le machin (rires) ! J’en ai ressorti trois autres, et ça fait sept ans que ça dure.

Comment ça s’est mis en place ?
Au début, je ne connaissais ni illustrateur – à part Alain Letort, qui signait Isidore Moedúns –, ni auteur. Et puis j’ai rencontré Brice Tarvel, qui écrit lui-même des Harry Dickson pour Malpertuis, et je lui ai proposé d’écrire quelque chose pour moi. Il a écrit Nuz Sombrelieu, l’histoire d’un détective cul-de-jatte dans la France de la Belle Époque. Comme je ne connaissais personne, j’ai fait moi-même l’illustration. Pour la couverture du deuxième volume, j’ai été cherché quelqu’un que je n’avais pas revu depuis le lycée et qui s’appelle Éric Gutierrez. J’ai fait un ou deux festivals, j’y ai connu Patrick Dumas et Richard Nolane, quelqu’un de très précieux pour la littérature populaire. Petit à petit, faire des fascicules m’a permis de me démarquer par rapport aux autres, le truc est devenu stable et j’ai pu démarcher des auteurs. J’ai été invité chez Corteggiani par Brice Tarvel, j’y ai croisé Marc Caro, de Métal Hurlant puis de Jeunet et Caro, qui a trouvé le principe marrant et trois mois après, il m’a envoyé une couverture. Je lui ai dit : j’ai une idée d’histoire du système solaire en 1920, avec chaque planète, et il m’a envoyé Sérénade Sélénite. Le titre est de lui. A partir de Caro, j’ai croisé Philippe Caza, et dans la même série il m’a offert Vénéneuse Vénus. On s’est mis d’accord sur le principe du titre, une allitération avec le nom de chaque planète, et de fil en aiguille j’ai des illustrateurs pour les dix planètes. J’ai croisé Jean-Michel Nicollet au salon Zone Franche, on a parlé Harry Dickson, il connaissait mon activité avant qu’on se rencontre et il m’a proposé de travailler pour le Carnoplaste. Je lui ai donné : des romains perdus dans la neige attaqués par des calmars (rires), et il m’a livré il y a quelques temps une très belle couverture. C’est un gars qui s’appelle Tristan Lhomme qui est en train d’écrire l’histoire.

Ah, Tristan Lhomme, que les rôlistes connaissent bien !
Oh, c’était les années 80, 90.

Comme tu me le disait tout à l’heure, le principe, c’est de partir des illustrations et que le texte vienne ensuite ?
Pour certaines choses, comme la série des planètes, oui. C’est à dire que je choisis le titre des dix fascicules, comme Pluie de plomb sur Pluton, Miasmes mécaniques sur Mercure, De la thune sur Neptune, normalement, c’est Corteggiani qui m’écrit ça, avec les Pieds Nicklés qui vont là-haut. Qu’est-ce qu’il y a d’autre… ? Il y a Terreur Terrestre, la suite de Sérénade Sélénite. Il y a Dernier bus pour Uranus, celui-là, il était délicat à trouver, parce qu’avec Uranus, on a vite fait de… Tu vois. Dans le principe, c’est Louis Feuillade qui va tourner un serial sur Uranus.

Fantômas sera de la partie ?
Peut-être, je ne sais pas encore… On verra ! Sinon, pour en revenir aux débuts du Carnoplaste et après la rencontre avec Brice Tarvel, il y a Romain d’Huissier. Il vient du jeu de rôle lui aussi, il a fait un truc assez connu qui s’appelle Qin et il m’a proposé de décliner une série de fascicule en hommage à la Shaw Brothers et aux films de sabre chinois. Il en a déjà fait deux.

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Un soir, je regardais un DVD de Luchadors, un truc un peu bébête et j’ai émis l’hypothèse sur Facebook que ça pourrait faire une série amusante. Romain m’a dit : j’ai l’homme qu’il te faut, il s’appelle Julien Heylbroeck et il habite à Anger. C’est comme ça que j’ai fait la connaissance de Julien qui m’a fait les aventures de Green Tiburon. Il en a écrit deux, on attend le troisième sous peu, et c’est devenu un pilier du Carnoplaste. C’est lui qui s’occupe de Soviets sur Saturne, avec une couverture de Jeam Tag, et on a écrit ensemble un fascicule qui s’appelle Cover to Cover, c’est à dire qu’il y a deux histoires tête-bêche. Il y en a une qui s’appelle Ravageuse, un western subaquatique écrit par Irène Maubreuil, et l’autre, c’est Midget Rampage, l’histoire d’un nain déguisé en gorille qui est mascotte d’une équipe de football américain. On s’est mis d’accord au départ, on a écrit le squelette d’une histoire qu’on a déclinée dans deux univers différents. C’est la même intrigue, mais en version western subaquatique et en version hommage aux VHS des années 80. Si on regarde bien, les thématiques et les péripéties sont les mêmes, et il y a des personnages qui ont des noms identiques dans les deux récits. On va re-décliner ça avec Julien pour un post-apocalyptique en dentelles. C’est Louis XIV qui se prend une comète sur la tronche, Versailles est détruit, et dix, vingt ans plus tard, il y a des survivants qui sont cernés parce que dans le Jardin des Tuilleries, il y a des anthropophages. On s’est mis d’accord sur le squelette du récit, on va chacun écrire notre partie, et de temps en temps il y a un de mes personnages va se faire capturer par les siens et je ne sais pas ce que Julien va leur faire.

D’après ce que tu me dis, il y a un réel ancrage du Carnoplaste dans la culture populaire au sens large : littérature avec Harry Dickson, mais aussi cinéma…
Oui, c’est ce qu’on appelle de la littérature d’exploitation, en fait. C’est ce que fait Tarantino au cinéma, mais d’une manière beaucoup plus maladroite que nous (rires). Nous, le jeu, c’est de s’inspirer d’un truc, mais d’inventer quand même. C’est d’être humble par rapport aux matériaux de départ et d’essayer de les nourrir avec quelque chose de nouveau. Pas uniquement s’en servir de référence, avec des trucs cryptés, ou reprendre des personnages pour leur faire vivre des trucs sans intérêt. Le but jeu, c’est de partir de cet acquis et de construire dessus, de proposer au lecteur quelque chose de nouveau.

Et ça fonctionne ?
Financièrement parlant ? Non. Disons que j’équilibre les comptes, et à chaque fois je peux sortir ce que je veux. C’est auto-financé de plus en plus rapidement, et le temps se réduit entre le moment où je sors quelque chose, et où il est payé. Ça a tendance à se réduire pas mal. Mais moi, je n’en vis pas de toute façon. J’ai quand même quitté mon boulot d’avant, je ne fais plus que ça. C’est une société, j’ai aussi des frais afférents au truc, c’est à dire que j’ai un comptable, il y a les impôts sur les sociétés, donc je ne dégage pas assez d’argent pour me payer Mais je paye tous les auteurs et tous les illustrateurs, l’imprimeur est payé, le comptable est payé, et l’État est payé. C’est un petit chiffre d’affaire par an, mais c’est stable et c’est viable.

C’est malheureusement souvent le problème de ce genre de structures…
Oui, il faut avoir une épouse qui ait un travail et qui autorise le mari à faire le nigaud sans rapporter d’argent.

Et au niveau du public ? Parce que bon, là, on se croise aux Imaginautes, sous la pluie et dans le froid… C’est pourtant si beau d’habitude par ici…
Demain, ça devrait se dégager… C’est ce qu’ils disent en tout cas !

Ce sont plutôt des habitués ?
Pour le lectorat ? Oui. C’est d’ailleurs assez attendrissant, parce que j’en ai qui m’ont pris les premiers Harry Dickson il y a sept ans, et qui continuent systématiquement à m’acheter des fascicules. Et j’ai même fait une souscription pour cette année : les gens pouvaient acheter les quatre, les huit ou les douze fascicules à venir, ils les payaient à l’avance, et sans savoir ce qui allait sortir ! Ils ont donc reçu des choses auxquelles ils ne s’attendaient pas. Il y a des gens qui me suivent depuis le début, il y en a qui ont décroché quand je suis parti sur d’autres trucs, comme Jeanne d’Arc contre le Maître des Vampires, parce que cela de les intéressait pas. Ceci-dit, le lectorat de Harry Dickson est toujours là.

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C’est une série que tu continues ?
Ah oui, j’ai 35 histoires à faire ! J’ai terminé la onzième la semaine dernière. Sinon, le public se renouvelle, et en fonction des univers, je touche des gens différents. Grâce à Romain d’Huissier, j’ai touché le public des jeux de rôle que je ne connaissais pas. Je ne savais pas du tout ce que c’était. Il m’a amené un lectorat assez intéressant, puisque pour Green Tiburon, le luchador, on a fait un partenariat avec une maison d’édition qui s’appelle Pulp Fever pour faire un jeu qui s’appelle Luchadores, autour de ce personnage. On peut se servir des fascicules comme de nouveaux scénarios.

Finalement, cette approche a un côté très moderne : c’est ce qu’on appelle le cross media.
Oui, oui ! C’est comme pour le nom du Carnoplaste. Mon pseudonyme, Robert Darvel, je me le trimballait depuis longtemps, et tout s’est emboîte « à l’asiatique », si je puis dire. On se laisse porter par les choses, on les nourrit au fur et à mesure et on arrive à destination, plutôt que de penser tout en amont. Tout ça, c’est à la fois le hasard, et puis ça tient, c’est marrant.

Et tes autres activités ? Tu me parlais de la maquette du livre de David Didelot ?
Oui. Mais ça, c’est histoire de gagner un petit peu d’argent quand-même. J’ai fait la maquettes pour Gore – Dissection d’une collection, chez Artus Films. Là encore, c’est le fruit du hasard. C’est Thierry Lopez de Artus, que j’avais croisé au Bloody Week-End, qui m’a téléphoné parce qu’il cherchait un maquettiste pour le bouquin de David. Il m’a demandé qui s’occupait du Carnoplaste, et je lui ai dit : ben, c’est moi, c’était mon métier d’avant, et je lui ai envoyé mes tarifs, il m’a dit : pas de problèmes, je te paye le quart de ce que tu demandes (rires). Non, non. Je déconne. Et donc, j’ai été amené à faire ça, ça met du beurre dans les épinards. C’était très amusant à faire, j’ai tout réappris sur la collection Gore, et du coup je fais aussi les maquettes des livrets vendus avec les DVD d’Artus, sur le gothique espagnol entre autre. On a le même amour de la chose populaire, un peu « passée ». Et on pense aussi à faire quelque chose, avec un DVD et un fascicule. J’ai aussi un projet avec un gars qui s’appelle Donovan Potin, un cinéaste du côté de Morlaix, je crois. Il a fait un film qui s’appelle Les Périls de Charles Jude, un hommage aux serials de Louis Feuillade disponible sur Internet, et il attaque en ce moment Le Nyctalope, qui dure une dizaine de minutes. On ne s’est pas encore vu, mais on a sympathisé et on est en contact, je vais sortir la novélisation de son serial Charles Jude, comme ça se faisait à l’époque. Avec en couverture une image tirée du film colorisée.

Comme un ciné-roman.
Voilà, ce genre de trucs-là. Donovan Potin, c’est très intéressant ce qu’il fait. Et tout ça, c’est pareil, ça n’était pas calculé ni rien, c’est le hasard des rencontres. C’est pour ça que des festivals comme celui-là, même s’il pleut, on rencontre quand même des gens avec lesquels on est amené à travailler par la suite, ou qui ont lu ce que vous faites. C’est l’intérêt de ce genre d’événements. Et quelle que soit la météo !

(À suivre…)

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Gallery

La Nuit Hallucinée 2013 en photos

This gallery contains 48 photos.

Non-content d’avoir couvert la Seconde Nuit Hallucinée du 14 décembre 2013 en mode gonzo pour le dossier du numéro 2, je me suis essayé au reportage photographique. Vu le résultat, on m’a fortement conseillé de lâcher l’affaire. Étonnant, non ? … Continue reading

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J-3 !

Eh bien, nous y voilà. Avec deux ans de retard, le numéro 2 des Chroniques d’un Vidéophage est là ! Certain(e)s privilégié(e)s ont pu le découvrir en avant-première au Festival des Maudits Films de Grenoble la semaine dernière, quelques boutiques sont déjà approvisionnées (La librairie Omerveilles à Grenoble, le Metaluna Store – qui a déjà tout vendu ! Réassort dans une dizaine de jours – sur Paris, Le Chat qui Fume sur la Toile), et d’ici trois jours j’ouvrirai les vente via ce blog.

N°2 Couverture

Alors oui, il est nettement plus cher que le précédent (6 € contre 3,50 €). Deux raisons à cela : l’augmentation de la pagination (73 contre 48, excusez du peu !) et la naïveté du débutant. Il s’agit de ma première expérience de fanéditeur, je souhaitais au maximum tirer le prix de vente vers le bas, sans me douter que j’allais y être de ma poche. Comme dit le proverbe : « C’est en forgeant qu’on devient vachement fatigué ». Ah non, pas cette version, l’autre. Bref, 6 €. Rien que ça. Et sans couverture couleur, un comble ! Comme vous m’êtes sympathiques, si vous l’achetez via le blog, je consens à réduire ma marge de bénéfice indécente et je vous propose les frais de port à 2 € au lieu de 3. Pour info, la Poste, cette sympathique banque privée qui, accessoirement, dispose du monopole de l’envoi de courrier dans notre beau pays, a augmenté ses tarifs au-delà du raisonnable : vous envoyer le n°1 en France métropolitaine me coûtait 1,81 € en 2012 ; aujourd’hui, c’est 2,50 €. Si on rajoute l’enveloppe, le scotch, l’encre et la main d’œuvre…

Bref, Les Chroniques d’un Vidéophage seront en vente à partir de lundi, il vous en coûtera 8 € (frais de port compris, donc) que vous pourrez régler par Paypal ou par Chèque.

Be seeing you !

Le Vidéophage

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Maudit Journal – Day Five (2/2)

Bandeau-journal

Locaux du C.C.C., 18h35

« Karel, excuse-moi de te déranger, mais
Mais quoi, Christophe (voir photo) ? Y a un soucis avec les crocos ?
Non, non. Ça roule de ce côté-là, on a tout préparé avec Claire, ils sont emballés et prêts à être jetés sur le public pendant le film.
N’empêche, je me demande si on n’est pas en train de faire une grosse connerie avec ça. Déjà qu’avec les barba-papas d’hier, c’était limite. On ne devrait pas contourner le règlement de la salle comme ça
Écoute, tu sais très bien qu’on ne pouvait pas faire autrement. Et pour satisfaire le public, il faut parfois se salir les mains. Ça fait partie du job.
T’as raison Christophe. Comme toujours. Ah, si je ne vous avais pas, François et toi, je me demande comment on s’en sortirai !
Euh C’est à ce sujet que je voulais te parler. Il n’y a pas 36 manière de te l’annoncer, On ne peut plus compter sur François. Il est passé à l’ennemi.
Il EST QUOI ?!
Tu sais très bien qu’avant de rejoindre l’équipe, il bossait pour L’Alpe d’Huez. Il n’en est pas fier, mais ils étaient là pour lui au bon moment et
Je sais tout ça ! C’est leur technique pour recruter de nouveaux agents. Repérer les faiblesses de leurs proies et se faire passer pour des gentils.
Oui, ben il leur devait une faveur, ils l’ont appelé cette nuit, et quoi qu’il en soit il nous a planté.
On peut dire qu’il a choisi son moment, celui-là. Et du coup, comment ça se passe au Club ?
Ben, c’est le problème. Il n’y a plus personne pour ramener le Jury à la salle Juliet Berto.
Comment ça plus personne ? Et Claire ?
Elle a assuré la présentation du film, mais elle était attendue ici dans la foulée. Elle n’est plus sur site.
Sophie ? Ah merde, elle est toujours en soins intensifs ?
Ouais. Je m‘en veux à mort sur ce coup-là. C’est moi qui lui ai demandé de m‘aider à préparer les sachets d’hari-crocos, je me suis absenté quoi, deux minutes ? Quand je suis revenu, c’était un vrai carnage.
Je ne te félicite pas sur ce coup-là. Laisser une junkie accro au sucre seule avec un carton de confiseries.
Oui, ben je suis crevé, moi ! Avec le dernier enregistrement de Debout les Maudits cette nuit, j’ai pas eu mes trois heures de sommeil !
Excuse-moi, Christophe. Je suis à bout, moi aussi. On peut pas envoyer quelqu’un sur place ?
C’est trop tard, Karel. On n’a plus le temps.
Alors c’est foutu, c’est ça ?
Ben Il y a peut-être une solution, mais je te préviens, ça ne va pas te plaire.
Au point où on en est, dis-toujours !
Ben le Vidéophage doit être à la séance, mais
Mais quoi ?
Il a un sens de l’orientation déplorable. Une fois, il a réussi à se perdre dans son propre cinéma.
Pfff, de toute façon, on risque quoi ? Au pire ils arrivent à la bourre !
Au pire, ils arrivent pas du tout, ouais ! Avec lui à la manœuvre, on risque de les retrouver dans deux jours à l’autre bout du département !
— C’est un risque à prendre. De toute façon, c’est pas comme si on avait le choix. Appelle-le

 

Christophe 'Animal' Berthelot

Christophe ‘Animal’ Berthelot

 

Hall de la salle Juliet Berto, 19h58

« Alors Jenny, on en est où ?
Ben c’est complet pour les deux séances, Karel (voir photo). On a battu des records, cette année. T’as des nouvelle du Jury ?
()
Ah ben bravo Jenny. C’est pas comme si on avait dit qu’on en parlait pas devant elle ! Elle est partie du coup.
Pardon Christophe, je suis à cran. Toi, t‘as des nouvelles ?
Silence radio depuis cinq minutes. Ils redescendaient de la Bastille par les bulles. Ça doit faire des interférences.
Et ils avaient retrouvé Gilles ?
Ouais, il s’était jeté dans l’Isère pour éviter les chiens d’attaque. Il en sera quitte pour quelques points de suture et un rappel antitétanique. Quand j’y repense, heureusement que Tadzul savait jongler, sinon ils ne sortaient pas vivants du Jardin des Plantes. Saleté de hippies !
On dira ce qu’on voudra, mais moi, je l’admire le Vidéophage
T’emballe pas poulette, s’il s’était pas trompé de sortie sur la Rocade, rien de tout cela serait arrivé. Quelle heure ?
20h00. Merde, va falloir y aller. C‘est foutu alors ?
Foutu, non. Karel va annoncer le palmarès à leur place. Mais n’empêche, ça la fout mal de paumer un jury juste avant la dernière séance.
Dis-donc Christophe, c’est pas ton portable qui vibre,  ?
Allô ? () Non de Zeus, j’y crois pas ! () Putain, il l’a fait ce con ! Attends, ne quitte pas… Jenny, tu vas pas me croire ! Ils viennent d’arriver ! Et tous les quatre, en plus ! Il semblerait que Katia ait perdu son jean et la moitié de ses cheveux dans l’aventure, mais ils vont pouvoir annoncer les résultats !
Je te l’avais dit ! Ce type, c’est un héros de première bourre !
Un héros ? Une andouille, ouais ! Je te rappelle que s’il n’avait pas demandé sa route à des maffieux syldaves en goguette à la sortie du Club, rien de tout ça ne serait arrivé !
T’es dur, là. Il pouvait pas savoir que « Juliet Berto », ça veut dire « petit zizi » en syldave

 

Maîtresse Karel

Maîtresse Karel

 

20h : Double programmation Grindhouse, en partenariat avec la Cinémathèque de Toulouse.

Ce qu’il y a de bien avec les Maudits films, c’est qu’il vous permettent de parfaire votre cinéphilie tout en vous amusant. La preuve avec la traditionnelle soirée Grindhouse co-organisée cette année par les programmateurs du Festival Extrême Cinéma de Toulouse, Frank Lubet et l’incontournable Frédéric « Prof »Thibaut (voir photo). Et ils n’étaient pas venus les mains vide, les sacripants ! Dans leurs bagages, deux pépites joyeusement régressives en 35 mm. Deux approches diamétralement opposées du cinéma bis tel qu’il est pratiqué outre-Atlantique.

Prof Thibaut donnant la leçon

Le Prof Thibaut à l’ouvrage

 

L’incroyable alligator, de Lewis Teague (1980)

alligatorÀ ma gauche, tout droit sorti de l’écurie Roger Corman – pour le plus grand bonheur du professeur Cocquenet –, dans la catégorie agression animale, un croco-film pur jus qui pille sans vergogne les recettes de tonton Spielberg, le seul, l’unique, l’Incroyable Alligator ! Une réalisation de Lewis Teague (Cujo, Navy Seals, Le diamant du Nil, rien que du bon) mettant en scène le sympathique Robert Forster (Vigilante de Bill Lustig, yeah !), la mimi Robin Riker et cette vieille baderne d’Henry Silva, de retour au pays après un séjour lucratif en Europe pour la plus grande joie des amateurs de polars musclés à l’italienne. Ah, l’école Corman ! Je ne vous ferais pas l’affront d’énumérer les cadors qui ont appris les ficelles du métier dans le giron de ce grand monsieur, spécialisé dans la copie cheap des gros succès du box-office (mais de manière moins malhonnête et plus jouissive que ces jean-foutres de The Asylum). Sur un scénario de John Sayles – qui réalisera 16 ans plus tard, et dans un registre totalement différent, le sublime Lone Star –, le film s’efforce d’appliquer la règle absolue du genre popularisé par Les dents de la mer : retarder au maximum l’apparition de l’animal, en jouant sur les détails et la suggestion. Bon, Teague va plus loin en pompant intégralement certaines séquences sur son modèle, et en illustrant les attaques de sa créature avec une musique, euh, comment dire frisant le procès pour plagiat. Le problème du film, c’est qu’à un moment, il faut montrer son jeu. Et sans budget, ça pique un peu les yeux. Entre la doublure vivante beaucoup plus petite qui se déplace dans des maquettes approximatives et celle en carton patte incapable de faire autre chose que d’ouvrir et fermer sa gueule démesurée, il y a de quoi faire sourire le spectateur le plus indulgent. N’empêche, il y a plein de bonnes choses à se mettre sous la dent, si vous me passez l’expression. Le duo d’acteurs fonctionnebien, en particulier au niveau de l’humour (voulu, hein?) et de la complicité. Et si la caractérisation de leurs personnages reste minimaliste, elle est efficace. En bon gauchiste, Sayles s’amuse à charger le capitalisme sauvage : à l’occasion d’une séquence particulièrement jouissive, pendant que les forces de l’ordre traquent l’alligator, des petits malins profitent de l’aubaine pour vendre des souvenirs, peluches, porte-clefs et même bébés crocos vivants aux badauds venus se rincer l’œil. Quant aux méchants de l’histoire (un vilain labo de recherche médicale qui expérimente illégalement leurs hormones de croissances sur de pauvres chiens errants avant de balancer leurs cadavres dans les égouts), ils payeront l’addition au cours d’une séquence d’anthologie bien que totalement what the fuck. Si ça fonctionne vaguement sur le papier, c’est beaucoup plus délicat à retranscrire à l’écran. Tant que la grosse bébête restait dans les égouts, les artifices de réalisation fonctionnaient plutôt bien. Par contre, au grand jour, on n’y croit plus du tout à ce croco géant qui boulotte coup sur coup une serveuse, un marié et un maire ripou avant de décaniller le grand patron du labo en écrasant sa limousine à grands coups de queue. En faisant fi de ces maladresses, le film se regarde avec beaucoup de plaisir et je préférerai toujours les alligators en carton-patte aux requins en images de synthèse qui les ont malheureusement remplacés aujourd’hui.

 

Toxic, de Michael Herz & Lloyd Kaufman (1984)

ToxicDans le coin droit, affichant quatre ans de plus au compteur, la production la plus emblématique de Troma Entertainment, la firme de l’inénarrable Lloyd Kaufman, dans la catégorie, euh, aberration radioactive (?) et mettant en scène une tripotée d’inconnu(e)s sur un scénario, euh, différent (?!). Faites du bruit pour le chouchou de ses dames, celui qui brille dans la nuit froide et cruelle de Troma-ville, le bien nommé Toxic Avenger ! Pour bien comprendre les approches différentes de ces deux productions, imaginez que le petit monde du cinéma bis soit une salle de classe où l’on étudierait les gros succès du box office. On retrouverait sans doute Roger Corman et les siens au premier rang, prenant quantité de notes afin de mieux ressortir tout ça au moment de l’interro. Loyd Kaufman et ses potes, eux, seraient au fond de la classe, près du radiateur, à taper le carton en buvant des bières, bien conscient qu’ils vont devoir grave broder au moment de l’examen. C’est ce qui donne leur saveur si particulières aux productions Troma, ce côté joyeusement punk, souvent foutage de gueule et totalement irrévérencieux, mais au final d’une incontestable originalité. Filmé avec les pieds, interprété par des acteurs en roue libre – cf la séquence du fast-food –, mais d’une générosité indiscutable, Toxic Avenger aborde lui-aussi les problèmes de son temps. Une jeunesse dépravée qui perd son temps entre une salle de sport douteuse, les blagues potaches et les hit and run nocturnes, des notables corrompus jusqu’à la moelle qui n’hésitent pas à faire de leur cité la poubelle de New-York contre des pots de vin, Troma-ville semble irrémédiablement gangrenée par le mal. Heureusement, un héro d’un nouveau genre, brûlé aux produits chimiques et arborant un magnifique tutu rose va faire son apparition et redonner un semblant d’espoir aux honnêtes citoyens. Kaufman n’oublie pas de mettre un peu de romantisme dans tout ça, puisque ce cher Melvin/Toxic va tomber amoureux d’une authentique bombe sexuelle made in 80’s qui, heureusement pour eux, est aveugle. On oscille constamment entre la farce grossière franchement lourdingue et des éclats burlesques plus fin qu’il n’y parait comme, par exemple, lorsque Melvin raccompagne Sara chez elle. Bon, après, l’exercice a ses limites et comme le grand huit, on est content quand ça s’arrête. N’empêche, j’ai pris beaucoup de plaisir à le revoir ce grand n’importe quoi assumé en salle avec un public particulièrement réceptif.

THAT’S ALL, FOLKS !

Remerciements : Christophe, François, Claire, Sophie et Jenny, toute l’équipe du CCC, Sylvain, Loïc, Benjamin, Richard, le jury (Katia O, Gilles E et Tadzul L) pour l’ensemble de son œuvre et surtout, surtout, la mention spéciale, Sylvie, Pedro, Raymonde, Gilles et Olga, Haribo, Four Roses, toutes celles et ceux qui soutiennent le Festival d’une manière ou d’une autre et, last but not least, la seule, l’unique, l’incomparable Maîtresse Karel, grande ordonnatrice de ma semaine de vacances préférée. A l’année prochaine !

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